‹ Émile ZolaChapitre 4 sur 26 · FIN DES ÉTUDES, A PARIS · texte numérisé non relu

FIN DES ÉTUDES, A PARIS

loin de ses amis Baille et Cézanne , il ira vivre quelques semaines auprès d'eux, dans sa Provence regrettée. Il eut donc de belles vacances dans le Midi, deux mois de grand air, de liberté, avec les anciens camarades retrouvés. On renouvela toutes les anciennes parties. On se baigna encore dans l'Arc, on refit les ascensions de la colline Sainte- Victoire et du Pilon-du-Roi, on retourna aux Infernets, au « Barrage, » au pont de Roquefavour. On reprit les longues chasses pour rire, où l'on finissait par décharger son fusil sur un caillou jeté en l'air. Et les lectures en commun, les grandes discussions littéraires, esthétiques, les confidences, la communication des premières productions, recommencèrent. Cette fois, Emile avait à raconter à ses deux amis des rêves plus larges, des plans de grands poèmes, tout un ensemble encore vague et confus, à débrouiller, à réaliser.

Après ces vacances délicieuses, il revint à Paris, pour la rentrée, dans les premiers jours d'octobre. Mais, comme si Paris, décidément, ne devait pas lui réussir, à peine arrivé, il tomba gravement malade. Une fièvre muqueuse, très violente, faillit l'emporter, et fut suivie d'une longue convalescence. Deux mois de retard pour entrer au lycée : ce qui ne devait pas contribuer à lui faire faire une bonne rhétorique.

La rhétorique de Zola à Saint-Louis ressembla absolument à sa seconde : même regret de la Provence, même dégoût du travail universitaire, mêmes

lectures indépendantes. Toujours de longues lettres aux camarades du Midi; toujours une ombrageuse timidité l'éloignant de toute nouvelle amitié. En discours français, pourtant, la même supériorité que l'année précédente en narration française. Non moins perspicace que M. Levasseur, le professeur de rhétorique, M. Etienne, avait remarqué les discours français de l'élève Zola. Bien qu'il leur fit le reproche, sans doute mérité, d'être « trop romantiques, » il aimait à en donner lecture lui-même à sa nombreuse classe, et, très agréable lecteur, il leur faisait produire un grand effet.

Enfin, nous voici en août 18o9. Sa rhétorique terminée, que va faire notre élève? Très en retard pour son âge — dix-neuf ans sonnés! — sans un sou de fortune, ayant hâte de se faire une position et de soutenir sa mère à son tour, il saute « la philosophie, » et se décide à affronter tout de suite l'épreuve du baccalauréat es sciences.

Le baccalauréat! Quel dédain pour ce mot, dès ce temps- là, et pour les diplômes en général, et pour toutes les distinctions universitaires, académiques, sociales. On trouve déjà, chez Zola, un révolutionnaire d'instinct, qui descend au fond des choses, disposé à ne s'incliner que devant le talent original. Mais, en même temps, grâce à un heureux équilibre, à côté du révolté, il y a en lui le raisonnable : résigné, capable de toutes les souplesses, merveilleusement apte à mettre en œuvre l'élan et le ressort, dont

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