‹ Émile Zola, ParisChapitre 9 sur 15 · Traduit en français par ^I. Theil · texte numérisé non relu

Traduit en français par ^I. Theil

2. On ne lira pas sans intérêt cette note de Du|)iney de Vorepierre : « Le métier fait l'ouvrier, la profession fait l'honinie de telle ou telle classe. Le mélier exige un travail île la mam, la profession un travail quelconque. Ainsi l'on dit le métier de boulanger, de chaudronnier, de maçon, mais on dit la profession de commerçant, d'avocat,

Les philologues n'ont là-dessus qu'une opinion : (( méfier, exercice d'un art manuel », vous répondrontils si vous les interrogez. L'expression variera : « métier, exercice d'un art mécanique ». C'est blanc bonnet pour bonnet blanc. Que signifie, en etïet, ce terme : mécanique / Sans doute il veut dire : qui a trait aux machines, mais il n'a pas qu'une seule acception. Demandons à Malherbe, ce judicieux réformateur de notre poésie et de notre langue, d'éclairer M. Zola. « Après avoir fait ces inventions, ne les jugeant pas dignes de son occupation, il les remit à des personnes mécaniques pour les exercer. » Ainsi parle Malherbe en son Lexique. Dès le xvi'^ siècle* donc, mécanique.s s'entendait, par extension, des gens qui travaillaient de leurs mains. 11 y a plus : à la môme époque, la même épithète marquait ceux qui avaient l'apparence d'hommes employés à des œuvres manuelles, (i'est encore Malherbe qui nous renseigne : « INe soyons point superbes ni mécaniques en notre habillement. »

M. Zola estime-t-il que les écrivains du xix'^' siècle finissant n'ont pas à tenir compte de ce qu'ont fait leurs aînés du xvi^ 1 Oubliant qu'il faut remonter dans les lointains d'un idiome si l'on veut pénétrer mieux le sens vrai de ses mots et la raison souvent profonde qui détermina leurs applications diverses, M. Zola juge-t-il nos vieux auteurs trop vieux et qu'il n'y a rien à tirer

t!e médecin, et non pas le métier, parce que ces derniers ne travaillent pas de la main ou du moins d'un travail qui est avant tout manuel. » (V. Dictionnaire du Dupiney de Vorepierie au mot itiétier.J

de leurs vieilleries ? Je le voiulrais pour M. Zola, mais la philologie la plus l'éeenle lui donne décisivement tort. Malhei'lie et son Lexique vivent toujours. A l'heure actuelle mccnnique, s'il ne sert plus à qualifier les personnes, continue à s'entendre de ce « qui s'opère par la main, par le corps, comme par une sorte de machine » dit Littrc, lequel ajoute : « arts mécaniques, arts qui ne demandent que l'office du corps, de la main, pour être appris et exercés, par opposition aux arts libéraux ».

Le public m'excusera de m'être arrêté aussi longtemps sur ce triple pléonasme de M. Zola. Quelqu'un avait ])arlé de « l'érudition » du romancier de Paris, il était utile de répondre. M. Zola apparaîtra mieux ce qu'il est : un di.sgràcié des Lettres, un faux artiste. 11 lui manque beaucoup de choses ; il y en a une que Dieu ne pouvait pas refuser à M. Zola: le don, particulier aux esprits inférieurs, d'accumuler autour de platissimes banalités des mots qui tous se ressemblent, métier, manuel, manœuvre .. .

Et l'on ne verra plus en lui... que le manœuvre!

Revenons aux répétitions de M. Zola. Paris en est gâté, en est pourri, de ces pullulentes répétitions. Voulez-vous que, cessant de citer — car on ne peut pas citer tout le temps, cela deviendrait fastidieux, - nous analysions? Suivez-nous chez le baron Duvillard, avant le déjeuner décrit par M. Zola, au chapitre 11 du livre premier. On voit de « (jrands appartements ï), en particulier (( un grand sdXon rouge ». L'hôtel a gardé « toute

une f/randefir do noblesse », Le ))aron arrive, c'est « un liomnie... grand ei solide » ; il s'asseoit au milieu « du (/rand silence chaud qui semble tomber des tentures». Son f/rrtwr/'père Jérôme avait gagné trois millions, mais son père Grégoire était a le véritable grdud homme de la famille ». Quant à lui, Henri, quoique inférieur à son père et à son ^r«w^'père, il incarnait « la royauté... Et la figure, par moments, grandissait, débordait, devenait la bourgeoisie elle-même... » Un des invités, Duthil, entre, puis la baronne Duvillard« très blonde, grande ». Gérard entre à son tour, « un grand et bel homme » ; on le laisse seul avec la baronne, un « grand silence un peu gêné » se fait. Alors Zola nous dit comment Henri Duvillard avait épousé la fille cadette de Justus Steinberger, le « grand banquier juif ». Justus « avait dans le baron Grégoire un redoutable adversaire contre lequel il devait lutter devant toutes les grandes proies ». Il maria sa fille Eve au fils du baron, à Henri. Eve, trahie, prit un amant ; quand celui-ci mourut, ce fut pour elle {( une grande tristesse ». Eve se donna à Gérard, qu'elle trouve (( de si grande et de si noble mine » ; malheureusement il est le dernier d'une race et, derrière « cette grande taille», c'est une ruine. Eve aime tendrement Gérard, qui est « flatté de cette grande tendresse ». Depuis « un grand mois » les amants ne se sont pas vus, et ils en sont aux explications; Camille survient. Une u véritable haine avait grandi » entre les deux femmes ; Eve sentait « grandir une rivalité à laquelle elle ne voulait pas croire ». On change la conversation, et Hyacinthe fait son apparition, un androgyne avorté, incapa-

— Bible même des/y/Y/;/^/* attentats et des (jrandes débauches. » Enfin, les deux derniers convives, dont Tun est a un vieillard (frand et sec » arrivent. Tout le monde passe dans la salle à manger « où bi'ùle un grand feu ». Le déjeuner commence, les grands consentent à s'éloigner : on ne les verra plus qu'après le repas...

A laChambre, l'abbé Pierre rencontre ^lège, le député collectiviste, auquel il « avait fini par s'intéresser ». La séance allait s'ouvrir. Pierre « se lança dans la tourmente... Le milieu le prenait, V intéressait )k Massot s'asseoit près de l'abbé; « ce prêtre perdu au milieu de cette cohue Y intéressait. » ^L Zola iàit défiler devant Pierre ministres et députés: Barrouxest d'une « majesté un peu théâtrale « ; il est « tonitruant et u)i peu sot » ; Monfèrrand a une face « un peu commune» ; Chaigneux a la taille « un peu courbée )i. Et Pierre « snv\oui&' intéressait à la tourmente... » Eonsègue tardait à venir, Massot s'étonna: ce Ça V intéresse ^iouriani ce qui se passe. »

Dans le ce vieux salon fané » d'un « vieil hôtel situé rue St-Dominique », la comtesse de Quinsac s'entretient avec le marquis de Morigny, « un vieillard de soixante-quinze ans ». Quoique petit, le marquis a « grand air » ; sa fortune est estimée à des millions, tandis que la comtesse vit avec quinze mille francs de rente « sauvés à grand'pe'me ». Je renvoie le lecteur au texte pour la suite des « grands ».

L'hôtel de Silviane d'Aulnay. la maîtresse de Duvillard, est très luxueux, ce luxe ne sert qu'à faire mieux

ressortir la pauvreté du vocabulaire de M. Zola. Silviane veut faire ce son entrée à la Comédie française » et elle se plaint à Gérard. Le baron « enlrail ». Silviane l'accueillit froidement, puis lâcha sur lui un tlot de reproches et d'injures : « Est-ce que vous n'auriez pas dû exiger mon entrée à la Comédie...? » Duvillard promit d'arranger la chose, « mais, à ce moment, un domestique entra ». Duthil et Pierre attendaient M. le baron dans le fumoir. Ce qui frappait Pierre « c'était le recueillement presque religieux de cette entrée... » Le baron vint, il « entrait, encore bouleversé ». Duthil lui raconta les incidents de la Chambre et annonça \n Ibrmation prochaine d'un ministère Vignon. Le baron répondit que « ce ne serait pas encore un ministère Yignon qui ferait entrer Silviane à la Comédie ».

Quand le baron étuit entré chez Silviane, elle s'était tinte « tout de .suite de glace «. Elle fut amèi'o, nous l'avons dit; Uuvillard cherche à l'apaiser : « Allons, là, tout (le .suite, faites un souhait, et je le l'éaliserai sur l'heure. » Silviane n'en démord pas : c'est un rôle à la Comédie française ((u'il lui faut; si on l'en juge indigne, lui, Duvillard, est frappé du même coup : « Alors, une fille, n'est-ce pas? dites tout de suite que je suis une tille... » Dulhil fait appeler le baron, celui-ci pense que le député désire « lui ajiprendre tout de suite, à part, » de? nouvelles imporlanles.

Chez la princesse de Harn, ce n'est pas mieux. IMassot est un ami de la princesse, il avait ce rendu compte de sa première soirée .... lorsqu'elle avait débuté

dans cet liùlel, dès son installation à Paris ». Il la croit autrichienne, « bien qu'il l'aille en douter^ dès qu'elle affirme une chose >•. IMerre s'adresse à elle. « Mais tout ce que vous voudrez, monsieur Tabbé, dit-elle à Pierre, dès qu'elle connut le motif de sa démarche. » Hyacinthe entre, « mais dès le seuil » il rencontre lord Elson ; quant à Camille, la sœur d'Hyacinthe, Massot l'amène à Pierre qui « dès les premiers mots » se désespère.

Pierre est « envahi » par une passion de charité. 11 se promène en attendant l'heure de retourner à l'hôtel Duvillard. En apercevant Salvat, il est « envahi d'une inquiétude )). Un moment après, il pénètre dans la Madeleine où « de grandes ombres avaient envahi la nef ».

Il écoute Mgr Martha, qui prêche « la politique de Léon Xill, pour le triomphe définitif de l'Église ». Mgr Martha est un grand orateur, la conversion d'Eve au catholicisme avait été « son plus beau triomphe » ; ce jour-là Gérard « était ému aux larmes, tandis que le baron triomphait ». .lustus Steinberger « avec l'espoir entêté du triomphe de sa race » se consolait. Ces détails fournis, M. Zola résume la conférence de Mgr Martha sur l'esprit nouveau qui est « le réveil de l'idéal... le triomphe du spiritualisme sur la littérature fangeuse ».

Pierre rencontre l'abbé Piose. Ce dernier lui apprend ({ue Laveuve auquel ils s'intéressaient tous deux est mort. « Oui, je l'ai trouvé mort, oh ! dans quelle misère affreuse. » Pierre est découragé, l'abbé Rose s'excuse

presque de lui avoir révélé « celle chose affreuse ». 11 l'invite à prier ; Pierre ne peut prier, un « vide affreux » se fait en lui.

La veuve s'était étenit dans une affreuse « misère ». La mort « était venue, avait délivré le miséroble ». Pierre considère « l'atroce ironie de cela... (^'élail pour ce misérable mort qu'il avait couru... etc. »; et « c'était pour cet évadé de la misère qu'il avait fatigué les gens ». 11 croit que l'Lvangile ne suffit pas à l'humanité; il faut « un autre salut au monde, en tace du besoin exaspéré de justice qui monte des peuples dupés et misérables. » 11 examine le problème et conclut : « avant tout, être juste, et l'effrayante misère » disparaîtra.

Voici le ci'épuscule. Aux yeux de Pierre s'oflVe « une perpective d'une souveraine r//ï///f/e//r », un (h'^cor « de ijrandiose magnilicence ». Pierre s'en va par les boulevards, regardant a les grandes lettres d'or des enseignes ». Sur la chaussée « les (jramls omnibus » manœuvrent. Des camelots hurlent un litre de journal, on n'y prête pas « grande attention ». Pierre, songeant à ce qu'il a vu le matin, et à ce que Paris sera celte nuit, a « un grand frisson ». La bourgeoisie se repaît, le peuple, (c le grand muet » gronde; la foudre se prépare... Notre héros est sur la place de l'Opéra; « le cœur de la grande ville semble battre là ». Il veut traverser la rue Scribe, deux crieurs, « deux grands diables », vendent des journaux, des passants s'attroupent: il voit Salvat s'approcher d'un « grand café », s'éloigner ensuite. Alors « un homme grand et fort débouche de la rue

Caumartin. » Pierre reconnaît son frère : Guillaume « avait gardé ses grosses moutaches très brunes... ce qui donnait toute une vie énergique à sa ffrande face ». Guillaume arrête Salvat et lui pirle. Pierre est dans l'attente « d'ini (iraufl malheur ». Son saisissement « (frandit » lorsqu'il retrouve, au bout d'un instant, Salvat devant la porte « grande ouverte » de l'hôtel Duvillard. Un landau (c attelé de deu.\. (jvands » chevaux paraît dans la rue...* »

Pierre a emmené chez lui (iuillaume. « Mon pauvre petit Pierre, murmure très bas Guillaume, pardonnemoi de tomber ici de la sorte. » Et « leurs pauvres cœurs » sanglotent. Pierre est dans une angoisse profonde, et Guillaume devine « un peu de l'anéantissement où tombe ce pauvre être... » 11 dit à son frère : « Mon pauvre petit Pierre, excuse moi ... etc.. » La conversation se poursuit et, comme Pierre demande à Guillaume s'il a vu la victime de la bombe de Salvat : ce Oui, oui, je Tai vue. Ah ! le pauvre petit être ! »

Guillaume et Pierre réunis, leurs cœurs « sanglotaieni de leur fraternelle tendresse éperdue ». Plus loin, Guillaume se rappelant l'image du trottin de modiste tué par la bondjc, <( sanglota éperdumenl ».

Pierre est « foudrogé par le tloute » ; son père était mort « foudrogé ^diV une explosion de laboratoire ».

Dans la chambre où Guillaume est couché, une lampe brûle « doucement ». Les deux frères se serrent la main :

1. Dans le livre de M. Zola, les« grands» se comptent par centaines.

« Merci, mon petit Pierre, je te retrouve, tu es doux et tendre comme autrefois )). Ils songent au passé, à leur père, à leur mère « si douce », et ces souvenirs les emplissent « d'une extraordinaire ^/o//<?^«;' ».

Guillaume était « retombé sur le dos ». Lorsqu'il recommença à parler, ce fut pour demander pardon à Pierre de « retombe}' ici ». Pierre se figurait Guillaume « comme un déclassé, de conduite louche... sur le point de se remarier » avec une fille « tombée on ne savait d'où ». 11 souffrait, et Guillaume... ce dut deviner... un peu de l'anéantissement où tomboil ce pauvre être ». Guillaume parla, ils se regardèrent et Pierre fut repris d'espoir, ce ne fut qu'un éclair, « déjà tout sombrait, retombait au doute ». Et, évoquant le cadavre du trottin, Pierre ce laissa tomber sa face parmi la couverture... »

Une minute, l'idée lui était venue que Guillaume pouvait être complice de Salvat. Et il « frémissait... » Peu après, « à son tour Guillaume frémissait ». Plus tard, « son grand secret l'étouffait, il frémissait » de nouveau.

La nuit venue, « la petite maison » rentre dans le silence. Le lendemain les journaux s'étendent longuement sur Tattentat, ils consacrent une colonne au « petit trottin de modiste ». L'un d'eux publie des renseignements sur l'engin explosif, « une boîte de conserve, relativement très petite ». On s'étonne « qu'un si petit engin » ait pu exercer de si violents ravages. A huit heures, Bertheroy apparaît « tel qu'un jeune carabin qui

court chez un ami lui remire le service d'une pelilr opération ».

Bertheroy parti, « la petite maison frissonne de silence )). Pierre et (luillaume regardent sur un journal un croquis représentant « le iJelii trottin mort », pendant que, ^( là haut, à Montmartre, la petite maison que depuis tant d'années Guillaume occupait avec les siens » attend tranquillement. Inquiet, Guillaume remet « une petite clef » à Pierre qu'il envoie à Montmartre. Pierre hésite, il pense à cette madame Leroi « restée dans le faux ménage pour élever les petits... » Maintenant encore, lorsqu'il allait au Sacré-Cœur il s'écartait avec défiance de « la petite maison... »

M. Zola nous raconte comment Guillaume eut poui' femme Marguerite Leroi : «... la chose qui devait être se fit alors de la façon la plus simple et la plus tendre... etc.. » Et ces amants s'adorent. Ils ont trois fils. G'est une vie « de paisible tendresse ». Marguerite meurt, Guillaume ne se remarie pas, il ne veut pas introduire une inconnue dans cette maison où les cœurs sont (( si tendrement unis ». Cependant il recueille une orpheline, Marie, qui, elle, « se souvient tendrement de sa mère ». Guillaume épouserait peut-être Marie; mallieu reusement il craint (répétons-le avec M. Zola) d'amener une étrangère q'ii gâterait « la paix tendre de la maison ».

Pierre et François reviennent de la conférence Bertheroy. Ils causent. François vante beaucoup la jeunesse.

« celle qui travaille )>. Le silence qui les entoure « n'est fait que du labeur de tant de jeunes cerveaux penchés sur latablede/rrtya//... » Et, du geste, François indique « les institutions, les lycées... tout ce domaine du travail intellectuel... » Et Pierre croit entendre réellement « le murmure sourd du travail de toutes ces intelligences... » Ce n'est pas la trépidation « des usines ouvrières où le travail manuel peine et s'irrite », mais ici l'effort est aussi meurtrier... Pierre et François entrent au musée du Louvre où ils voient « les copistes travaillant thns un profond silence...» Antoine dessinait; « pendant des journées d'acharné travail il venait là » copier les primitifs. Cette a séance de bon travail » avait mis dans ses yeux une flamme...

Est-il question de Gérard, point de flamme! Nous disparaissons sous des «écroulements». Gérard n'a qu'à attendre « V écroulement final ». La comtesse de Quinsac pleure sur ce fils « en qui leur race et tout un monde croulaient ». Le marquis de Morigny prévoit « Ve'croument suprême ».

Et les (( abominations! » Pour le marquis, la République est « abominable », et le mariage de Gérard avec Camille serait ce abominable ». Pour la comtesse, ce mariage serait aussi une « abomination ».

Ailleurs ce sont des « besoins ». Silviane a « besoin » d'un critique influent. Elle n'a pas moins « besoin de se remonter » et elle demande du Champagne. Elle est prise bientôt « d'un irrésistible besoin de noce ».

Allons visiter le cabinet des Horreurs, cet ancien

café que n'avaient pu faire vivre « les petits rentiers du quartier ». Au fond, se trouve a une petite estrade ». Près de l'estrade « la petite princesse de Harn s'épanouit... » Bergaz est en compagnie de deux jeunes gens dont l'un Iiossi, est « un italien ;;^//0). Bergaz désigne à llosemonde une « petite femme », l'épouse d'un consul. 11 lui désigne d'autres personnages. Haplianel arrive, « celui-là petit homme rond et gai » ; Bergaz l'examine « avec un petit rire de soupçon ». Une chanteuse, sur l'estrade, lance des refrains canailles; Silviane fait «son entrée dans la petite loge, au fond ». Sifflets, rires, applaudissements. La « petite princesse se lève pour mieux voir... »

Quelques notes sur les individus qui hantent ce singulier cabinet des Horreurs : Bergaz est « un vayue espagnol »; Kossi a glissé « à la facile existence des métiers louches»; Ilaphanel est « une des vagues ei louches ligures de l'anarchie » ; Sanfaule est « un pâle voyou »; Mathis, sans être un voyou, est un garçon au •{ v'isdi'^e pâle et pincé ». Hyacinthe est venu a pince ivès correctement » dans sa redingote. Sanfaute, déjà cité, a les «joues niaifp'es ». Bergaz montre à Rosemonde une fennne « maigre » aux yeux luisants. Tout à l'heure, on verra et l'on entendra une chanteuse « maigre ».

En renseignant Rosemonde, Bergaz « riait de son air aigu ». Hyacinthe faisait des observations « en riant franchement ». Bergaz examinait Raphanel « avec un petit rire de soupçon ». Aux ordures débitées par les chanteuses, la salle « cherchant à rire » éclate. Silviane paraît, il y a des cris, des ce rires ». Silviane « sou-

riante » ne s'émeut pas. Duthil ne se trouble pas davantage ; (( il faut bien rire ». Rosemonde se livre à des réflexions sur le compte de Duvillard, Hyacinthe, qui <( ricane » répond en équivoquant. La petite princesse se met a à rire ».

Dans ce lieu, nommé cabinet des Horreurs, on remarquera surtout celles de M. Zola. M. Zola, c'est une justice à lui rendre, s'y connaît, en horreurs, et son livre en est plein au point d'en crever. En voici une poignée encore :

Au moment où la Chambre se prépare à discuter Tinterpellation Mège, le général de Bozonnet, jugeant que l'état militaire est un état perdu, a (( un geste de désolation ». Mège, arrêté par un des ses collègues, « gesticule ». Dans un instant, Monterrand se frottera les mains (c en un geste familier... », en attendant que Mège « redresse son corps déguingandé, dans une gesticulation violente ». Alors l'interpellateur rappellera « cette violente campagne de délations » menée par la Voix du Peuple. Et il en arrivera lui-même « aux pires violences ».

Soudain, « un frémissement » courut. Barroux montait à la tribune. Il parla avec émotion, « il n'y eut plus qu'un honnête homme, frémissant... » A la fin de son discours, il fit, « en frémissant », allusion aux manœuvres cléricales. Monferrand à son tour prit la parole et la Chambre écouta, « frémissante ».

Infortuné Barroux 1 avoir tant frémi et voir tout le succès aller à Monferrand qui n'a pas frémi, ce n'est pas de veine! « 11 sentait crouler avec lui tout un monde »,

(lit ^\. Zola. Les vieux avaient on raison de mourir, car « tout croulai/, du moment que l'idée de liljerté iaisait banqueroute... » BaiToux, en quittant la tribune, avait <( en lui un écroulement ». Après le discours Monferrand, il resta « à son banc, immobile, d'une pâleur de mort, comme foudroyé, écrasé sous l'écroulement du vieux monde ».

Si la poussière de ces écroulements vous gêne, vous êtes libre d'aller respirer l'air pur de la campagne avec Pierre et Marie, dans leur promenade à bicyclette. (( Cette envolée à deux » était toute naturelle. Chemin faisant, Marie jase, narre sa vie du lycée : « c'étaient des cris, des galops, des poussées, et nos cheveux s'envolaient... etc. » Elle estime qu'une bicycliste dûit se mettre en culotte atin d'être « à Taise, de voler comme Toiseau ». Dans la forêt, Pierre et Marie « filent côte à côte, du même vol régulier ». La conversation roide sur l'utilité de la bicyclette, ce qui n'empêche nullement notre couple de savourer le délice « de s'en aller ainsi, d'un vol d'hirondelle qui rase le sol ».

Préférez-vous aux fugues printanières les spectacles <le cour d'assises, M. Zola vous les fera voir. 11 vous montrera Salvat « seul et lamentable entre quatre gendarmes ». Salvat, très calme, avouera; lorsqu'il dira la misère des pauvres affamés, « là seulement il s'animera ». A propos de la fabrication de la bombe, le président observera que c'est ce le seul point obscur de l'affaire ». Invité à s'expliquer là dessus, l'accusé prétendra qu'il a fabriqué la bombe « tout seul ». Et « à la lin seulement, une invincible émotion » l'envahira et il

criera, parlant de la fillette que, sans le vouloir, il a tuée, que « ça, c'est vraiment la seule chose » qu'il regrette.

Nous eu avons terminé avec cette partie des rabâchages du « Maître «; nous craindrions, à continuer ce petit jeu, de lasser la patience du public, et franchement il y aurait de quoi. Par ce que nous avons recueilli, le lecteur devinera ce que nous n'avons point ramassé ; l'importance de cette glane fera juger de l'épaisseur de cette moisson... Les curieux, ceux qui voudront se rendre encore plus exactement compte des embroussaillements du livre, iront au livre. Ils y compteront les mais, les puis, les tandis que, les tout de suite, les lorsque, les parmi, les au milieu, les de nouveau, les un peu, les tout d'un coup, les là, les même, etc., etc.. Et les ah! au commencement des périodes, et les comparaisons non dissimulées, « non fondues dans la phrase «, eût dit Concourt, mais qui champignonnent innombrablement et que le romancier accroche toujours à un comme, ou à un tel que. Je mentionnerai, pour finir, la fièvre qui ravage, d'un bout à l'autre, le Paris de M. Zola; elle est véritablement endémique. Cela aidera peut-être à comprendre pourquoi Pierre, Guillaume et ceux que je ne nommerai pas, sont si frémissants et si frissonnants ; cela expliquera-t-il pourquoi l'auteur écrit si mal?

0 mon pauvre et grand Flaubert, qui fis un jour une courbette devant « l'énorme talent » de Zola, de quel mépris se chargeraient tes lèvres si, revenant au monde, tu avais à dire toute ta pensée sur cet indécent bafouilieur !

M. Zola ne répète pas (pie les mots, il répète aussi les phrases. Quel homme précautionneux! >'on seulement il tient à ne rien perdre, ce qui serait, après tout, légitime, mais encore il fait servir les mômes choses deux fois, quatre fois, dix fois, ce qui est d'un grigou. En dépit de ses apparences de prodigalité, M. Zola est un avare, un vieil avare doublé d'un impuissant. Est-il à bout de souffle? Sa torpide pensée se refuse-t-elieàde nouvelles besognes ?11 ouvre son tiroir aux chchés et prend dans le tas, sans choisir : le premier venu est toujours le bienvenu.

Pierre nous est montré comme un « jn'èlre sans croyance veillant sur la croyance des autres, faisant chastementy honnêtement son métier, dans la tristesse hautaine de n'avoir pu renoncer à son intelligence... )> Plus loin : Pierre est « resté prêtre, prêtre sans croyance nourrissant du pain de r illusion la croyance des autres ». Ailleurs, nous revoyons ce « prêtre incroyant veillant

SU)' la croyance des autres, faisant chastement, honnêtement son métier, dans la tristesse hautaine de son mensonge J). Pierre s'ettorce de rompre définitivement avec le sacerdoce, son rêve d'autrefois lui traverse soudain l'esprit : « Ah ! le beau rêve, qu'il avait lait de grandir farouche et solitaire ! Ne plus croire, mais veiller en prêtre chaste et lot/al sur la croyance des autres... » Ce refrain revient une dernière fois à la fin du roman ; (f... Sa soutane l'étouffait du mensonge hautain où il s'était réfugié pour la garder à ses épaules, cette attitude du prêtre incroyant qui continue^ honnêtement, chastement, à veiller sur la crogance des autres. »

Regardons Pierre sortant de visiter Laveuve. 11 s'échappait, « // eut l'étonnement de revoir Salvat... » Suivons-le dans sa course errante à travers Paris : (L il eut la surprise de reconnaître de nouveau, sur un banc, Salvat... )> En voulez-vous des « étonnements » et des « surprises » ? M. Zola en a mis partout. « // eut V étonnement de voir encore là les deux femmes... » — « Pierre fut surpris de reconnaître le fils du baron... »

— « Et ils eurent la surprise de reconnaître un prêtre. »

— « Il eut la surprise d'apercevoir, dans un coin de l'antichambre .. » — « // eut l'étonnement de reconnaître devant lui, pressant également le pas, Gérard de Quinsac... » — (( Ils venaient d'avoir la surprise de reconnaître Pierre et Guillaume. » — « Il eut la surprise d'assister à une visite d'une autre sorte. » — « Il eut la surprise et Tembarras de voir entrer son frère Guillaume. » — ft // eut la surprise de voir entrer lîerthe-

roy... )) — c( Et Pierre eut la surprise de retrouver la... )> — « El II eul la surprise de recounaîlre Madame Théodore... )>

Vu portrait de Pierre : « Sa doul)le liérédité en éternelle lutte, son père dont il tenait la tour inexpugiiahle (le son front, sa mère qui lui avait donné ses lèvres altérées d'amour... etc. »

In portrait de riuillaume : Celui-ci a « le front haut en farine de tour. Il tenait de son père ce front de logique et de raison inex/ju(j)tahles que Pierre avait lui aussi... »

Un portrait d'Antoine, l'un des tils de Guillaume : Antoine apparaît avec <( le grand front, en forme de tour (pi' a devait à son père... »

Guillaume, dans une conversation, rappelle que Pierre a « son front, à lui (leur père), d'une solidité inexpuijutddc (le tour ».

Etc..

Pierre était « tel (pi' un sépulcre vide ait ne restait pas nuhne la cendre de F espoir. » — « Quel ridicule que de s'être laissé embraser de nouveau par celte flambée de charité, un dernier incendie dont il ne sentait plus en lui que la cendre ! Cette fois, il se crut mort lui-même, /'/ lùdail plus (péun sépulcre vide. •» — (( Le sépulcre était vide, la cendre même en venait d'être balai/ée, » — Pierre déclare à (juillaume : a C'est fini, je ne suis plus (pie cendre, un sépulcre vide. » — Plus loin : « ... le pi'èlre que je suis est mort, un sépulcre vide. » — Barroux sent en lui « //// vide de sépulcre. » — A propos de

Pierre : « Ah! ne plus croire, ne plus aimer, iCélre que cendre...! » — « C'était ainsi qu'il avait fini par être adoré comme un saint, lui qui niait tout, vide tel qu'un sépulcre dont le vent a balai/é la cendre. » — (( Derrière, on sentait la détresse du néant, un vide de .sépulcre dont le vent a balaye les cendres. »

Paris est « voilé de nuées, comme enseveli sous la cendre de quelque désastre... y> — « La cendre de désastre qui noi/nit Paris semblait s'épaissir... » — « Ce grand Paris si voile de cendre... » — « 1^'expérience nouvelle se posait avec ce Paris qu'il avait vu si voilé de cendre... » — « ... cette nuit complice dont la cendre fine peu à peu noyait l'océan des toitures... » — « le ciel restait d'un gris de cendre fine... )> — « ce ciel de cendre, cette pluie tombant encore Tattrisfaient d'un frisson... » — « ... une lueur d'aube commençait à pleuvoir du ciel comme une cendre fine. »

M. Zola ne se contente pas de cendrer le ciel, Paris, Pierre, Barroux, il cendre également Gérard de Quinsac. Gérard « n'était que cendre, toujours menacé de la maladie et de l'écroulement )>. — « Et n'y avait-il pas là le symbole de cette noblesse, d'apparence encore si haute et si fière et qui, au fond, n'était que cendre /»

C'est, tout le long de Paris, la même phrase, ou la même idée, ou la même image. Nous allons ou plutôt M. Zola va achever de convaincre les esprits. Citons simplement :

Sur Silviane et le baron Duvillard : « Celte fille était

sa tare à lui. » — « Elle était la tare cliez cet homme si solide et si puissant encore. » — « Et la sourde conscience que Silviane était sa tare vengeresse... etc. »

Sur Gérard : « Derrière la noble façade de la race, cette grande taille, cette mine lière, elle savait donc quel était le mensonge. » — ce Elle tremblait toujours, elle savait bien le mensonge de la façade... » — « Dans sa haute et fière mine, son visage de bel homme lui parut, en effet, blêmi, cachant moins, sous la noblesse de la façade, l'irréparable délabrement intérieur. » — «... elle le savait si faible, si maladif même, derrière sa façade de bel homme... »

Sur la charité : (c ...cette banqueroute de la charité, l'ironie affreuse du saint homme puni ])our avoir donné... » — «... cette banqueroute de la bonté ellemême, la charité dérisoire, la charité inutile et bafouée. » — « Et qu'allait-il devenir lui-même dans la banqueroute de cette charité qui seule, depuis trois ans, le tenait debout, en occupant toutes ses heures, en lui donnant rillusion de se dévouer... » — « Les trois francs qu'il tenait dans sa main ... l'emplissaient à la fois d'une émotion attendrie et d'une soui-de colère contre l'inutile charité. » — « ,\vec la charité illusoire, inutile, l'Évangile croulait... » — « Mais quel terrible argument, l'inutilité absolue, dérisoire de cette charité! » — «... la charité inutile et dérisoire devant la haute et souveraine justice... » — « La veuve, le mort, était comme le soufflet d'ironie atroce à l'illusoire et

tapageuse charité. )^ — « Je comprends que tout ait croulé pour vous lorsque la charité vous a semblé insuffisante et dérisoire. » — « La charité! la charité! c'est la certitude de son néant et de son inévitable banqueroute qui a fini de tuer le prêtre en moi... » — ((... la charité était une simple distraction de riche, illusoire, inutile. »

Sur Mège : « Depuis qu'il émargeait comme député, les socialistes du dehors ne voyaient plus en lui qu'un rhéteur, un dictateur au fond... » — a Barthès... s'eniportant, lui aussi, contre Mège qu'il accusait, depuis son entrée à la Chambre, de n'être plus qu'un rhéteur, un théoricien rêvant de dictature. »

Sur le même : « 11 s'y battait (à la Chambre) pour ses idées, avec une volonté, une obstination farouches, en doctrinaire qui avait disposé du monde selon sa foi... » — (( ... un apôtre qui mettait une obstination farouche à vouloir refaire le monde selon sa foi. «

Salvat, lui, est un rêveur a voulant refaire le monde selon sa logique de sectaire ».

Sur le vieux monde : « Plus rien ne pouvait retarder la catastrophe inévitable... » — « ïl (Pierre) sentait la foudre inévitable, rien désormais ne pouvait retarder la catastrophe. »

Sur le peuple : «... il (Pierre) n'entendait plus que le cri du peuple, du grand muet, demandant justice, grondant et menaçant de reprendre sa part ». — «... le

peuple, réternelle dupe, le grand muet, serrait les poings, grondait en réclamant sa légitime part. » — (( L'universel cri de justice dont la clameur, de plus en plus haute, monte du grand muet, du peuple si longtemps dupé et dévoré... »

Sur Janzon : « ... un sans-patrie, promenant pardessus les frontières son irve de fraternité sanglante. » — ({ Son existence de sans-patrie promenée au travers de l'Europe en un rêve sanglant restait insondable. » — « D'un geste large, il fit entendre le sans-patrie qu'il était, promenant par-dessus les frontières son rêve de fraternité sanglante. »

Poursuivons :

Paris était « noyé sous un dégel morne et frissonnant ». — «... la cendre de désastre qui noyait Paris... etc. » — Pierre attend « Teffondrement, Paris noyé de sang... » — « la boue noyait le pavé défoncé... » — V La noire humidité noyait tout de son frisson. » — Chaigneux a « toute sa face noyée ». — « C'est la malchance acharnée... du pauvre homme médiocre qui a cru que sa situation de député allait lui faciliter les affaires et qui s'y noie. » — « Cette nuit complice dont la cendre fine peu à peu noyait l'océan des toitures... »

— « C'était la P»épublique elle-même que ses adversaires essayaient de noyer sous un flot d'abominations. » — Janzen a le visage « comme noyé de brume ».

— L'ironie de Camille a était comme un flot de boue cachée dont elle cherchait à la (Eve) noyer ». — Chez

Mgr Martha, une expression île constante amabilité « détendait et noyait l'impérieuse autorité du visage ».

— « ... l'ombre lente continuait à pleuvoir, noyant les sanctuaires... » — « ... une amertume noya le cœur de Pierre. » — La masse de l'Opéra est « peu à peu noyée d'ombre ». — « La rue éti'oite, à côté du boulevard, se noyait d'une ombre bleue. » — « La fumée acre noyait tout. » — « Les rues se noyaient sous une humidité glaciale. ))— « Ses petits yeux tendres se noyaient de rêve. »

— « C'était un pêle-mêle extraordinaire de vérités, d'inventions, de renseignements précis noyés dans les extravagances les plus inattendues. » — « ... il tenait de sa mère des yeux que noyait le rêve. » — « ... deux grosses larmes lui noyaient les yeux. » — « Llle avait une ligure ronde et noyée... » — a Le corps nu, drapé à pe'mo, était d'un éphèbe, mince et robuste, à la tête noyée d'allégresse... » — « Cette face de colosse blond, noyée habituellement de douceur et de rêve... » — « ... la lumière diffuse était si dorée, à cette heure du soir, que la vision s'y noyait... » — « Durant des heures, les deux frères demeuraient ainsi noyés de silence... » — « Bâche surtout, gras et paterne, ses petits yeux tendres à demi-noyés dans la neige des cheveux... » — « ... le cœur noyé d'un attendrissement immense... » — « ... tout cela noyé dans d'extraordinaires histoires... » ~ « ... cet envahissement des ténèbres noyant les choses inavouées qu'elle craignait de laisser voir... » — « ... le marquis de Morigny dont le fin profil, le grand air de vieillard sévère et tendre, se perdait, noyé d'ombre... » — c( Celui-là, petit homme

— loi —

rond et gai, à la figure poupine, au nez enfantin noyé entre de grosses joues... » — « Gérard noyé d'ombre... »

— «... l'autre le regarda, mais ne vit que sa grosse tête rude, noyée d'ombre. » — « Et dans le brouillard qui peu à peu noyait ses yeux tous... » — « ... elles débordaient de ses beaux yeux noyés. » — ce ... ce serait si lâche à moi ... de t'empècher de faire une fin heureuse, en m'accrochant, en te noyant avec moi... » — «... des larmes noyèrent ses yeux... d — «... au sortir du gouffre d'erreurs où la discussion des textes l'avait noyé. »

— « les quartiers riches à l'Ouest sont comme noyés d'une brume... » — «... à la place tle la tonsure dont la pâleur se noyait. » — « ... au fond de l'ombre qui noyait ce côté de la salle. )> — « ... ils avaient, noyées d'ombre, de bonnes têtes somnolentes. » — « ... une grande ombre vague, sous laquelle la cohue entassée se noyait, confuse. » — « ... une tristesse ignorée semblait monter d'elle et noyer son visage... » — « ... d'autres descendirent det; chambres vides et froides, se noyèrent dans l'immense ville... » — « ... noyée dans cette marée de figures inconnues, elle échangeait avec le marquis un regard d'indicible tristesse... »

J'en passe !

Sans avoir sur la conscience autant de noijades que Carrier, de conventionnelle mémoire, M. Zola en a tout de même un certain nombre. Est il nécessaire de dire que, lorsqu'on n'est pas « noyé » dans Paris, on y « sombre »? Vous n'avez; pas d'autre alternative.

« Ces trois années, Pierre venait de les vivre dans une

tourmente sans cesse accrue où son être entier avait fini par sombrer. » — Laveuve avait « un nez qui sombrait dans la bouche ». — Le marquis de Morigny se demandait « pourquoi discuter quand tout sombrait ». — Pierre « achevait de sombrer » dans un problème torturant. — « Tout allait sombrer, et il n'entendait phis... » — (c La nuit noire s'était faite, une nuit sans pardon oii les étoiles sombraient... » — « Et ce ne fut, malheureusement, que la brève vision d'un espoir indistinct de rachat et de victoire, car déjà tout sombrait. » — « ... Agathe, dont la foi protestante avait achevé de sombrer... » — « ... Salvat n'avait point osé revenir rue des Saules, dans l'ébranlement de son attentat où tout sombrait. » — « ... l'inévitable lutte des classes où notre civilisation devait sombrer. » — « Moi qui ai vu sombrer le vieux monde dont je suis... » — « Le Christ bitumineux avait sombré... » — « Un ancien projet ... avait sombré... »

Dernières citations :

« ... cette nuit complice dont la cendre fine peu à peu noyait l'océan des toitures... »

« ... on apercevait, dans la lumière, l'océan de Paris, la mer sans bornes des toitures. »

« A cette heure, sous le soleil oblique de l'après-midi d'hiver, Paris était ensemencé d'une poussière lumineuse, comme si quelque semeur invisible, caché dans la gloire de l'astre, eut jeté à main pleine ces volées de

grains, dont le flot tl'or s'abattait de toutes parts. L'immense champ défriché en était couvert, le chaos sans fin des toitures et des monuments n'était plus qu'une terre de labour dont quelque charrue géante avait creusé les sillons. Et Pierre, dans son malaise, agité quand même d'un besoin d'invincible espoir, se demanda si ce n'était pas là les Ijonnes semailles, Paris ensemencé de lumière par le divin soleil... »

« ... la mer sans fin des toitures... »

ce ... le large vitrail dominait l'océan des toitures... »

« Le soleil oblique, qui descendait derrière de minces nuages de pourpre, criblait la ville d'une grêle de rayons, rebondissant de toutes parts sur l'immensité sans fin des toitures. Et l'on aurait dit quelque semeur géant, caché dans la gloire de l'astre qui, à colossales poignées, lançait ces grains d'or, d'un bout de l'horizon à l'autre.

» 11 dit (Pierre) tout haut son rêve :

» — C'est Paris ensemencé par le soleil, et voyez quelle terre de labour, que la charrue a creusée en tous sens, ces maisons brunes pareilles à des mottes de terre, ces rues profondes et droites comme des sillons !

» Marie s'égaya, se passionna :

» — Oui, oui! c'est vrai ... Le soleil ensemence Paris... »

(( Et le grand Paris en face déroulait la mer sans lin de ses toitures. ))

Qu'en dites-vous ?

On a beaucoup vanté la richesse d'imagination de M. Zola. J'ai mon opinion là dessus qui n'est pas celle de tout le monde, et je n'ai nulle envie de la taire, M. Zola s'en apercevra tout-à-l'heure. 11 m'est permis, dès maintenant, de constater qu'il ne s'est pas mis en frais pour Pco'is. Nous ne répugnons certes pas aux redites quand elles s'imposent — nécessité fait loi — ou quand elles ajoutent — à quoi n'arrive-t-on pas avec du talent ? — à la beauté plastique d'une œuvre. M. Zola, lui, c'est une justice à lui rendre, n'y apporte vraiment aucune discrétion. Quel écrivain de quatre sous à côté seulement d'un Loti ! Chez nos romanciers contemporains, l'image, la même image revient parfois, mais l'œil, non plus que l'esprit, ne s'en trouve blessé; en sent qu'elle a été cherchée, voulue, et, ce qui vaut mieux, elle est à sa place partout où elle déroule les magnificences de sa forme prestigieuse. Tantôt c'est une description, un paysage aux immuables perspectives dont l'auteur encadre une action très simple menée par de rares personnages vivant d'une vie tout intérieure. Loti nous a donné cela. Tantôt c'est, dans une action plus complexe, comme un leil-motif wagnérien, le rappel systématique de traits qui caractérisent un être, l'évocation d'objets qui allaient s'effaçant déjà parmi l'orchestration enchevêtrée du livre, et qu'on voit soudain réapparaître, en leur pure essence, reconstitués... Dans les deux cas, on salue l'artiste qui a exécuté ces choses pleines de signifiance. ^L Zola n'en fait pas de pareilles. C'est trop haut pour lui, d'une splendeur

expressive trop intense. Avec M. Zola, il nous faut tomber dans la répétition bête, inordonnée, surgie la plupart du temps sans qu'on devine pourquoi. 11 seiiible qu'il soit payé à la ligne. 11 plaque des images à propos de tout et de rien, ce qui a, pour cet intrépide pondeur de copie, l'avantage d'allonger démesurément ses volumes. S'efforce-t-il, dans cette cacophonie qu'est son roman, d'arriver à l'effet par de méthodiques réminiscences d'impressions, sa phrase détonne encore plus; pas de goût, aucun art; l'image au lieu de se déployer, s'étrique misérablement. M. Zola n'est plus qu'un poussif, le voilà descendu au rang de petit « crevé y> littéraire.

La variété dans l'imagination lui manque, c'est un fait. M. Bourget voudra bien nous apprendre si c'est un résultat de la persévérance dans le travail...

Entre la langue et le caractère d'un peuple, il y a la même relation mystérieuse qu'entre la lune et la mer.

Leibnitz.

On s'est ubusé longtemps sur les facultés d'imagination de M. Zola. On prenait pour de la force la brutalité et la grossièreté de sa manière. Que penseriez-vous d'un peintre qui, dans ses académies, se bornerait à mettre des muscles où il faut surtout des nerfs? Vous vous diriez que cet homme fait le métier d'un autre et, s'il était votre ami, vous lui conseilleriez de tenter la fortune dans une carrière différente : le mauvais peintre, envoyant sa palette au diable, se révélerait peut-être financier habile, inventeur génial, diplomate consommé... M. Zola a transposé dans la littérature et pratiqué sans honte la fantaisie dont nous venons de parler. Il s'en est servi comme d'un moyen, d'un procédé, presque comme d'un système, et il y a

gagné la célébrité et Targent. Il a mis des paquets de chair partout. Était-ce ou n'était-ce pas la négation de toute esthétique ? La vérité dans Tart était-elle encore ou n'était- elle plus l'unique loi de l'art ? Et nos créations, pour être des images de vérité, ne devaient-elles plus correspondre à l'éternelle Création, faite ici de contrastes, là de nuances, ailleurs du mélange de ce qui est fort avec ce qui est délicat? On ne s'en inquiétait guère, on regardait béatement — je ne sais pas si béatement est le mot juste — on admirait, on s'extasiait: quelle puissance de bloc! quelle solidité de granit ! Hélas! c'était tellement solide et tellement puissant que personne ne vit onques cela remuer. Corps monstrueux que sa boutïissure énorme empêchait de se mouvoir, et dans lequel la vie ne circulait pas !

Heureusement pour notre réputation dépeuple spirituel, nous commençons à revenir de cette eri'eur. On s'aperçoit enfin, en dépit du naturalisme affecté de M. Zola, que rien n'est moins nature qu'un roman de ce romancier. Plusieurs ajoutent que rien n'est moins français, et ils ne se trompent pas. M. Zola n'est pas un écrivain français, il ne l'est ni par la pensée, ni par l'expression. 11 est, en son genre, un « déraciné »; il a beau s'être implanté en terre gauloise, il ne s'est rien assimilé du pays qui l'a accueilli, il n'a réussi à nous prendre ni notre tempérament, ni nos idées, ni notre langage. Le caractère chez nous, est tout de clarté, de loyauté brave, de fierté, et la conscience nationale, quanti on y touche, ne serait-elle qu'effleurée, rend un son de

métal pur. Pareillement, et par une conformité logique, notre langue est toute de limpidité et de netteté. Elle est franche — docile seulement aux gens de la maison, à ceux dont les aïeux, au cours de longs siècles, ont vécu sur le bon et vieux sol, et robustement s'y sont fixés, tels les chênes en nos forêt profondes — à ceux qui ont puisé au terroir les sentiments communs à tous les fds de la grande famille française. Dès lors, comment ne serait-elle pas rétive à M. Zola? il n'est rattaché par aucun lien à l'àme de la Patrie; ses ancêtres ne sont pas d'ici, il n'ont pas poussé dans ce large et droit sillon. M. Zola est un nouveau venu parmi nous. Cette moitié d'Italien ne pourrait jamais faire qu'une moitié de Français. Ne sentant pas comme nous, il ne pense pas, il n'écrit pas comme nous.

Nous avons établi que la variété dans l'imagination lui manquait. Nous allons prouver qu'il a l'imagination aussi boiteuse que nécessiteuse.

Ce qu'il convient d'observer d'abord chez M. Zola, c'est son impuissance à trouver une comparaison qui ne cloche point. Les comparaisons ont toujours été recherchées par les écrivains de grand talent (je ne dis pas cela pour l'auteur de Paris), ils n'en ont que rarement abusé et, dans tous les cas, sous leur plume, elles ne grimaçaient pas. Une certaine probité de l'intelligence et je ne sais quel tact gardaient ces fermes esprits des exagérations, des outrances et du ridicule. Piien n'est plus malaisé que l'emploi des comparaisons. Elles sont un attrait; elles colorent vivement; elles donnent

du ton a un tableau; elle mettent en communication avec l'àme des choses; elles font vibrer. Mais un barbouilleur n'y suffit pas.

Saviez-vous que les sépulcres eussent des gestes? M. Zola affirme qu'il en est :

(( Il était (Pierre) la règle, // n'avait plus que le geste du prêtre, tel quun sépulcre vide où il ne restait pas même la cendre de Tespoir. »

Dans vos promenades aux champs, par les beaux soleils, vous est-il venu à l'idée (j'espère pour vous que non) de comparer un rayon de lumière aux ffammes d'un feu de cheminée? M. Zola, lui, compare ces flammes à un rayon de printemps :

« Et l'on passa dans la salle à manger où brûlait un grand feu dont les flammes joyeuses luisaient, telles qu'un ra 1/0)1 de printemps. »

Avez-vous déjà vu des nuances qui étaient des étiquettes, et des étiquettes qui classaient une soif? M. Zola a vu les unes et les autres :

« Gauche, droite, catholiques, républicains, socialistes, les vingt nuances des partis n'étaient que les étiquettes qui classaient la même soif brûlante de gouverner. »

Jusqu'ici la discrétion des alcôves n'avait été mise en

cloute par personne. Il a fallu M. Zola pour parler de leur indiscrétion et pour la comparer à celle des magasins :

« Jamais il n'avait remarqué le bariolage des façades, les glaces peintes, les stores, les trophées, les aftiches violentes, les magasins magnifiques, d'une indiscrétion de salons et d' alcôves, ouverts à la pleine lumière. »

Qu'est-ce que la voie lactée ? f/est la plus importante des nébuleuses, c'est cet amas d'étoiles indistinctes, cette blancheur douce que nous contemplons par les nuits sereines, et qui entoure le ciel comme d'une ceinture. M. Zola, lui, assimile cette voie lactée à des étoiles vives, et il a soin, pour achever de se rendre grotesque, de mêler, à ces scintillations et à ces lueurs, Vaveuglante clarté du plein soleil :

« Bientôt les boulevards allaient charrier les étoiles vives des voitures, ainsi qu'une voie lactée en marche, entre les deux trottoirs incendiés par les lanternes, les rampes, les girandoles, un luxe aveuglant de plein soleil. »

Plus loin, ce sont de « petites mains d'infirme qui se crispaient comme des griffes ». 11 paraît qu'il y a des griffes qui se crispent! On apprend tous les jours quelque chose de nouveau...

Tout le monde sait qu'une cicatrice est la trace qui reste d'une blessure. M. Zola en est arrivé à voir dans

(les blessures — et dans des blessures terribles, encore!

— (le siinj)les cicatrices :

« Les terribles blessures apparaissaient comme des cicatrices récentes. »

M. Zola ne se pique pas de logique.

« Je m'amusais justement, lorsque vous êtes arrivé, à suivre, là bas, sur Paris, ces fumées que le vent couche vers l'Est. On dirait des navires, toute une escadre innombrable que le soleil empourpre. Oui, oui! des vaisseaux d'or, des milliers de vaisseaux d'or qui partent de rOcéan de Paris, pour aller instruire et pacifier la teire. »

De sorte que voila une flotte (car lorsqu'il y en tant de vaisseaux, ce n'est plus une escadre) qui est dans la même minute de pourpre et d'or. M. Zola est un profond observateur...

Admirez ceci :

M. Zola nous montre deux bicyclistes (Pierre et Marie) qui s'en vont « d'un vol d'hirondelle qui rase le sol ». Deux minutes après, nous retrouvons Pierre et Marie, ravis « de rouler de nouveau côte à côte, comme deux oiseaux accouplés, planant d'un vol égal ». Tout à l'heure, ils rasaient le sol, maintenant ils planent, quoiqu'ils n'aient pas quitté leurs bicyclettes, et tout en planant ils « roulent », et ils roulent ^ comme deux oiseaux ». M. Zola a vu déjà des oiseaux qui roulaient.

Heureux homme ! Mais le plus joli est peut-être la phrase suivante. Il s'agit de nos deux bicyclistes : « Alors, ce fut cette griserie allègre de la vitesse, Tenivrante sensation de l'équilibre dans le coup de foudre où l'on roule à perdre haleine... » Rouler dans un coup de foudre! N'est-ce pas renversant? Si les bicyclistes se tiennent en équiUbre, le lecteur perd le sien. En vain l'on cherche, on ne parvient pas à comprendre. Allons toujours :

« La Cour reparut. Tout un redoublement d'émotion soulevait la salle ; un grand souffle passait, tel qu'un vent (T anxiété agitant les têtes. »

(( C'était un rayonnement, une vibration (jui sortait d'eux, malgré eux, un souffle plus subtil qu'un rayon ou qu'un parfum. »

Ainsi, ce souffle est plus subtil qu'un rayon, et pourtant c'est, en même temps qu'un souffle, un rayonnement !

Pour faire suite à la comparaison des flammes et du rayon de printemps :

« ...il n'y avait plus que les boutiques braisillantes des marchands de vins, qui luisaient, pareilles à des phares. »

Toutes les comparaisons et toutes les métaphores de M. Zola sont frappées au coin de cette extravagance. M. Zola est un « Maitre ». Oui, certes, dans l'incohérent

et dans le baroque. Il excelle à réunir dans une phrase les termes les plus contradictoires :

« Et le beau monde se ruait chez les maîtresses de maisons hardies, les excenti'iques, les étrangères telles que la princesse, qui ne reculaient devant aucune attraction. »

« Et son ironie, sortie de ses lèvres de vierge, devant ce prêtre innocent, était comme un tîot de boue cachée. . . »

« ... il s'agissait de se rallier au gouvernement noueau et de l'absorber en r envahissant. »

«... quels continuels flots d'idées, se succédant, se heurtant *■ sans fin, les unes enfantant les autres... >»

« Et là, dans ce cadre d'infini, une jeune fille de vingtsix ans était debout... »

«... elle fut reprise d'une de ces rougeurs de petite fille qui l'ennuyaient tant, elle s'empourpra, lorsqu'elle voulut, elle aussi, envoyer son mot de tendresse au blessé. Mais bravement, elle prononça le mot les yeux gais et candides... »

« ... que de fois ses yeux se levaient du livre, se perdaient dans la rêverie sombre, dans le néant où il retombait toujours ^. »

1. Si elles se succèdent, elles ne se heurtent pas. Le bon sens et l'étynaologie l'indiquent.

?. C'est comme au puits : quand un seau monte l'autre descend. Nous retrouvons plus loin le nionie etfet.

«... ses yeux de rêverie et de tendresse restaient fUés sur Guillaume. »

« Seulement quelle abomination, quel soulèvement de la raison et du cœur lorsque de la théorie on descend à la propagande. »

(( Il avait gardé de l'école normale tout un dogmatisme, un pédantisme étroit dont rien n'avait pu le laver*, ni ses efforts herculéens pour être sceptique et léger, ni... etc. »

« C'était le rut de l'immonde, l'irrésistible attirance de Topprobre et du dégoût. »

« Et il finit par dire gaiement avec une pointe de tendresse émue... »

« Pendant près de deux heures, il continua de la sorte, dédaigneux de vérité et de logique, ne cherchant qu'à frapper l'imagination, utilisant la terreur qui avait soufflé sur Paris, agitant comme un drapeau 5ffw^/«rt/ la pauvre petite victime, la jolie enfant dont il montrait la main jjâle, dans le bocal d'esprit de vin... »

M. Zola, nous venons de le constater, accumule dans ses images des mots qui se cabrent les uns devant

1. M. Zola fait du pédantisme une tache. Or voyez quelle épithète il accole à ce mot : « étroit ». Zola est tout entier là dedans. 11 n"a jamais su se servir de nos vocables 11 est d'une ignorance crasse « dont rien ne pourra le laver ».

les autres; il y a là, pour qui sait lire, des effets de comique intense. Mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus étonnamment drôle chez M. Zola. Fréquemment M. Zola dispose, autour d'une idée ou d'un fait, des images qui ne se lient pas entre elles et qui parfois se nient.

« Celte histoire des chemins de fer africains, ce pclïl coin de houe remuée, exhalant d' inquiétantes odeurs, soulevant brusquement à la Chambre cette émotion, ces craintes, ces colères, ce n'était en somme qu'une occasion à bataille politique, //// terrain où allaient s'exaspérer les appétits voraces des divers groupes... »

Bon appétit. Messieurs.

A propos des scandales parlementaires :

(t La houe coulait à plein bord, la plaie hideuse, sai- (jnante et dévorante s'étalait... »

Voulez- vous tout à la fois courir, êti'e saisis par un engrenage, tomber sous une meule, dans une ruée, être charriés et heurtés par une fièvre, et écraser vos riveaux? Fiez- vous à M. Zola :

« ... et tous couraient à leurs soucis, à leurs passions, ressaisis par l'engrenage, retombés sous la meule, dans celte ruée de Paris, dont la fièvre les charriait, les heurtait en une ardente bousculade, à qui passerait sur le corps des autres et les écraserait. »

Le sublime dans l'art de parler pour ne rien dire, avec accompagnement de faute de français :

« Et le Paris nocturne, semé d'éloile.s, étincelanl comme un grand ciel d'été, restait lui aussi la grande énigme, le chaos noir, la cendre obscure toute pétillante d'étincelles, dont (sic) la prochaine aurore devait sortir *. »

Cn problème :

« Le crépuscule l'avait envahie (la salle des assises) ; on trouvait sans doute qu'il était inutile d'allumer les lustres, puisque bientôt l'arrêt serait rendu, et il n'y flottait plus qu'un jour mourant, une grande ombre vague... »

Est-ce du jour qui flotte? Est-ce de l'ombre? Nous n'en savons rien, et M. Zola n'en sait probablement pas plus que nous.

Nous allons assister — spectacle très original — à «la mort d'un flot ». Guillaume a résolu de faire sauter la basilique du Sacré-Cœur :

« ... quelle leçon plus exécrable et plus haute, dans l'injuste mort d'une foule innocente, de milliers d'inconnus, du flot qui passe! »

Avec M. Zola, il y a toujours à boire et à manger : « Certes, le divin semblait nécessaire à l'homme

1, 11 fallait d'où, monsieur !

comme le pain et l'eau ; toujours l'homme s'y était rejeté, affamé du mystère, semblant n'avoir d'autre consolation que de s'anéantir dans l'inconnu. Mais qui pourrait dire que la science, un jour, n'étanchera pas cette soif de l'au-delà ? »

Et les non-sens !

« ... une attilude si haute et si grave parfumée d'une bonté si pui'e. »

« Et il semblait à Pierre aveuglé, étouffé, qu'il entrait dans r au-delà d'un de ces antres de la chair, tel que le Paris du plaisir en réalise le rêve. »

« Était-ce donc nécessaire, cette décomposition des grandes cités qui ont gouverné le monde, cet afflux de toutes les passions, de tous les désirs, de tous les assouvissements, ce terreau accumulé, apporté du glolje entier, oii s'épanouit en beauté et en intelligence la fleur de la civilisation? »

Cette dernière phrase est écrite à propos d'un salon où l'on ne voit que des rastaquouères et des cosmopolites...

On dit « un monde pourri », une « vieille société », et il y a, quant aux expressions : société, monde, pleine synonymie. M. Zola fait de l'une le complément de l'autre, de telle manière que la phrase ne signifie plus rien.

« N'était-il pas au coin de cette rue, au bout de ce boulevard, le gouffre attendu où allait crouler ce monde pourri dont il entendait craquer la vieille société à chaque pas ? »

Ouvrons le petit Littré. Nous y verrons qu'une clameur est un « ensemble de cris tumultueux ». Ouvrons ensuite Paris, nous y lirons :

« L'universel cri de justice dont la clameur de plus on plus haute monte du grand muet ... etc. »

Autres non-sens :

(i Et ce serait à souhaiter qu'un génie barbare vînt, sans lecture, sans critique, sans pondération et sans nuance, ouvrir à coups de hache le siècle de demain, dans une belle flambée de vérité et de réalité. »

« Lui, rêvait de graver sur bois ses propres dessins, d'être le cerveau qui enfantait et la main qui exécutait, de façon à obtenir des effets nouveaux, d'une grande intensité de vision et d'accent. »

c( Mais, à côté de ces travaux courants, il avait déjà fait quelques planches d'une extraordinaire sensation de puissance et de vie... »

« Sa chevelure éparse et féconde (il s'agit d'une statue figurant la Justice) était comme les rayons de sa face... »

« Et quel réveil joyeux lorsque la virginité sera méprisée, lorsque la fécondité redeviendra une verlu, dans l'hosanna des forces naturelles libérées, l?s désirs honorés, les passions utilisées, le travail exalté, la vie aimée, enfantant r éternelle création de l'amour. »

Etc.. etc..

Après les non-sens les contre-sens! U y en a de toutes les couleurs. M. Zola va montrer, s'accomplissant sous vos yeux, les effets d'une cause qui ne s'est pas encore produite. On n'invente pas ces choses. ^ Laissons parler M.Zola :

^( En un siècle d'histoire, en trois générations, la royauté s'était incarnée en lui, déjà menacée, ébranlée par la tempête de demain. •»

M. Zola n'a évidemment pas la notion du temps :

(( Et voilà que la jeunesse intellectuelle dont il avait désespéré, cette génération de demain qu'il croyait gâtée, retournée à l'erreur, à la pourriture aiicienne, venait de de ne révéler à lui... etc. »

Gérard a « grande taille » et « mine fière » mais un mal redoutable dévore intérieurement cette organisation. Sachant cela, vous pensez : que l'apparence est donc trompeuse ! M. Zola le pense autant que vous. Seulement il éc'it tout le contraire :

a Derrière la noble façade de la race, cette grande

taille, cette mine tière, elle savait donc quel était le mensonge. »

Ce n'est plus la façade qui constitue le mensonge, c'est ce qu'il y a derrière !

(( Et ce fut alors, à cette profondeur, que le silence de la teri'e (Guillaume et Pierre sont dans les substi-uctions delà Basilique du Sacré-Cteur) qui pesait si lourdement sur eux frissonna, s'ébranla peu à peu d ondes sonores, comme si la mort sonnait quelque part sa cloche invisible. »

« Il ne lâchait (Janzen) que de courtes phrases, mais elles cinglaient comme des fouets, elles coupaient comme des sabres. Ses idées, ses théories en restaient un peu obscures, »

Arrangez cela comme vous pourrez ! Mais il y a mieux :

« Sa vie avait toujours été un espoir sans limites qui toujours se brisait contre les bornes de la réalité. »

« Et Paris était là, qui s'étendait, sans borne, d'un bout à l'autre de l'horizon. »

Tairons-nous les images simplement burlesques, les métaphores bizarres ? Il y en a des tas hauts comme la tour Eiffel. Nous n'en citerons que sept ou huit :

« N'était-ce pus l'assassinat même de la vie, la pen-

sée lâche de ne pas vouloir la vivre pour elle-même? »

« La mer sans fin des toitures se découpait avec une netteté singulière... »

« Eve sentit qu'elle aurait dû quitter la place. Et elle n'en trouvait pas la force, c'était impossible sur le mot qui l'avait frappée comme d'un soufflet '. »

«... l'odeur acre de tout ce monde entassé accroissait l'ivresse, les cris dont l'auditoire se fouettait à chaque chanson nouvelle. »

(( Et son l'épertoire, ses Fleurs du pavé, achevaient d'expliquer son succès, des chansons où l'ordure et la soutVrance d'en bas, toute l'abominable plaie de l'enfer social, hurlait et crachait son mal... »

« Janzen seul le satisfaisait parfois, par ses mots brefs qui dépassaient Thorizon, tels que des flèches terribles conquérant la totalité de la terre à la famille humaine. »

« Jamais encore il n'avait senti à ce point le dégoût de son mensonge, cette prêtrise qui était devenue pour lui un vain geste. »

« Allez donc gouverner les hommes si Ton vous ôie des mains l'argent, le bâton souverain. );

1. Un autre que M. Zola eut écrit : « sut- le mot dont elle avait été frappée comme d'un soufflet ». Avec M. Zola c'est le mot qui donne le soufflet 1

Une pensée qui est un assassinat, et l'assassinat même- (le la vie! une mer qui se découpe avec netteté, un mot qui frappe comme d'un soufflet, une odeur qui accroît des cris, une plaie qui hurle, des mots qui dépassent l'horizon tels que des flèches terribles... (voir la suitephis haut), une prêtrise qui est un geste, Targent qui est un bâton, après celles-là nous pouvons tirer l'échelle.

YI

Ce chapitre, que nous aurions pu intituler les Drôleries de M. Zola, se rattache directement au chapitre qui précède. 11 en est le complément indispensable. Celui là nous a montré M. Zola incapable d'harmoniser, dans un tableau, deux images se rapportant à un même objet. Celui-ci nous le montrera également inhabile à lier deux idées. M. Zola n'a que des idées sans suite. On croirait parfois, en le lisant, à de véritables coq-à-l'àne. Le discours inorganique, brisé, dissocié, semble fait de débris de phrases ramassés un peu partout et rapprochés les uns des autres, sans ordre, au petit bonheur, à la vacomme-je-te-pousse; assez souvent il renferme des propositions qui se combattent et môme s'annihilent. En un mot, le raisonnement ne se tient pas, c'est inexprimablement bête.

Conçoit-on, en effet, quelque chose de plus sot et de nature à soulever davantage la risée (jue (;es lignes :

({ Là, il se troubla, il vil clair (oui d'un coup dans la divine insouciance où il était du monde. »

« Maintenant, il n'avait plus quune hâle, achever sa bonne œuvre qu'il croyait enfin certaine. El il s'efforçait d'attarder son pas... »

(( // // eut Ml silence suprême pendant lequel on entendit de nouveau la voix gaie de Duvillard. »

(( ... il habitait avec sa mère, veuve, ruinée par un mari d'esprit aventureux. »

« ... il voyait devant lui le baron et le général et Duthil et Amadieu, qui buvaient à petites gorgées leur café, silencieux, sans un geste. »

c( Mège avait très bien parlé, avec une fureur d'indignation extraordinaire, contre la bourgeoisie pourrie et pourrisseuse, mais, comme toujours, il avait dépassé le ]jut, effrayant la Chambre par sa violence *. »

«... mais elle se recula très digne, et elle le tuioga ^ comme elle avait tutoyé Gérard. »

« Elle, je la crois vraiment autrichienne, bien qu'il faille en douter, dès qu'elle affirme une chose ^ »

1. Mège avait donc parlé, ce jour là, avec scn ordinaire fureur d'indignation. M. Zola ne sait ce qu'il dit.

2. C'est l'attitude que prend Silviane en recevant le tout-puissant baron Duvillard dont cette fille est la maîtresse.

3. Cette faute contre la logique se double d'une faute, beaucoup plus grave, contre la syntaxe. Dès qu^eUe affirme une chose est une proposition hybride et qui ne remplit pas son office de surbordination. 11 fallait : dès qu'elle affirme qiCelle Vest, ou : dès qu'elle affirme celte chose. M. Zola n'y regarde pas de si près. Peu lui importent les règles de coordination ! Un non-sens de plus ne le gène guère...

« Quant à Janzen, il se dit russe, mais il doit être allemand... Oh ! l'homme le plus discret, le plus énigmatique, sans logis, sans nom peut-être, un terrible monsieur au passé inconnu, a la vie ignorée. Personnellement, j'ai des preuves qui me font penser qiéil a participé à l'effroi/ahle attentat (te Barcelone. »

a Mais quant à être une l)onne toquée, une folle, cela était hors de discussion, prouvé, éclatant. Très intelligente cC ailleurs, elle avait ... etc. »

« Leroi, révolté par l'injustice et la souffrance, incroyant, prophétisait la République, vengeresse des folies de l'Empire

« Sans te le dire, je suis hanté par un tourment. Si ce Salvat est en fuite, il a dû laisser, là-bas, la femme et l'enfant toutes seules *. »

« Son père, resté veuf, s était remarié à une couturière... »

« // ne savait pas, il ne voulait ])as conclure. Mais sa conviction était qu'on se trouvait en face d'une poudre inconnue, d'un explosif nouveau... »

« C'était cet examen qui lui prenait toutes ses heures. 11 n'avait d'autre repos que ses voyages à pied à Montmartre et de longues promenades dans le jardin du Luxembourg. »

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