‹ Émile ZolaChapitre 8 sur 68 · DE L'OBSERVATION DIRECTE · texte numérisé non relu

DE L'OBSERVATION DIRECTE

I. — En regard de cet amas d'observations, véritableslé^endes illustrées desgrands hommes, quelle valeur n'auraient pas quelques faits, en petit nombre, mais aulhentiques et contrôlés par le médecin lui-même ! La supériorité de celle méthode est évidente. L'observateur se servira nalurellement de tous les documents, qui formeront plus tard pour ses successeurs les seuls renseignements à consulter; mais il peut en contrôler Torigine, interroger ceux qui ont contribué à leur élaboralion, juger quels intérêts d'admiration ou de dénigrement ont j)u pousser les biographes à les inventer ou à les modifier. Et puis il a le sujet lui-même. S'il peut l'approcher^ le décider à se soumettre à son examen, quelle importance n'aura pas la moindre de ses conslatalions ! Pour Tanlhropologie, par exemple, deux ou trois mesures bien prises sont des documents d'une valeur absolue et durable. Il en est de môme de certaines constata-

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lions — et Ton ne saurait assez les recommander v

de préférence à fout ce qui n'est qu'une forme plus I

scientifique de Finlerview ou du reportage — sur ^

des troubles nerveux, sur Tétat des muscles, de la marche, de la vision, etc. Le moindre fait bien observé aura une longue survie, car il sera toujours utiliscible. Kt ce qui ajoute à Timporlance du document, c'est qu'il indique, quand c'est nécessaire, la façon dont l'observation d'un fait a été recueillie. Cela permet sa révision par un autre observateur qui, pouvant se placer dans les conditions de la première expérience, peut prouver que le^faits, les chiffres par exemple, comportent une interprétation différente.

Mais les avantages de l'observation directe n'ont pas besoin d'être démontrés plus longtemps. La mélhodc est-elle applicable? Les sujets voudronlils so prêter à l'examen? Certes, c'est là une des plus grandes difficultés qu'on puisse rencontrer dans celle voie.

Lorsque Tidée m'est venue de prendre l'observalion d'hommes supérieurs, je gardais par devers moi la crainte qu'elle ne fût pas réalisable. J'ai essayé — parce qu'il faut toujours essayer de réaliser ce qu'on a dans l'esprit — et j'ai constaté que mes appréhensions n'étaient pas fondées. La plupart des personnalités auxquelles je me suis adressé se sont prôléos à ces recherches, parce qu'elles les intércHsaiont.

Mais il ne suffit pas qu'on ait observé, il faut, pour que le travail soit utile, qu'on puisse publier l'observation recueillie: et c'est là, plus encore

publier une partie de l'observation, quille à la

compléter, si Ton y est autorisé, plus tard, après f

la mort par exemple. Dans un document de

cette nature, tous les détails ne concourent pas

à la solution du même problème. Certains peuvent

être négligés sans inconvénient. C'est d'ailleurs à

l'observateur à juger si, pour ce qu'il veut mettre

en lumière, les détails cachés n'ont aucune impor- * \\

tance. Dans le cas contraire, il est évident qu'il

devra attendre de pouvoir s'en servir, et même y

renoncer définitivement.

n. — La publication de ces observations soulève un problème d'un autre genre. Viole-t-on, ce faisant, le secret professionnel? J'entends au point de vue légal. Non certainement, puisque le sujet ne s'est pas livré comme un malade se confie à son médecin traitant *• Ce n'est pas avec l'idée que les faits dont il entrelient l'observateur resteront secrets qu'il les lui a confiés. C'est donc en toute connais- \

sance de cause et sachant que son observation sera rendue publique que le sujet s'est prêté à l'examen ^, Il y a là quelque chose de comparable à la situation de la personne qui, désirant contracter une assurance sur la vie, se soumet à l'analyse du médecin de la compagnie avec laquelle il veut Iraîter, Il sait d'avance, et le médecin le lui rappelle d'ailleurs, que celui-ci fera un rapport complet sur toutes les tares qui auront été découvertes.

l« Cest Topinion de M. le Professeur Brou&rdel, qui a bien voulu Tue donner son *tis sur ce poinu

â. J Admets que la publication en ii été Ctule après autorisaidn, car sans cela ce serait un Tèrî table abus de conûance.

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Mais j'ai dit seulement qu'il y avail là guelque chose de comparalile , parce que lu silualioii est aussi bien difTéreiile par d'autres côtés. Le médecin, honoré de !a confiance d'un liomme célèbre qui s'est prêté à son examen, ne peut être assimilé enliëremcnt à un expert attaché à une société financière et dont la fonction est do prendre l'intérêt de cette dernière. II est un confident loyal. L'entente avec son sujet doit être parfuite. Il ne doit publier sous le nom de ce dernier que les faits sur lesquels il est autorisé. C'est à lui de juger si les réserves qu'on lui demande sont compatibles avec le but scientifique qu'il recherche. Si elles ne le sont pas, il demandera à publier l'observation avec d'aulres et sous la forme de l'anonymat, ou encore — si c'est possible — il la réservera pour une époque ultérieure convenue, ou enfin il s'absliendra.

Il peut aussi se faire que le sujet, se prêtant à un examen complet, ne se croie pas atteint de maladies graves, que l'inspection décèle et dont la révélation pourrait lui être une surprise pénible et même funeste. Dans des cas analogues et qui peuvent se présenter dans la pratique médicale, M, le professeur Brouardel ' a montré justement que le médecin n'était pas relevé du secret professionnel par le malade. En effet ce dernier ne peut autoriser la révélation de faits qu'il ignore lui-même. Voici par exemple un jeune homme qui désire se marier, II tousse depuis quelque temps et s'amaigrit progressivement. Son médecin, auquel il a demandé

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