‹ Émile ZolaChapitre 9 sur 68 · Bbooardïl, Le secret médical · texte numérisé non relu

Bbooardïl, Le secret médical

de donner son dL\ïs franchement, et qui a constalé

des signes de tuberculose pulmonaire, s'est bien '^

gardé de l'effrayer et lui a dit qu'il était un peu |

surmené, qu'il avait une très légère congestion du

poumon, mais que celan'était rien et^ievait passer.

Mais la famille de la jeune fille est inquiète sur son

compte et voudrait bien avoir un avis médical. î

Le jeune homme, se croyant indemne de toute

lésion grave, offre de se prêter à un examen de

son médecin, qu'il adjure de dire la vérité. Or \

la vérité, le malade ne la connaît pas. 11 ne peut \.

donc délier du secret professionnel son médecin,

puisqu'il ignore lélendue de ce secret.

C'est donc à l'observateur à juger si la maladie qu'il a constatée importe dans la question pour ^

laquelle il veut utiliser l'histoire de son sujet. ^

Dans l'affirmative il s'abstiendra ou attendra. Toutefois, — et la chose est fréquente, — il est des maladies graves que le sujet sait parfaitement f

avoir et auxquelles il s'est accoutumé. L'observateur peut donc sans danger — c'est toujours à lui de le juger — publier les faits, d'autant que ce que le mala>ic ne sait pas et ce qui importe le moins dans l'affaire, c'est le pronostic. Le médecin n'en parlera pas ; alors il se trouvera dans les mêmes conditions que le praticien qui soigne le sujet et qui cause avec lui de sa maladie en évitant de donner son opinion sur l'avenir. Enfin l'observateur peut encore exposer certains symptômes d'une maladie sans faire la synthèse du diagnostic ; comme les médecins seuls peuvent le faire, les inconvénients de la publication disparaissent.

DE l'observation DIRECTE 3-1

On voit par ces quelques considérations que la mise au jour des observations de persoanes vivantes est souvent délicate. Au point de vue de la loi, je le répèle, il n'y a. rien à craindre des revendications de liers, d'héritiers, par exemple ' ; et j'admets qu'il ne peut y avoir récriminalion de la part du sujet lui-même, si l'entente préalable a élé sincère de part et d'autre' et surtout si le médecin s'est comporté en honnête homme, dans toute la haute et belle acception du mot, car même l'intérêt de la science ne doit pas faire sacrifier le repos d'une personne qui a eu la suprême confiance de se prôler à votre examen.

D'autre pari, comme la science ne doit jamais

!. Bien entendu, il évitera de parler de l'Iiérédité collatérale, 'sur laquelle le sujet ne peut donner aucune autorisation ; ou, s'il le rail, ce sera sans désigner la branche paternelle ou maler nelle, ni le degré de parenté, par exemple en indiquant un cas d'aliénation mentale parmi les collatéraux. Encrore le plus sou- Tent ces renseignements sont inutiles el pourraient filre omis, car les collatéraux appartiennent — par moitié loulau moins — à d'autres souctiea.dontil faudrait écrire l'histoire avant d'étiblir un rapport d'origine enire les tares du sujet et celles du collatéral. Oiiant à la publication des maladies des a<cendarl^ il ne peut y être autorisé par le sujet que si ce dernier est le seul descendant vivant et si les ascendants eiix-mâmes sont morts. Sinon il devra obtenir — par écrit — l'auiorisailon de chacune des personnes intéressées. Celles-ci pourraienlen elTet inten'.er à l'observateur un procÈs pour avoir, en diiulguant l'existence de ces tares morbi<)es, porté tort à leur famille.

2. Pour qu'il n'y ail pas de récriminations du Biijcl qui pourrail argner qu'il a donné une autorisation sur la révélation ds faits qu'il ignorait lui-même ou que ses conliJences ont élé mal inlerprétées, il est prudent el juste de soumettre A l'intéressé, avant l'impression, l'observalion rédigée. l)e la sorte, il pourra donner par lettre — et en toute connaissance de cause, en se faisant aider au besoin par un ami médecin, — l'autorisation de la publication.

perdre ses droits, il vaut mieux ne pas se servir de faits mulilés.

III. — En résumé, les observations de personnes vivantes peuvent être divisées en :

l"* Observations à publier complètement et sous le nom du sujet * ;

2° Observations à publier incomplètement, si les suppressions sont insignifiantes ;

3° Observations à publier après la mort du sujet;

4° Observations à publier sous forme anonyme dans une étude d'ensemble.

On voit par là qu'un document pris est et sera presque toujours utilisable, sous une forme ou sous une autre, tout au moins dans une de ses parties, la partie psychologique par exemple. On peut donc en toute sécurité prendre les observations des personnages célèbres qui veulent bien s'y soumettre, et j'ai déjà dit que la plupart s'y prêtaient.

Mais, durant l'examen, des difficultés nouvelles se dressent, contre lesquelles il est bon d'être mis en garde. Les personnages qu'on interroge ont souvent des tendances fâcheuses. Parfois ils cherchent à cacher certaines tares héréditaires et autres. C'est alors qu'on peut les décider à être sincères en leur proposant, pour l'utilisation de leur observation, une des combinaisons sur lesquelles je me suis étendu plus haut. D'aulrc& fois ils s'attribuent des

1. Il est clair qtril est important de pouvoir mettre le nom, puisqu'il s*agit d'hommes célèbres dont les œuvres et les actes sont connus. 11 est intéressant d'établir un rapport entre ceuxci et l'organisation médico-physiologique de l'individu.

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