LE POETE
J'ai tenté vainement aux voûtes éternelles
De maintenir le vol de mes fragiles ailes,
Et je suis retombé, de rayons ébloui,
N'ayant plus que l'amour d'un enfant de la nuit.
Tel est notre destin. Mais ces pâles ivresses,^
Ces reflets affaiblis des divines tendresses,
Malgré leurs deux écueils, le songe et le réel.
Sont encor les reflets les plus puissants du ciel.
Et réclair, étranger à l'humanité sombre,
Qui nous révèle un Dieu quand il luit dans notre ombre.
Oh ! laisse donc ma lèvre à ta lèvre s'unir !
Laisse-moi sui* ton sein épuiser le désir !
Privés des ailes d'or des célestes phalanges,
Aimons-^nous en humains et non comme des anges ;
Et ne pouvant errer aux mers de Tinlini,
Sur un tremblant rameau viens bâtir notre nid.
Viens rire et sangloter, aimer sous la charmille.
Ainsi que fît ta mère et que fera ta fille ;
Viens obéir au Maître et verâer à ton tour
Ta parcelle de vie au souffle de l'amour.
Se penchant tristemeiit vefs nous, ce divin Maîtrd
364 ]êMIL£ ZOLA.
De la soif de nos cœurs aura pitié peut-être. Relevant Tanathème à la femme jeté, Qui veut Tamour du corps pour le fruit enfanté, Et sans doute apaisant nos idéales fièvres.
Il fera rencontrer nos âmes sur nos lèvres.
Ah ! ce baiser des cœurs, ce long baiser de feu Que cherchent vainement les âmes loin de Dieu !
l'aérienne
Mon frère, refusons le funeste délire Que la fatalité fait naître d'un sourire ; Refusons cet amour, pauvre fils du hasard.
Ayant pour tout soutien l'échange d'un regard. Gardons-nous qu'il soit dit que le corps nous entraîne ; Gardons-nous de vider d'un trait la coupe pleine, Sans chercher à savoir ce que garde le fond Et si le vase d'or est petit ou profond.
Ne jouons pas ainsi nos pleurs à la légère. Avant de nous unir, connaissons-nous, mon frère. Si nous ne voulons point, sur les pas de chacun, Marcher et sangloter du martyre commun*