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Émile Zola, Paris

Ce siècle, qui fut témoin de si singulières choses, n'en aura point vu peut-être de plus étonnante que la fortune de M. Zola. Elle baisse, à dire vrai, et elle baisse étrangement, à cette heure de l'histoire contemporaine où chacun, sans plus se gêner, déclare avoir assez du père de la Mouquette ; la vidange de lettres a pris fin, et cette descente de M. Zola dans l'universelle indifférence, sinon dans l'universel mépris, apparaît à tous comme le commencement de la justice. Le romancier naturaliste n'en a pas moins, pendant des années et des années, régné sur la France écrivante et liseuse. A force de volonté, de bravoure ignoble et de bêtise insolente, il avait pu s'imposer à la foule, il l'avait pétrie à son image et à sa ressemblance ; on ne jura plus que par M. Zola et sa grosse lanterne jaune et fumeuse donna l'illusion d'un beau et blanc et irradiant soleil. Sans doute, la foule, dont ce génie épais avait déformé les instincts, s'était inconsciemment vengée et, en vertu d'une loi psychologique plus vivante à elle seule que

toute la documentation des Rougon-Macquart, elle avait fait de M. Zola, en même temps que son maître, son esclave. Ah ! il s'était plu à remuer du fumier devant elle ! Eh bien ! elle l'obligerait à en remuer toujours et à démontrer ainsi la sagacité et la pénétration des Concourt lorsqu'ils disaient : « 11 est rare que les faiseurs de l'opinion en art et en littérature ne subissent pas la tyrannie des imbéciles : les guides du goût public en sont généralement les domestiques *. » Mais pour la masse de ses lecteurs et, faut-il le dire? pour certains esprits qu'on aurait crus plus délicats, le romancier de la Terre fut, sans conteste, le grand homme qu'on écoute, le sociologue éminent, le penseur qui soulève des mondes, le « puissant artiste », « le plus robuste talent » de l'époque. Ces deux dernières expressions sont de M. Paul Bourget 2.

Les débuts du grand homme avaient été pénibles ; il n'avait pas le sou. Jeune, il vit dans une sombre misère ; son paletot et son pantalon prennent souvent le chemin du mont de piété. Dans ces moments là, Zola reste chez lui, en chemise, et sa maîtresse appelle ces jours mauvais : les jours où il se met en arabe ^ L'Empire ne veut pas de sa plume, Zola tourne au républicanisme*; il passe, — ceci il Ta avoué à Flaubert — « par toutes

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