‹ Émile Zola, ParisChapitre 8 sur 15 · Pascal, Pensées, annotées par Louandre, p · texte numérisé non relu

Pascal, Pensées, annotées par Louandre, p

2. C'est ce que fit Flaubert. Le manuscrit de la Tentation (te Saint' Antoine en fait foi.

« ...un froid noir les pénétrait tous deux, sur ce sommet désert, dans le bouillard qui changeait la grande ville en un océan de brume. Mais un pas se fit entendre^ et l'abbé Rose, repris de méfiance, vit un liomme passer, très grand... »

« ....son être entier avait fini par sombrer. Sa foi était morte à jamais, son espérance même était morte d'utiliser la foi des foules pour le salut commun. 11 niait tout, il n'attendait plus que la catastrophe finale... ^ »

(( Mais les souvenirs venaient d'être lâchés... »

(c ...faisant chastement, honnêtement son métier, dans la tristesse haulaine de n'avoir pu renoncer à son intelligence, comme il avait renoncé à sa chair d'amoureux et à son rêve de sauveur des peuples. Et ce négateur désespéré, qui avait touché le fond du néant, gardait une attitude si haute... etc. »

« ...quelle naïveté de pauvre être éperdu, dévoré du besoin d'aimer et de croire! S'être im;iginé que la science actuelle, en lui, allait s'accommoder avec la foi de l'an mil, et surtout avoir eu la sottise de croire que lui, petit être, allait faire la leçon au pape... etc. »

« Mais cette héroïque attitude, ce devoir hautain où il s'enfermait, n'allait plus pour lui sans une angoisse croissante. La simple probité ne lui commandait-elle pas

1. 11 est bon de faire observer que M. Zola, lorsqu il ne répète pas les mêmes mots, fait se rencontrer des mots qui ont une origine commune. C'est un guignon !

de jeter la soutane, do retourner parmi les lionirnes? Sa situation fausse, à certaines heures, l'emplissait du déçfoùt de son héroïsme inutile... »

« ...11 se sentit tomber à une détresse plus grande. Ainsi donc c'était une troisième expérience qui commençait pour lui, ce combat suprême de la justice contre la charité, où allaient se débattre son cœur et sa raison dans t. -; ind Paris... )i

(( Il y avait 1^ tout un quartier neuf en <'onstruction, le long des larges voies ouvertes, depuis les grands travaux du Sacré-Cœur. De hautes et bourgeoises maisons se dressaient déjà au milieu des jardins éventrés, parmi les terrains vagues, entourés encore de palissades. El,

avec leurs façades cossues, d'une Idancheur neuve ,

etc. »

«... des cités de souffrance aux bâtiments noirs et souillés où du bétail humain s'entassait. Ce jour là, sous le ciel bas, la boue noyait le pavé délnncé par les charrois, le dégel trempait les murs d'une humidité glaciale tandis qu'une tristesse atroce montait de tant de saleté et de souffrance. »

K A l'étage supérieur, ce fut, dans une })ièce entrevue ^ Vàvision d'une lille chétive... »

«... il n'obtint à la dernière (porte) que des grognements (''touffes, comme si quelque animal (h'sespéré était enfermé là. Redescendu dans la cour, il hésita, puis s'engagea dans un autre escalier. Et là, il fut... etc. »

«... 11 fallut gravir quelques marches; et, derrière IMadame Théodore et Céline, Pierre se trouva dans une sorte d'étroit grenier, sous le toit, une soupente de quelques mètres carrés... »

<< Madame Théodore s'était penchée pour écouter s'il vivait toujours.

» — Oui, il respire, je crois qu'il dort. Oh ! s'il mangeait seulement tous les jours... etc. »

«... quand on marche sur ses soixante-dix ans, le mieux serait d'aller se jeter à Teau. Dans son métier de peintre en l)àtiment, dès cinquante ans parfois, on ne peut plus travailler sur les échelles. Lui, d'abord, a trouvé des travaux de plain-pied à faire. Puis il a eu la chance d'avoir des chantiers à garder. Et c'est fini, on Ta congédié de partout, voici deux mois qu'il est venu tomber dans ce coin pour y mourir. Le propriétaire n'a point osé encore \q. jeter h la porte, bien que ce ne soit pas l'envie qui lui en manque. Nous autres, n'est-ce-pas, nous lui apportons parfois un peu de vin, des croûtes. Mais quand on n'a rien soi-même, comment voulez-vous qu'on donne à un autre f

«Epouvanté, Pierre regardait cet effroyable reste, ce que cinquante années de travail et de misère, d'injustice sociale, avait fait d'un homme. Il finissait par distinguer la tête blanche usée, déprimée, déformée. Toute la débâcle du travail... etc. »

« Il est impossible qu'on laisse plus longtemps un homme dans une situation pareille.

« Et comme Céline revenait avec le pain et le litre, ils installèrent à eux trois Laveiive, le remontèrent sur son tas de loques, le firent boire ec manger, puis laissèrent près tle lui... etc. »

«... elle était morte avant son départ pour l'Amérique en lui laissant la petite Céline âgée d'un an. Moi, j'étais alors avec mon mari Théodore Labitte, un maçon, et ce n'est pas pour me vanter, mais j'avais beau me tuer les yeux à la couture, il me battait à me laisser morte sur le carreau. »

«... Pierre la sentit ainsi pleurante dans l'existence, hrave femme sans volonté, comme effacée déjà de la vie, en ménage sans amour, au hasard des événements.

» — Oh ! je ne me plains pas de Salvat, dit-elle encore. C'est un hrave homme, il ne rêve que le bonheur de tous et il ne boit pas, il travaille quand il peut. Seulement il est certain que s'il ne s'occupait pas de politique, il travaillerait davantage. On ne peut discuter avec les camarades, aller dans les réunions et être à l'atelier. Il est fautif en cela, c'est évident. Ça n'empêche qu'il a raison de se plaindre. »

« Mais le même malaise l'avait repris (Pierre), de la discrétion, de la peur, la sourde certitude que rien n'arrêterait la destinée. El lui-même n'était plus calme... »

« ... il sentit sa fièvre, la flamme de charité que la vue de si effroyables misères venait de rallumer en lui.

Non, non, c'était trop de souffrance, il voulait lutter encore, sauver Laveuve, rendre un peu de joie à tant de pauvres gens. L'expérience nouvelle se posait avec ce Paris qu'il avait vu si voilé de cendre... »

« Une célèbre galerie de tableaux, évaluée à des millions, occupait tout le côté Nord. Et l'escalier d'honneur, d'une richesse également fameuse, montait à l'appartement occ?//;*?' d'habitude par la famille. »

«... l'hôtel entier autour de lui (Duvillard) évoquait sa fortune immense, son pouvoir devenu souverain, toute l'histoire du siècle qui avait fait de lui le maître. Son grand 'père, Jérôme Duvillard, fils d'un petit avocat du Poitou était venu à Paris... »

(c ... il avait gagné les trois premiers millions, d'abord dans l'agio sur les biens nationaux, plus tard, comme fournisseur des armées impériales. Son père, Grégoire Duvillard, le fils de Jérôme, né en 1805, le véritable grand homme de la famille, celui qui avait régné le premier... »

« ... il haussa les épaules, en parlant à voix haute, dans la tranquille certitude d'un homme qui est couvert, trop puissant pour être inquiété.

» — L'imbécile! il en sait encore moins qu'il n'en dit.

» Mais justement un premier convive arrivait, un garçon de trente-quatre ans à peine, mis élégamment, joli homme brun, aux yeux rieurs, au nez lin, la barbe

et les cheveux frisés, avec quelque chose d'étourdi, d'envolé dans l'allure, l'air d'un oiseau. Ce matin-là, par exception, il paraissait nerveux, inquiet, le sourire effaré.

)) — Ah ! c'est vous, Duthil, dit le baron en se levant. Vous avez lu ?

» Et il lui montra la Voix du Peuple qu'il repliait pour la remettre dans sa poche.

» — Mais oui, j'ai lu. C'est insensé! Comment Sagnier a-t-il pu avoir la liste des noms? Il y a donc eu quelque traître? »

« Très blonde, grande, un peu engraissée seulement, des épaules et des bras restés admirables, toute une peau de soie sans une tare, elle n'avait que le visage qui s'abimàt, une flétrissure légère, des rougeurs envahissantes; et c'était là son tourment, sa préoccupation de toutes les heures. Son origine juive se trahissait dans la face un peu longue ^ »

« — Venez donc un instant, mon cher. .l'ai encore un mot à vous dire sur l'affaire en question... M. de Quinsac va tenir un instant compagnie à ma femme. »

(( Dans le grand silence un peu gêné qui s'était fait, elle finit par dire très bas :

» — Mon Gérard, que je suis heureuse de me trouver

1. Dix. lignes plus loin, la baronne Duvillard remet « un peu de printemps » dans l'âme de Duthil. Puis quand la baronne est seule avec M. de Quinsac c'est, entre eux, un silence « un peu gêné. »

un instant seule avec vous! Voici plus d'un mois que vous ne m'avez donné ce bonheur.

yj La façon dont Henri Duvillard avait épousé la fille cadette de Justus Steinberger, le grand banquier juif, etc.. »

« ... elle était restée surprise et désolée de l'aventure, en apprenant qu'il retournait à sa vie de garçon et qu'il aimait ailleurs. Puis, sans récriminations d'aucune sorte, sans colère, sans même trop chercher à le reconquérir, elle avait de son côté pris un amant. »

a Je vous assure, répéta-t-il, faiblissant déjà, ma mère ne m'a pas laissé un jour. Naturellement j'aurais été si heureux.

» Sans une parole, elle continuait de l'implorer, et des larmes parurent au bord de ses paupières. Depuis un grand mois, il ne l'avait plus reçue dans la petite chambre où ils se rencontraient rue Matignon, au fond d'une cour. Et bon et faible comme elle, désespéré de cette minute de solitude où on les avait laissés, il céda, incapable de se refuser davantage.

» — Eh bien? cet après-midi, si vous voulez, à quatre heures, comme d'habitude. »

(( ...au frémissement même de l'air, elle venait de tout comprendre : un rendez-vous encore, là-bas, dans la rue qu'elle soupçonnait, et pour le jour même.... »

« ...il avait décidé de ne rien faire, dans un mépris égal de toutes \es professions ; et, gâté par son père, il

s'intéressait à la poésie et ii la musique, il vivait au milieu d'un monde extraordinaire d'artistes, detîlies, de fous et de bandits, fanfaron \m-7néme de vices et de crimes, affectant l'horreur de la femme, professant les pires idées philosophiques et sociales, allant toujours au plus extrême, tour à tour collectiviste, individualiste, anarchiste, pessimiste, symboliste, même sodomiste...»

« 11 avait une peur sourde de sa sœur, son aînée, bien qu'ils vécussent dans une intimité de contidences perverses, se disant tout, essayant en vain de s'étonner l'un l'autre. Et il donna un regard de dédain à la corbeille merveilleuse d'orchidées, de mode usée, devenue bourgeoise. Il avait traversé les lis, il en était à la renoncule, la fleur de sang.

» Les deux derniers convives attendus arrivèrent presque ensemble. Ce fut d'abord le juge d^mstruction Amadieu, un intime de la maison, un petit homme de quarante-cinq ans qu'une récente attaire anarchiste venait de mettre en évidence. »

« 11 y eut un silence. D'un pas discret, le maître d'hôtel présentait des rougets grillés. Le service sileiicieux... elc. »

« ...une primeur, si rare autrefois, et qui n'étonnait même plus.

» — Maintenant, dit le baron avec un geste désenchanté, il y en a tout l'hiver.

» — Alors, demandait au )nême moment... etc. »

«... dans là gaielé un peu en déroute des cristaux et de V argenterie, sous le jour pâle et fin qui éclairait la débandade du couvert.

» Au milieu du petit salon bleu argent, Pierre était resté debout. II regrettait maintenant d'avoir insisté, en voyant sur la table le plateau où le café et les liqueurs étaient servis. Puis son embarras augmenta, lorsque les convives entrèrent un peu bruyamment, les yeux brillants et les joues roses. Mais sa flamme de charité s'était rallumée en lui si ardente qu'il vainquit cette gêne. Et il ne lui resta que le sourd malaise d'apporter l'effroyable matinée de misère qu'il avait vécue, tant de noir et de froid, tant de saleté et de faim dans cette richesse si claire, si tiède, si parfumée, débordante d'inutile et de superflu, au milieu de ces gens qui semblaient si gais d'avoir bien déjeuné. »

« ... les hommes réduits au chômage, les mères n'ayant plus de lait pour leurs nourrissons, les enfants à peine vêtus, toussant et grelottant. Et parmi tant d'horreurs, j'ai vu la pire, la plus abominable, un vieil ouvrier terrassé par l'âge, mourant de faim, tombé sur un tas de loques, dans un réduit... »

«... à l'heure où l'on finit de déjeuner, lorsque l'arôme du café brûlant caresse les digestions ravies. Pourtant il continuait, il finissait même par élever la voix, cédant à la révolte qui le soulevait peu à peu... »

« — Ce que je vous conseille de faire, Monsieur

l'abbé, c'est d'aller voir tout de suite Monsieur Fonsègue, notre administrateur. Dans un cas pressant, il peut seul agir, car il sait que ces dames ont en lui une confiance sans borne et qu'elles approuvent tout ce qu'il fait.

» — Vous trouverez Fonsègue à la Chambre, ajouta Duthil en souriant; seuU'nient, la séance va être chaude, je doute que vous puissiez l'entretenir à l'aise.

» Pierre, dont le cœur s'était serré davantage, n'insista pas, tout de suite résolu... etc. »

« ... vous allez nous mener à la matinée de la princesse ?

» — Tout à l'heure, oui. Seulement je ne pourrai y rester avec vous, j'ai reçu ce matin... etc. »

« Mais elle ne pouvait, elle n'osait pousser les choses^ plus loin, dans son besoin passionné d'inventer un obstacle. Elle avait vainement tenté d'implorer Gérard, qui détournait la tête, debout pour partir. Et Pierre au courant de bien des choses... etc. »

« — Eh bien ! mais je ne refuse pas de vous y conduire, reprit la baronne. Avant d'aller chez la princesse, nous pouvons passer par cette Exposition.

» — C'est cela, c'est cela! dit vivement Camille qui plaisantait d'ordinaire les peintres syndiolistes, mais * qui devait... etc. »

1. Les mais dans le livre de Zola courent les uns après les autres, se pressent, se bousculent. Nous avons du renoncer à les compter.

(( ... je viens voir M. Fonsègue pour une affaire pressée, un malheureux qui ne peut attendre.

y> — Fonsègue, je ne sais pas s'il est arrivé. Attendez! »

a Et c'était un brouliaha (/randissanl de sourdes et violentes conversations, des exclamations, des rires, au milieu d'une gesticulation passionnée.

» Le retour de Mège, dans ce tumulte, parut y redoubler le bruit. Il était grand... »

« ... ne vivant que par l'àpre volonté de vivre, de réaliser le rêve de société future dont il était hanté. Fils d'un médecin pauvre d'une ville du Nord, tombé jeune sur le pavé de Paris, il avait vécu sous l'empire de bas journalisme, de besognes ignorées, il s'était fait une première réputation d'orateur dans les réunions publiques; puis, après la guerre, devenu le chef du parti collectiviste par sa foi ardente, par l'extraordinaire activité de son tempérament de lutteur, il avait réussi enfin à entrer à la Chambre; et, très documenté, il s'y battait pour ses idées avec une volonté, une obstination farouche, en doctrinaire qui avait disposé du monde selon sa fol... »

« ... un dictateur au fond qui ne s'efforçait de refondre * les hommes que pour les conquérir à sa croyance. »

1. Fond et refondre sont de même souche. Fond, fundns (creux); fondre, préfixe re et funderc (précipiter au foml). Et dire que M. Zola est un latin !

« Il le savait pauvre, cachant sa vie, vivanf avec une femme et quatre enfants qu'il adorait. »

« ... est-il possible de ne pas les forcer à nous renseigner... dans leur intérêt niême.^^ou, non ! ils ne peuvent plus se taire, j'ai annoncé que j'allais les interpeller aujourd'hui même... »

« On sortait à peine de Teffroyable aventure du Panama, il en avait suivi le drame avec l'angoisse d'un homme qui attend chaque soir le coup de tocsin sonnant l'heure dernière de la vieille société en agonie. Et voilà qu'un petit Panama recommençait, un nouveau craquement de l'édifice pourri, V aventure fréquente dans les Parlements... »

« ... je le possède à fond. .J'ai été avec lui à la Voix du Peuple avant d'être au Globe avec Fonsègue. Ce que personne ne sait au juste, c'est d'où il sort. Longtemps, il a traîné dans les has-fo7icls de la presse. »

«... il était v^«/^ voir s'il ne trouverait pas quelque article à glaner. Sans doute, ce prêtre perdu au milieu de cette cohue l'intéressait.

» — Ayez un peu de patience. Monsieur rai)bé, ditil avec une gaieté aimable de jeune monsieur qui se moquait de tout. Le patron ne peut manquer devenir, il sait que le four va chauffer ici. Vous n'êtes point un de ses électeurs de la Corrèze, n'est-ce-pas ?

» — Non, non, je suis de Paris, je viens pour un pauvre homme... »

« — Oh ! un bandit, mais tout de même un liomme fort. Vous ne vous miaginez pas la vanité débordante du personnage. Dernièrement vous avez vu qu'il s'est fait acclamer par la populace, car il joue au roi des Halles. Peut-être bien qu'il s'est pris \m-mêmek sa belle attitude de justicier et qu'il finit par croire qu'il sauve le peuple, qu'il aide à la vertu. Ce qui m'émerveille, moi, c'est sa fertilité dans la dénonciation et dans le scandale. Pas un matin ne se passe sans qu'il découvre une horreur nouvelle, sans qu'il livre de nouveaux coupables à la haine des foules. Non, jamais le flot de boue ne s'épuise, il y ajoute sans cesse une moisson imprévue d'infamie, c'est un redoublement A' imaginations monstrueuses, chaque fois que le public écœuré donne des marques de lassitude. Ya{ voye%-\ ows... »

«... c'est là qu'est le génie, car il sait parfaitement que le tirage monte dès qu'il lance comme aujourd'hui la menace de tout dire, de publier les noms des vendus et des traîtres. Voilà sa vente assurée pour plusieurs jours.

» Pierre écoutait cette gaie parole qui se moquait, et il comprenait mieux des choses dont le sens exact, jusque-/^, lui avait échappé. 11 linit par lui poser des questions, surpris que tant de députés fussent ainsi dans les couloirs, lorsque la séance était ouverte. Ah ! la séance, on avait beau y discuter la plus grave des affaires, une loi d'intérêt général, tous les membres la désertaient, sous cette brusque menace d'une interpellation qui pouvait emporter le ministère ! Et la passion

qui s'agitait là, c'était la colère contenue, rinquiétutle orandissante des clients du ministère au pouvoir, craignant d'être délogés., d'avoir à céder la place à d'autres; et c'était aussi l'espoir brusque... etc. »

« Barroux était... (jrand, avec une belle figure rasée dont un nez trop petit gâtait la noblesse. A soixante ans, il avait des cheveux bouclés, d'un blanc de neige, qui achevaient de lui donner une majesté un peu théâtrale, dont il usait à la tribune. D'une vieille famille parisienne, riche, avocat, puis journaliste républicain sous Tempire, il était arrivé au pouvoir avec(jambetta, bonnête et l'omantique, tonitruant et un peu sot, mais très brave, très droit, d'une foi restée ardente aux principes de la (jrande révolution. Le jacobin en lui se démodait, devenait un ancêtre, un des derniers soutiens de la république bourgeoise dont commençaient à sourire les nouveaux i'^?H/*. »

«... Mais je jure bien qu'il n'a rien mis dans sa poche car il est le plus honnête des hommes. Quant à Montferrand, c'est une autre affaire, il est homme à se faire sa part; seulement je serais très surpris s'il s'était mis dans un mauvais cas. »

«... en voilà un qui a sûrement touché. Mais c'est un oiseau. 11 nous est arrivé pour mener la plus aimable des existences, et il n'a pas plus de conscience ni de scrupules que les gentils pinsons de son pays, toujours en fête d'amour. Ah ! pour celui-là, l'argent de Ilunter

a été comme une manne qui lui était due, et il ne s'est pas même dit qu'il se salissait les doigts. Soyez 6^//' qu'il s'étonne qu'on puisse donner à ça la moindre importance.

)) De nouveau, il désigna un député, dans le même groupe... "»

« Aussi fallait-il voir Valtenle livide des figures, au milieu des conversations chuchotantes, des renseignements et des commérages qui couraient. Puis, dans le groupe d'à côté, autour de Vignon, très calme, souriant, c'était l'autre clientèle, celle qui attendait de monter à l'assaut... »

«... mais je crois pouvoir vous annoncer qu'il s'est réconcilié avec Dieu. Du moins, on m'a conté que Mgr Martha, un (irand convertisseur, ne le quitte plus. Cela fait plaisir, parles temps nouveaux d'aujourd'hui, lorsque la science a fait banqueroute et que, de tous côtés, dans les arts, dans les lettres, dans la société elle-même, la religion refleurit en un délicieux mysticisme.

)) Il se moquait comme toujours, mais il avait dit cela d'un air si aimable que le prêtre dut s'incliner. D'ailleurs, un grand mouvement s'était produit, des voix annonçaient que... etc. ))

«... Mais il est si malin qu'il y a toujours une raison quand il ne fait pas ce qu'un autre ferait. Est-ce que vous le connaissez/

» Et sur la réponse négative de Pierre :

» Une tète et une vraie puissance, celui-là! Oh î j'en parle librement, je n'ai guère la bosse du respect, et mes patrons, n'est-ce pas? c'est encore les pantins que je connais le mieux et que je démonte le plus volontiers. Fonsègue est, lui aussi, désigné clairement dans Tarticle deSagnier. llest, d'ailleurs, le client ordinaire de Duvillard. Qu'il ait touché, cela ne fait aucun doute, car il touche dans tout. Seulement il est toujours couvert, il touche pour des raisons avouables... )>

« Ne croyant au fondm à Dieu ni au diable, il avait fait de ce journal le soutien de l'ordre, de la propriété et de la famille, républicain conservateur depuis qu'il y avait intérêt à l'être, mais resté religieux, d'un spiritualisme qui rassurait la bourgeoisie. Et dans sa puissance acceptée, saluée, il avait une main au fond de tous les sacs. »

« ...Pierre présenta sa requête, conta sa visite du malin à Laveuve, donna tous les détails navrants, demanda l'admission immmédiate du misérable à l'asile.

» — Laveuve? Mais est-ce que son affaire n'a pas été examinée? C'est Duthil qui nous \x présenté un rapport là-dessus... »

«... ah ! que je la reconnais bien là, incapable de prendre un parti, trop soucieuse de sa paix pour accepter jamais une responsabilité! Pourquoi veut-elle que ce soit moi qui aient des ennuis? Non, non, Monsieur l'abbé, je n'irai à coup sûr pas contre tous nos règlements, je ne

donnerai pas un ordre qui me fâcherait peut-être avec toutes ces dames. Vous ne les connaissez \)B.s... »

« ...le nouveau maître gâchait la même besogne, oublieux des programmes et des promesses, dès qu'il régnait.

)) Invinciblement, la songerie de Pierre retournait à Laveuve qu'il avait un instant oublie. »

« Ah ! qu'importait au vieux misérable, crevant de faim sur ses haillons, que Mège renversât le ministère Barroux et qu'un ministère Vignon arrivât au pouvoir. A ce train, il faudrait cent ans, deux cents ans pour qu'il y eût du pain dans les soupentes où râlent les éclopés du travail, les vieilles bêtes de somme fourbues. »

« ...la Chambre, en grande séance, se passionnait violemment pour savoir à qui la nation serait, et qui la dévorerait. La boue coulait à pleins bords, la plaie hideuse, saignante et ^^t'om»/^ s'étalait... »

« IVlègc avait très bien parlé, avec une fureur à'indifjnation extraordinaire contre la bourgeoisie pourrie et pourrisseuse ; mais, comme toujours, il avait dépassé le but, efirayaut la Chambre par sa violence même. De sorte que, lorsque Barroux était monté à la tribune pour demander l'ajournement de l'interpellation à un mois, il n'avait eu qu'à s'indigner... »

«... l'heure était venue de se recueillir, de travailler en paix, sans permettre aux affamés de scandale de troubler la paix publique. »

« ... la majorité obtenue par celui-ci (le ministère) n'était que de deux voix, une majorité dérisoire.

1) — Mais alors, demanda une voix à Massot, ils vont donc donner leur démission.

» — Oui, le bruit en court. Pourtant, Barroux est bien tenace. En tous cas ils s'obstinent. »

« ... il ne voulut pas rester, bien que la séance co«- /m«fli, une nouvelle question d'aflaire, très importante et qui se discutait devant les bancs vides.

» Chaigneux était allé s'accouder près de la grande Minerve, de son air éploré ; et jamais détresse besogneuse ne l'avait plié davantage, sous l'angoisse continue de sa malchance. Dutliil, lui, pérorait quand même au centre d'un groupe, affectait une insouciance moqueuse; mais un tic nerveux plissait son nez, tirait sa bouche, toute sa face de joli homme suait hi peur. Et il n'y avait réellement que Fonsègue tranquille et brave, toujours le même... »

« — Monsieur,... il s'agit d'un vieillard... qui va mourir si l'on ue vient pas à son secoiu^s.

» D'un geste désespéré, le directeur du Globe semhh prendre les murs à témoin qu'il n'y pou\ait rien. Sans doute craignait-il quelque mauvaise liistoire pour son journal, où il avait abusé de l'Œuvre des Invalides du Travail, comme arme électorale. Peut-être aussi la terreur secrète oîi la séance venait de le jeter. . . »

« Pierre vit là une suprême tentative.

„ — Je connais M'"*^ de Quinsac, je puis aller la voir tout (le suite. »

«... elle devient très influente. Ayez l'approbation de ces dames, retournez chez la baronne à sept heures, obtenez d'elle une lettre qui rne couvre, et venez alors...»

(( Le pi'étre fut repris d'un (jrand espoir.

)y — Ah! monsieur, je vous remercie, c'est une œuvre de salut que vous allez iaire.

» ^lais vous pensez bien que je ne demande pas mieux. Si nous pouvions, d'un mol, guérir la misère, empêcher la faim et la soif! Do' péchez- vous, vous n'avez pas une minute à perdre.

» Ils se serrèrent la main, et Pierre se hâta de sortir. Ce n'ttait point chose facile, les groupes avaient </m«r//, les colères et les angoisses de la séance refluaient la en un tumulte trouble, de même qu'une piei're jetée au milieu d'une mare remue la vase du Ibnd, fait remonter à la surface les décompositions cachées. 11 dut jouer des coudes, s'ouvrir un passage au travers de cette cohue, de la lâcheté frissonnante des uns, de l'audace insolente des autres, des lares salissantes du plus grand nombre dans l'inévitable contagion du milieu. »

« Elle ressemblait singulièrement à son fils, la figure longue et noble, le menton un peu sévère, avec de beaux yeux encore sous la neige des cheveux fins, coiftée à la mode surannée de sa jeunesse. Et, dans sa

froideur hautaine, elle savait être aimable, d'une bonne grâce parfaite.

» Elle reprit après un /o;/ï/ silence... »

(( ... pas un bruit ne venait de la rue, dans ce sombre rez-de-chaussée, au fond de la cour d'un vieil hôtel, situé rue Saint-Donnnique, presque à l'angle de la rue de Bourgogne.

)) Le marquis était un vieillard... »

« Mais elle adorait son fils (lérard, alors dans sa dixième année, d'une santé délicate. Elle lui avait tout sacrifié, par une sorte de pudeur de mère, par une crainte superstitieuse de le perdre, si elle remettait une autre tendresse et un autre devoir dans sa vie. Et le marquis, qui s'était incliné, avait continué à Vadorer de toute son àme, lui faisant la cour comme au premier soir où il l'avait vue, empressé et discret après un quart de siècle de fidélité absolue. 11 n'y avait jamais rien eu entre eux, pas môme un baiser.

» A la voir si triste... «

« — Je vous aurais voulue plus heureuse, mais je n'ai pas su, et la faute n'en est sûrement qu'à moi. Est-ce que Gérard vous donnerait des inquiétudes?

» Elle dit non de la tôle. Puis, tout haut :

» — Tant que les choses resteront où elles en sont, nous ne saurions nous en plaindre, mon ami, j)uisque nous les avons acceptées.

» Elle parlait de la liaison coupable de son fils avec la baronne Duvillard. Toujou^ elle s'était montrée faible

pour cet enfant qu'elle avait eu tant de peine à élever, sachant, elle seule, l'épuisement... »

«... l'homme qui ne sait se reprendre, la femme qui le tient et le garde en se donnant. Le marquis, lui, n'avait pardonné que le jour où Eve s'était faite chrétienne .

» — Vous savez, mon ami, que Gérard est si bon, reprit ]'à comtesse...»

« Il adorait sa sœur, il venait lui tenir compagnie les jours où elle recevait, car l'ancien cercle s'était peu à peu éclairci, ils n'étaient plus que quelques fidèles à se risquer dans ce salon gris et morne où Ton se serait cru à des milliers de lieues du Paris actuel. Tout de suite, pour l'égayer, il compta qu'il votait de déjeuner chez...»

«... un homme de notre monde ne saurait y faire une besogne propre. Seulement, il n'y a plus, au fond, que les paresseux qui disent cela. Et Gérard n'a qu'une excuse, son peu d'aptitude, son manque de volonté et de force.

» Des larmes étaient montées aux yeux de la mère. Elle tremblait toujours, eWe savait bien le mensonge de la façade ; un coup de froid aurait emporté son fils, tout grand et solide qu'il paraissait. Et n'y avait-il pas là le symbole de cette noblesse, d'apparence encore si haute et si fière et qui, au fond, n'était que cendre ? »

« — Enfin, continua le général, il a trente-six ans, il

retombe sans cesse à votre charge, et il faudra bien qu'il fasse une fin. «

« M. de Larombière était un grand vieillard de soixante-cinq ans, maigre, chauve, rasé, ne portant que de minces favoris blancs; et ses yeux gris, sa bouche pincée, très écartée du nez, son menton carré et têtu, donnaient à sa longue face une grande austérité. Le désespoir de sa vie était qu'affligé d'un zézaiement un peu enfantin, il n'avait pu, dans la magistrature debout, remplir son mérite, car il se piquait d'être un grand orateur. Ce tourment secret le rendait morose. En lui s'incarnait la r/>///^ France... »

(( Le marquis, lui, planait dans son intransigeance totale, fidèle à une morte, un des derniers de cette noblesse riche encore, haute et entêtée, qui mourait sur place. »

«... elle l'avait comui dans des œuvres de charité, touchée de son zèle, édifiée par le renom de jeune saint que lui faisaient ses paroissiennes de Neuilly.

)) Lui, tout à sa fièvre, se sentit intimidé, dès le seuil du salon. D'abord il n'y distingua rien, il crut entrer dans un deuil, une ombre où des formes semblaient se fondre, où des voix chucliotaient. Puis, lorsqu'il eut reconnu... »

(( 11 regardait fixement le feu de son air hautain d'étranger, indifférent aux choses et aux èlres parmi lesquels une erreur des temps le forçait à viNre. Cepen-

dant, il releva la tête en sentant sur lui ce regard de la femme adorée... »

«... vous seriez bien aimable de prendre j»/flc^ près de moi. Je vous poserai où vous voudrez.

» — Très volonliers, monsieur l'abbé. Ça ne vous gêne pas que j'achève mon cigare?

» — Oh I pas du tout.

» Le fiacre se dégagea, traversa la place... »

«... Il sera wi peu tard.

)) Puis, soudain, frappé d'une idée :

» — Mais pourquoi ne venez- vous pas avec moi. Vous obtenez un mot du baron et, tout de suite, sans perdre une minute, vous vous mettez à la recherche de la baronne. Ah ! oui, la maison vous gêne tin peu... ))

«... On m'avait fait une promesse formelle. Oh ! ils sont toujours très chauds en votre faveur, aux Beaux- Arts ! Seulement, imaginez-vous, c'est cet imbécile de ministre, ce Taboureau, un vieux professeur de province, ignorant tout de notre Paris, qui s'est formellement op\)Osé... »

«... 11 continuait à vouloir prendre la chose en plaisantant.

» — Est-elle méchante, aujourd'hui, reprit-il. »

(( Et, tout d'un coup, elle reprit le tutoiement, elle conclut par son coup de hache, coupant toute faveur... »

« — Enfin, mon cher, arrange-toi, fais-moi débuter,

ou plus rien, tu entends, pas même le bout, de mon petit doigt.

» — Bon! bon! murmura é'w/JîîDuvillard, ricanant et désespéré, nous arrangerons cela. »

« ... elle doit y aller en effet, avant son essayage, chez Salmon.

)) Et il baisa la main de Silviane, il s'en alla... »

c( ... le baron accompagnait le prêtre j usqu'à la porte, elle rentra dans le salon avec Duthil. A peine derrière une portière... »

« ... pourrait-il voir la princesse et lui demander à entretenir un instant la baronne Duvillard? Dans sa fièvre, il n'avait point songé à ces difticultés. Et il prenait le parti de gagner la porte à pied, il se demandait de quelle" façon... »

«... des danses ... d'un tel abandon charnel qu'on ne les aurait pas autorisées dans un théâtre. Et le beau monde se ruait chez les maîtresses de maisons hardies, les excentriques, les étrangères telles que la princesse... »

<( ... à l'entrée même du grand salon, de hautes plantes vertes garnissaient ce vestibule, on était là à peu près caché.

» — INe bougez pas, mon cher abbé. Je vais, si je puis, vous déterrer la princesse. Et vous saurez si la baronne Duvillard est arrivée déjà

» Ce qui surprenait Pierre, c'était l'hôtel entièrement clos, les fenêtres fermées, les moindres fentes bouchées pour que le jour n'entrât pas, et toutes les pièces flambant de lampes électriques, dans une intensité surnaturelle de lumière. La chaleur était déjà très forte, et des senteurs violentes de fleurs et de femmes alourdissaient Tair. Et il semblait à Pierre, aveuglé, étouffe, qu'il entrait dans l'au-delà mystérieux d'un de ces antres de la chair, tel que le Paris du plaisir en réalise le rêve. Maintenant, en se haussant sur la pointe des pieds, il distinguait, par la porte ouverte du salon, les dos des femmes déjà assises. »

« C'était lui qui avait rendu compte de sa première soirée, l'année d'auparavant, lorsqu'elle avait débuté dans cet hôtel, dès son installation à Paris. La vraie vérité sur son compte, il la connaissait autant qu'on pouvait la connaître. Riche, elle Tétait peut-être, car elle dépensait énormément. Mariée, elle avait dû l'être, et à un rm/r/W^^ prince... »

« ... pour elle vous vous doutez bien que la chimie a l'unique intérêt d'être anarchique. Elle, je la crois vraiment autrichienne, bien qu'il faille en douter... »

« ... il y venait (à Paris) pour en jouir, comme à une ville d'aventure et de joie... »

(( ... dès le seuil, il venait de rencontrer l'ami pour lequel il venait. »

— soft ... elle a voulu que nous la mettions à la porte de

Salmon, en nous rendant ici.

)) C'était elle qui, habilement, avait fait traîner la

visite, au Lis, espérant encore empêcher le rendez,-\ous

de sa mère, . . »

« ...le long de Vavenue magnifique que le clair soleil venait de sécher, et qu'une foule égayait sous le ciel redevenu bleu... »

(( ...pour obtenir d'elle l'ordre sauveur. Il se doutait bien qu'elle était par là, dans une de ces rues discrètes, etquel trouble en lui, quelle colère désolée d'avoir à attendre de la sorte pour sauver une existence... »

« ...de ^rrtHû?^.9 ombres avaient envahi la nef; et, au milieu de ces demi-ténèbres, une voix très haute, très claire, parlait d'un flot continu, sans qu'on distinguât d'abord rien autre chose, du nombreux auditoire, que la masse pâle et confuse des têtes, immobiles d'attention. C'était Mgr Martha qui, en chaire, achevait sa troisième conférence sur l'esprit nouveau. Les deux premières avaient eu un grand retentissement. Et tout Paris était là, des femmes du monde, des hommes politiques, des écrivains séduits par l'art de l'orateur, une diction adroite et chaude, des gestes amples de grand comédien.

» Pierre ne voulut pas troubler cette allenlion recueillie, ce silence frissonnant où sonnait seule la parole du prêtre. Et il attendit pour chercher l'abbé Piose, il se tint debout près d'un pilier. Vu. reste de jour, la lueur

obiiqueet mourante d'une fenêtre éclairait justement le conférencier, grand q\. fort dans la blancheur de son surplis, à peine grisonnant, bien qu'il eût dépassé la cinquantaine. Il avait de beaux traits, des yeux, noirs et vifs, un nez plein d'aMlorite, un menton surtout et une bouche du dessin le plus ferme. Mais ce qui frappait, ce qui gagnait les cœurs, c'était Veffort de sympathie, l'expression constante d'extrême amabilité qui détendait l'impérieuse «7//or//<? du visage. »

(( ...il y avait mené à bien, avec son ordinaire maîtrise, la conversion d'Eve au catholicisme, son plus beau triomphe. Le baptême avait eu lieu dans cette même église, une cérémonie d'une extraordinaire pompe, un véritable gala donné au public de tous les grands événements parisiens. Gérard, agenouillé, était ému aux larmes, tandis que le baron triomphait... »

« ...la République légitimée, reconnue à son tour comme h h\en-ai)iiee fille de l'Église. Un souffle d'idylle passait, l'Eglise ouvrait son cœur à tous ses enfants, il n'y aurait plus que concorde et quejoie, sile peuple, obéissant à l'esprit nouveau, se donnait au maître (Y amour, comme il s'était donné à ses rois, reconnaissait l'unique pouvoir... »

« ...c'était de la tristesse qui navrait sa bouche de bonté, ses yeux clairs d'enfant dont le sourire, d'habitude, éclairait sa douce figure ronde... »

« Et quelle évolution, l'Église venant à la Science,

aux démocraties, aux républiques, convaincue qu'elle les dévorera, si on lui en laisse le temps. Ah! oui, l'esprit nouveau, l'antique esprit de domination qui sans cesse se renouvelle, toujours avec la même faim de vaincre. »

« ...la basilique du Sacré-Cœur ^ là-liaut, sur le mont sacré... »

c( C'était une perspective d'une souveraine grandeur, sous le ciel clair, envahi par le lent crépuscule, qui élargissait les voies, reculait les monuments, leur donnait l'au-delà tremblant et envolé du rêve. Aucune ville au monde n'avait ce décor de faste chimérique et de grandiose magnificence. »

« ...Vivv'iiïini souvenir revenait... »

ft ... ce cri désiionorant des journaux, ce cri qui souillait et souffletait, semblait être le glas dernier de {ajournée... »

(( Et toutes les fenêtres des façades s'éclairaient, une allégresse naissait de ces milliers de lampes qui étincejaient, une à une ; un besoin de détente universelle, de libre assouvissement s'épandait avec l'ombre croissante, tandis que, de loin en loin, les globes électriques éclataient comme les lunes des nuits claires de Paris... »

« Et cela expliquait l'air d'intérêt avec lequel il semblait le questionner, tandis que le mécanicien, l'air troublé de la rencontre... »

(( ... il le regarda s'éloigner de son allure harassée e têtue au travers de la foule. Et les réflexions qu'il fit alors durent être bien graves et bien pressantes, car il se décida tout d'un coup à revenir sur ses pas, à le suivre de loin... »

(( 11 eut peur... de ses petites mains d'infirme qui se crispaient comme des griffes. Puis après un silence :

» — Et papa, qu'est-ce qu'il dit?

» — Oh! papa, pourvu que de quatre à six, il soit chez l'autre !

» Hyacinthe se mit a rire. C'était ce qu'ils appelaient entr'eux \e petit goûter de papa. Et Camille s'en égayait gentiment, excepté les jours où maman, elle aussi, goûtait dehors.

)) Le landau fermé était entré dans la rue et il s'approchait au ti'Ot sonore des deux grands carrossiers. A cette minute, une petite blonde de seize à dix-huit ans, un trottin de modiste qui avait au bras un large carton traversa vivement, pour entrer sous la porte avant la voiture. Elle apportait un chapeau à la baronne, elle avait musé tout le long du boulevard, avec des yeux d'un bleu de pervanche, sop nez rose, sa bouche qui riait toujours dans le plus adorable des petits visages qu'on pût voir... »

« Les deux frères montèrent dans la voiture qui les emmena. Et au-dessus de Paris grondant, la nuit noire s'était faite, une nuit sans pardon où les étoiles sombraient sous la brume de crimes et de colère, montée des toitures. »

«... h petite maison, à cette heure, sous la nuit noire dormait d'un sommeil profond, les persiennes closes, sans qu'une lumière filtrât au dehors. Et il semblait qu'on sentit aussi, derrière, la grande paix du petit ]2iTdin, vide et mort, engourdi par le froid de l'hiver.

» Pierre, dans le (iacre qui le ramenait avec son frère blessé, avait craint plusieurs fois de le voir s'évanouir. Guillaume adossé, affaissé, ne parlait pas, et quel terrible silence entr'eux, si plein des interrogations, des réponses qu'ils sentaient inutile et douloureux d'échanger en ce moment. Pourtant, le prêtre s'inquiétait de la blessure, se demandait à quel chirurgien il allait avoir recours, désireux de ne mettre dans le secret qu'un homme sûr et dévoué, en voyant avec quel âpre désir... etc. »

(( ... il vit son frère en descendre sans trop de faiblesse. Vivement il paya le cocher, très heureux aussi de constater que personne, pas un voiiin môme, n'était là. Et il ouvrit avec sa clef, il soutint le blessé pour l'aider à gravir les trois marches du perron.

» Une /flî/'/^ veilleuse brûlait... »

(( Elle connaissait Guillaume qu'elle avait vu jeune homme. Sans doute elle le reconnut, bien qu'il y eût dix ans bientôt qu'il n'eût franchi ce seuil... »

« Ah! mes chers enfants, vous ne pouviez, me faire de bonheur plus grand ! Moi qui ai si souvent déploré votre cruel malentendu !

» Septuagénaire, il était ^rr/?/c/... »

« Le savant le regarda, sentit la gravité des circonstances qu'on lui cachait. Et, comme Guillaume consentait... »

a... il finit même par flairer la manche de la chemise, pour mieux se rendre compte. Evidemment, il reconnaissait les effets d'un de ces explosifs nouveaux que Xm-même avait... etc. »

«... il acheva de dire sa large tolérance, son esprit souverain, dégagé des ignorances et des superstitions, qui faisait de lui, sous les ordres dont il était chamarré, sous ses ordres universitaires et académiques de savant officiel, rintelligence la plus hardie, la plus libre, uniquement passionnée de vérité, comme il le disait. »

«... après s'être assuré qu'aucune parcelle des projectiles n'était restée dans les chairs. Enfin, il partit en promettant d'être là le lendemain de bonne heure. Et comme le prêtre l'accompagnait jusqu'à la porte, il le rassura : si l'os n'avait pas été atteint trop profondément, tout irait bien.

)) Pierre de retour près du lit, y trouva son frère assis encore sur son séant, puisant une énergie dernière dans son désir d'écrire aux siens, pour les rassurer. »

«... qui avait élevé ses trois (jrands fils. En outre Pierre savait qu'il y avait, dans la maison, une jeune fille de vingt-cinq à vingt-six ans, la fille d'un ancien ami -de Guillaume recueillie par celui-ci à la mort du

— or, —

père, et qu'il devait épouser prochainement, malgré la grande différence d'âges. »

Je crois qu'ici nous pouvons souffler un peu. Nos lecteurs ont sans doute besoin de se reposer.

ils s'étonneront. Ce n'est pas possible, penserontils, il n'y a pas tout cela dans Paris. Ce serait honteux ! Et moi, je leur réponds : C'est une honte, en effet ; tout ce qu'on a lu plus haut est dans Paris. 11 y a bien autre chose, hélas ! et que nous montrerons. Ces répétitions ne sont que quelques-unes de celles que j'ai ramassées dans les vingt premiers feuilletons de l'ouvrage. J'espère, cette déclaration faite, que vous me dispenserez d'écheniller sous vos yeux les quatre-vingt-huit feuilletons restants. Car Paris a eu cent huit feuilletons, le saviezvous ? pas un de plus, pas un de moins. M. Paul Houi'get nous l'a dit : « la persévérance dans le travail » est une des « fortes vertus » de M. Zola...

Est-il nécessaire d'ajouter que les i{uatre-vingt-huit derniers feuilletons ressemblent aux vingt premiers. C'est la même chose. Je me trompe, c'est pire. Au furet à mesure qu'on avance dans le roman, les répétitions se multiplient ; M. Zola se répète avec amour, M. Zola se répète avec transport, M. Zola s'entraîne à la répétition. C'est un entraînement comme un autre. H en est qui s'exercent à la pratique des sports, M. Zola s'applique à mal écrire...

Plusieurs échantillons :

« Alors dans Vhorrihic frisson de ce qui se passait,

dans son horreur de la violence, Pierre succomlDa, laissa tomber sa face parmi la couverture au hord du lit. Et il sanglota éperdument, une crise soudain débordante de larmes... »

u Et de même, Pierre s'imaginait Guillaume comme un déclassé, de conduite louche, n'ayant pas ijirtne épousé la femme dont il avait eu trois enfants. »

« Un brusque souvenir, un exécrable spectacle venait de s'évoquer... »

c( C'était en lui comme une débâcle de tout ce qu'il souffrait depuis le matin, la douleur immense de l'injustice, de la 6-6'^///)y/»c^ universelle... »

«... un besoin éperdu de sensations nouvelles et dont il avait senti toute l'inutile et dangereuse extravagance... ))

(( De nouveau, il retomba à son anxiété lorsqu'il sut qu'on s'étonnait qu'un si petit engin eût pu faire de si violents ravages, et qu'on soupçonnait là quelque ?io/a'<?/ explosif... »

« Au contact de son mari, Madame Leroi libérée de toute croyance, dans son atavisme protestant de la //^^r/^' d'examen, s'était créé... etc. »

c( La longue iniquité dont son mari souffrait, le malheur immérité dont elle était frappée en lui et en sa

fille, lui îivait doniK', à la hDujue, une exl.raordinairc foi'oe (1(; résistance. J>

u (juillauine restait veuf à trente-huit ans, avec ses trois fils, éperdu de la ijevte qu'il venait de faire. »

« l.e jeune ménage alla s'installer sur la Butte-Monlmartre, tout au sommet, dans une petite maison de huit e(>nts francs de loyer dont la grande commodité était un étroit jardin, où Ton pourrait plus tard iuslaller un atelier de planches. »

« ...il aurait cherché pour h jeune fille un mari plus jeune. »

((. ...elle avait tout de suite consenti, cédant à un élan i\(i sincère affection où elle croyait sentir de l'amour. »

« Pouvait-elle... fixer sa vie dans des conditions de Itonheur plus certain? Et, depuis près d'un mois, le mariage, discuté et résolu, était fixé 2iii printemps...);

rt Mais on ne vint pas tout de suite, et il allait sonncide nouveau, lorsque la porte s'ouvrit largement, découvrant toute r allée... »

« ...afin il'amortir l'ardeur trop /'/^'<? des jours brûlants. Toute la famille vivait dans cette salle... ;>

«... Thomas... sauvage /yr^5r/?/é?, enfermé dans sa (h'-votion filiale, heureux de ce métier manuel qui le changeait en un simple manœuvre, aux ordres du maître. Moins

âgé de deux ans, François était de phyL>ionomie plus fine, mais de taille presque égale, avec le même front, la même bouche ferme, tout un ensemble de santé et de force où l'on ne retrouvait l'intellectuel affiné... etc. »

« Mère-Grand ne laissait pas parriilre la moindre crainte. Très calme, elle avait semblé ne rien apprendre qu'elle ne sût déjà. Môme elle paraissait soulagée. . . )>

« Marie reijardait Antoine, qui était resté silencieux, 1 es regards pe rd u s . y

« ...effondrée et sanglotante, au fond d'un des fauteuils... »

« ...petit homme sec et rageur. Ses quatorze années de bureau déjà l'avaient desséche, et le café l'achevait... »

« ...Charles revenu du service et redevenu mécanicien. Mais cinq mois de maladie avaient épuisé le peu d'argent placé à la caisse d'épargne et Toussaint, remis à peu près sur ses jambes... etc. »

« Dès l'entrée, on entendait le ronflement des machines, la sourde clameur du travail, toute une activité chaude, remuante, assourdissante... etc. »

(( Et, tout en le sachant occupé de la question des petits moteurs, qui le passionnait lui-même, il montrait la plus grande discrétion, il attendait sans le questionner. »

« Alors, comme... ils en parlaient longueiiie-nt ensem- J)le, Pierre s'approcha d'une porte ouverte, qui donnait sur un vaste atelier en longueur... etc. »

c( ...toute une aclivilé chaude sagilait... »

« ...\e vieil homme, las de lutter, n'espéranl ]:)Ius en rien, prêt à laisser crouler ce monde où la taim menaçait sa vieillesse,.. y>

c( Toussaint, qui venait d'apercevoir le patron, s'attarda, attendit j^our lui demander une avance. Justement (îrandidier, après avoir serré cordialement la main de Pierre, s'avança de lui-même d.\i-(levant du vieil ouvrier. »

« ...il vit dans la cour Grandidier, sa tournée faite, ré'/c//;'//<';' au pavillon. »

« ...ils achevèrent de se mettre cordialonenl tt' accord. . . »

« — Ah! Vesprit nouveau! interrompit Pierre dans un cri qu'il ne put retenir, il n'a pas l'innocence d'une mode passagère, il est une tactique et terrible, tout un retour des ténèbres contre la lumière, de la servitude contre raffranchissement des esprits... »

({ Va IMerre ému, ébranlé dans sa négation, crut entendre en eftét monter des classes, des amphithéàti^es, des laboratoires, des salles de lecture, des simples chaml)res d'éludé, le grand murmure sourd du travail de toutes ces intelligences en branle. »

« Jalian, qui était dans Vemerveillemoit du miracle... ))

« ... n'ayant plus qu'un cœur, qui Ijattait d'une seule joie à l'idée que le père serait réjoui... )>

« Cette pondre, il en avait trouvé l'emploi dans un engin de f^uerre, des bombes lancées par un canon spécial, dont l'usage devait assurer une foudroyante victoire à l'armée qui s'en servirait. L'armée ennemie serait détruite en quelques heures, les villes assiégées tomberaient en poudre... »

« D'autre pan, on disait que Vignon et son parli étaient décidés à un effort considérable. »

« ... sa mère écoutait, en ,s' efforçant de cacher sa peine, sa crainte de ne pouvoir, en bas; /^^^^^/'(iérard... »

« ... leurs tasses fumantes à la main, Duvillard emmena Fonsègue dans son cabinet, pour fumer un cigare... »

« Avec sa figure candide de vierge, encadrée de fins Ijandeaux, elle avait l'air d'une vierge de nnssel... »

« Tout d'un coup, elle s'oublia, avoua ses coups de cœur... »

« ... ils se hâtèrent de monter dans le coupé qui les attendait, car ils venaient d'apercevoir le landau de Silviane, avec le cocher majestueux, immobile sur le

siège, tandis que les trois hommes, Duvillard, Gérard et Duthil, atleudaieiit ioi[\onvs... »

(( ... il i^assait j)Oiir être à la Chamijre Tinspirateur tlu nouveau groupe catholique. Et MonlcrrniKl, frappé des progrès de l'esprit nouveau... »

(( ... la hallue venait d'être organisée, on le t raquai I. Son cœur battit... »

(( ... Personne n'était là qu'un (jvos chat blanc qui prit la fuite. 11 s'y engoulTra, alla rouler dans de la paille, parmi des tonneaux vides. Et il y était à peine enfoui, qu'il entendit galoper, galoper la chasse, les agents et gardes lancés, perdant sa piste et dépassant le chalet, lilant du côté des fortifications. Le bruit des gros souliers s'éteignit, un proibntl silence toiiiùd. Il avait mis les deux mains sur son cœur pour en étouffer les battements, il tomba dans un anéantissement de mort tandis (jue de grosses larmes coulaient de ses paupières closes.

i> Après un quart d'heure de repos, Pierre et Guillaume avaient repris leur promenade, gagnant le lac, allant passer au carrefour des Cascades, pom* revenir vers Neuilly, en faisant le tour, par l'autre bord de l'eau. Mais une ondée tomba, les força de s'abriter sous les grosses branches encore nues d'un marroimier ; et, la pluie devenant sérieuse, ils avisèrent, au tond d'un l)ouquet d'arbres, une sorte de chalet, un petit café restaurant, où ils coururent se réfugier... * »

1. Ls morceau se continue. Après le pc/t> café-restaurant, vous avez la «^je^j/c pluie d'été », puis des « petites tables », puis encore

« — Alors, reprit-il, tu no prends pas une tasse de thé?»

« Guillaume eut un saisissement dont le frisson le glaça. Il saisit la main de Pierre... »

« ... ces salles de théâtre qui s'em))lissent lentement, un jour de première représentation. Sous le jour l'roid qui tombait... »

« ... Monlerrand, qui marchait derrière Barroux, rair bonhomme, ayant l'air de ne rien savoir... »

« Des voi.v lui criaient de lire la liste tout entière ; d'autres, quand il voulut la lire, se déchaînèrent, en vociférant. »

« ... elle se leva tout d'un coup, tremblante, éperdue, soulevée par un tel emportement que... »

« C'est Paris ensemencé par le soleil, et voyez quelle terre de labour que la charrue a creusée en tous sens, ces maisons brunes pareilles à des mottes de terre.., »

(( ... elle se tut hâtée de rentrer dans sa solitude, dans le coin de misère décente oh, seule, ignorée... etc. »

« Et le Paris nocturne, semé d'étoiles, étincelanl comme un ciel d'été, restait lui aussi la grande énigme, le chaos noir, la cendre obscure toute pétillante iVétinc elles... »

des « petites taliles ». Viennent ensuite des « petits gâteaux » et enfin des « -petits verres » c!e chartreuse.

(c ... il ne pouvait songer au lon(i rèvo qu'il avait fait, cette vie farouche et solitaire du saint prêtre qu'il n'était pas, son être pris d'un frisson de honte, la conscience trouble, agité du malaise d'avoir si loiujlemjjs menti. -»

« ... il fit une allusion... à T homme fort c//«/y/^' de rassurer les bons et de faire trembler les méchants. Puis il charfjea le misérable Salvat... »

<x ... dans V infinie détresse qui les envahissait, pour des causes profondes, sans nombre, qu'eux mêmes n'auraient pu exactement définir. »

(.( Et il dit vraiment ce qu'il y avait à dire, avec une justesse, avec une clarté parfaites, il était d'une autre école, très simple, très uni, passionné seulement de vcrité. D'ailleurs il lui suffit de remettre en son vrai jour... »

« ... pour que, régnant sur les nations, elle put (la France) un jour imposer au monde le règne de la vérité... ))

« ... durant les heures interminables qu'il passait ainsi devant les papiers épars sur sa table, cessant de les voir, parfois les regards perdus au loin, un ffot de pensées imprécises passait en lui... »

(( D'autres ne iiuittaienl pas des yeux l'accusé, s'étonnaient de son air de fatigue et d'indifférence, à ce point qu'il avait à peine répondu aux questions (}ue lui posait

à demi-voix son avocat, un jeune lioiiime de talent, disait-on, l'rt/r éveillé... »

(( Je nie serais enfui avant qu'un seul mot sortît de mes lèvres. Seul, j'en souffrais... »

« (îuillaume, muet, qui avait en lui \q dernier regard de Salvat, parut soudain conclure, prendre une décision dernière... »

Nous coupons là net. Il est de toute évidence que M. Zola n'est plus un écrivain, n'est même plus un homme, c'est une machine, — une machine à répétition. La transformation est complète ; le malheureux y a gagné de ne plus savoir la valeur d'un mot mis en sa place.

.l'ai sous les yeux un article paru dans un journal parisien vers la fin de 1897 et signé d'un certain docteur Auzel. Ce docteur se devrait, par parenthèse, de signer Auzeld'oie... .l'extrais de l'article ce qui suit : (( Zola est dans la l)d3liothèque de tous les ecclésiastiques qui se piquent d'érudition et de littérature. » Kn fait d'érudition, M. Auzel n'est pas difficile; il serait, dans des examens, un juge précieux pour les cancres. Zola érudit? Le pauvre homme! il a oublié jusqu'à ses modestes racines grecques et latines; il est sordidement ignorant; un élève de sixième lui en remontrerait! Zola écrit : « ... ce fut, dans une pièce entrevue, la vision d'une fille... » comme si eiitrevue el vision ne comprenaient pas l'un et l'autre le visus latin ! Pour lui, si haut vient de altus, hausser n'en vient pas! Machinalement,.

il accole jouir (gaudere) et joie (gaiidium). 11 met fond sur refondre, combat bwy débattre, vouloir suv volontiers, .sentir sur consentir, sensation sur sentir, convaincre sur vaincre, etc . . . 1 1 em \s\\e surprendre, apprendre et prendre ; avenue, venir et redevenir, etc.. M. Zola est l'esprit le plus détaché qui soit des préoccu])ations étymologiques. En quoi l'étymologie pourrait-elle intéresser ce « grand honnête homme de lettres » ? Est-ce que le souci de l'exactitude dans les mots, la science de ces mots, l'emploi raisonné de ces mots ont jamais fait monter le tirage d'un Wwo.'^. Attention et attendre sont formés tous les deux du préfixe ad et de lendere ; vivre sort de vivere, et vij' de vivus (qui est en vie, qui a de l'énergie, qui cause une impression forte...); venir et souvenir ont môme origine : venire et sub-venire, etc., etc. M. Zola n'en a cure et, d'instinct, il assemble ces vocables, il les pousse, il les roule, il les heurte, et très souvent dans la même plu^ase! Il écrit : «( ... un brusque souvenir venait... », « un besoin éperdu de sensations nouvelles et dont il avait senti... », a il allait sonner de nouveau lorsque la i)orte s'ouvrit, découvrant toute Vallée », <( ... afin d'amortir l'ardeur trop vive des jours brûlants. Toute la famille vivait... », c( toute une activité dvdiida s'agitait...^ », <c ils achevèrent de se mettre cordialement d'accord... » etc., etc. M. Zola en prend à son aise, il en prend trop à son aise, mais il ne fâche personne. Il vous fait passer d'agréables moments, ce Pierre, dit-il, trouva

1 . Agitare a donné uylier, mais il est lait lui-iuètue de ayere (agir) qui a engendré acte (actum), actif, acHcité, etc.

son frère encore assis sur son séant... '^ » N'est-elle pas admirable, littérairement et logiquement, cette ligne du « plus robuste talent » de notre âge? Le frère de Pierre est assis sur son séant. On cbercherait, en vain, à se convaincre et à convaincre M. Zola qu'il n'en est rien. La chose n'est pas contestable, le fait est là, brutal, M. Prud'homme Ta vu et xM. Zola le rapporte : le frère de Pierre est assis sur son séant. C'est comme cela, et c'est comme cela parce que ce n'est pas autrement. M. Zola nous affu^ner ait demain qu'il s'asseoit, lui, sur le ventre, il attirinerait qu'il marche sur le crâne et pense par les pieds que nous l'en croirions sur parole, sans demander la preuve; cet homme, qui ne sait pas tenir convenablement une plume, ne doit pas savoir se tenir lui-même... Quel crétin!

L'ignorance de M. Zola apparaît davantage dans ce pouilleux morceau que nous avons déjà cité : « Tliomas, heureux de ce métier manuel qui le changeait en un simple manœuvre... »

Manus est lians manuel .• qui s'exécute avec la main, (manualis). 11 est également dans manœuvre (manus opéra) : celui qui travaille de ses mains. Suivant Freund, il serait aussi, quoique d'une manière moins visible, dans métier. AL Zola n'a pas de chance !

Métier est d'extraction latine : minislerium (office, travail). D'après Littré, minister, le proche parent de niniisterium, serait de même radical que l'osque

1. Séant, posture d'un homme assis dans son lit. (Tous les dictionnaires.)

)niuslreis, génitif correspondant à ininoris, comme magister est de même radical que nutf/is. Corssen prétend que minister et maf/ister sont deux doubles comparatifs formés de is pour los, iiis (grec iwv, sanscr. itfans) et 1er, (grec rzooz, sansc. tara). Mbiislcr = min-ius-ter (le plus petit), magister = may-ius-ter (le plus grand). L'allemand Guillaume Freund est d'un avis opposé. Dans son grand dictionnaire de la langue latine ', il donne pour origine à minister (adj.) le mot manus, et il détinit ministre : qui va à la main, dont la main se sert, qui sert. Si par conséquent nous nous en rapportons à Freund, et il est loin d'être sans autorité, M. Zola aurait inconsidérément gratifié d'un troisième manus Thomas, le fils de Guillaume. Après l'homme qui est assis sur son séant, l'homme aux trois mains ! Quand je vous le disais qu'on ne s'ennuie pas toujours avec l'auteur de Paris. . . .'

Dans tous les cas, et ceci ne sera pas discuté, il n'est permis à aucun littérateur, fût ce au plus marmiteux, d'associer ces deux mots : métier manuel. Un travail est manuel, un art est manuel, on ne peut pas, on ne doit pas écrire un métier manuel ^. Ce serait le triomphe du pléonasme, — du Pléonasme, cette sottise qui ne se connaît point !

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