‹ Émile ZolaChapitre 3 sur 26 · FIN DES ETUDES, A PARI · texte numérisé non relu

FIN DES ETUDES, A PARI

lui-même, regrettant la Provence et son enfance si libre, pensant à chaque instant à ses anciens amis. « Ah ! si Baille seulement était ici ! Si je pouvais causer de cela avec Cézanne ! » D'ailleurs, il ne travaillait pas. Ni devoirs ni leçons, rien : un cancre ! Lui, toujours le premier au collège d'Aix, c'est à peine s'il daignait encore « composer, » et, dans une classe, à la vérité très nombreuse, il n'était plus maintenant que quinzième ou vingtième. Excepté pourtant en narration française. Là, il était second, il était premier.

Un jour, le sujet de la narration donnée était celui-ci : Milton aveugle , dictant à sa fille funce , tandis que sa seconde fille joue de la liarpe. J'ignore quelles fioritures de style dut broder le jeune lycéen sur ce thème académique. Mais le professeur, M. Levasseur, aujourd'hui membre de l'Académie des Sciences morales et politiques, fut si enchanté qu'il lut la narration devant toute la classe, et fit solennellement la prédiction à l'élève Zola d'un talent futur.

Si l'élève Zola ne « s'appliquait » qu'en narration française, il lisait, en revanche, beaucoup. Dans ces classes des lycées de Paris, où chaque professeur fait son cours à des cinquante élèves échelonnés sur des gradins en amphithéâtre, l'attention et l'assiduité sont, nécessairement, facultatives. Écoute le professeur et suit la classe, qui veut. Lui, écoutait Hugo, Musset, Rabelais et Montaigne I Ces professeurs

extra-universitaires lui apprenaient en ce temps-là à aimer deux choses : d'abord la poésie romantique, Heur de jeunesse et de fantaisie, éclatante et folle; puis, tout de suite un correctif, la belle prose française, rapide et nette, logique. Mais ces goûts littéraires contribuaient eux-mêmes à l'éloigner des exercices classiques. Il passait la plus grande partie des études à écrire, à ses amis de Provence, de longues, d'interminables lettres. Malgré le papier pelure, il fallait deux ou trois timbres pour les affranchir. Et, dans ces volumineuses confidences, Zola, qui souffrait d'une sorte de mal du pays, racontait à Cézanne et à Baille l'ennui de la vie au lycée, l'incertitude de l'avenir, les lectures, les premiers essais littéraires. Il y avait de tout, dans ces lettres: de la prose et des vers, de grandes pièces de vers romantiques ! des larmes rentrées et des projets superbes ! des enfantillages, de la naïveté, et des éclairs de talent I surtout d'ardentes discussions philosophiques, morales, esthétiques, écho de celles des longues promenades des trois amis ! Au fond de ce jeune esprit, qui n'en était encore qu'à la période des vers, déjà un raisonneur et un critique s'éveillaient.

Enfin, cette interminable année scolaire se termine. Zola n'eut que le second prix de narration française. Pour l'encourager au travail, sa mère, toujours indulgente, voulut lui faire passer de bonnes vacances. Au lieu de le laisser s'ennuyer dans Paris,

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