‹ Emile Zola, sa vie-son œuvreChapitre 2 sur 23 · ORIGINES. — ENFANCE. — VIE DE FAMILLE. — DÉBUTS A PARIS. ZOLA POETE · texte numérisé non relu

ORIGINES. — ENFANCE. — VIE DE FAMILLE. — DÉBUTS A PARIS. ZOLA POETE

Emile Zola est né à Paris. Doit-il être classé parmi es Parisiens véritables, les autochtones, les Parisiens |ui sont de Paris, comme les natifs de Marseille sont les Marseillais ? Oui et non. Réponse ambiguë, mais «acte.

Il convient d'abord de constater que la localité où s'est produit le fait de la naissance, lorsqu'il est accidentel, lu aux hasards d'un voyage ou d'un séjour professionlel et temporaire, n'a, pour la biographie d'un homme sélèbre, qu'un intérêt secondaire. Victor Hugo est né bisontin, Paul Verlaine Messin, par suite des garnisons jaternelles. Leur existence et leur œuvre furent comïlètement indépendantes de ces berceaux fortuits. Toute- 'ois, la gloriole locale se mêle à l'investigation biographique, pour préciser le coin du sol, où apparut à la vie e petit être destiné à recevoir la qualification de grand komme. Cette rivalité municipale n'est pas nouvelle. Jept villes de THellade se disputèrent Thonneur d'avoir

abrité Homère enfant. Ces bourgades avaient d ailleun laissé rimmortel aède, sans toit et sans pain, errer dam les ténèbres de la cécité, tant qu'il vécut. De nos jour^ la chose se passe souvent ainsi, et ce n'est qu'après h mort du poète, de Tartiste, de l'inventeur, dédaij^nés, parfois molestés, que les concitoyens de l'illustre enfant se préoccupent de rechercher, sur les registres de II paroisse ou de la mairie, la preuve de là maternité cooi' munale, longtemps négligée. Un reflet de la gloire di compatriote auréolé se répand sur les fronts les pliu obscurs de la petite ville. Cette parenté locale fournit lé prétexte à des cérémonies, accompagnées de harangues et de banquets inauguratifs, que préside un ministre, remplacé souvent par un juvénile attaché, ayant 1( devoir d'apporter, dans la poche de son habit, rubans é médailles, ce qui est le motif vrai du zèle des organisa teurs de l'apothéose.

L'endroit où l'on naît prend de l'importance, seule ment, quand l'enfant a grandi et s'est développé, là oui a débuté dans la vie organique. Le terroir n'a pas, sol la plante humaine^ l'influence reconnue pour les végfr taux. On ne doit tenir compte de la terre natale que lorsque l'enfant a pu réellement la connaître, la com prendre, l'aimer, autrement qu'à distance, par ^épe^ cussion, et sous une sorte de suggestion provenant des éducateurs, des lectures, ou simplement de l'imaginatioD. Quand l'enfant, être primaire et quasi-inconscient, ne fait que passer sur la portion de territoire où sa mère a fortuitement accouché, c'est ailleurs que dans le lieH môme où se produisit cet événement qu'il faut ^eche^ cher son origine. L'hérédité physique et morale, la cod dition des parents, les premiers contacts avec les êtres, la notion de la forme des choses, la compréhension il

l'espace , la mesure de la distance, les initiales perceptions sensorielles, les primordiales comparaispns, les découvertes successives de l'univers prog-ressivement élargi, les surprises, les enchantements, les effrois, puis le babil avec la nourrice, le voisinag'e des frères et sœurs, les jeux puérils, les refrains berceurs, les imag-es regardées, Talphabet colorié, les propos entendus, rele^ nua, rimitation des gestes, des attitudes observés, la fixation lente, mais indéracinable, des mots et de leur signification dan^ la mémoire, enfin le spectacle des phénomènes de la nature, mêlé à celui des événements quotidiens avec les joies et les douleurs qui les accompagnent, voilà les éléments constitutifs de la personnalité, du caractère, de l'intellect et des sentiments de l'enfant : tout cela est indépendant du lieu où s'est produite la nativité. .

Emile Zola, Parisien par la naissance, apparaît étranger au sol de Paris, à son climat, à ses influences éducatrices et familiales. Il est redevenu, par la suite, ce qu'on nomme un Parisien. Ce fut le résultat de son séjour prolongé dans la grande ville, de la seconde et personnelle éducation qu'il y trouva. Il eut, à Paris, sa naturalisation cérébrale, et son succès même en a consacré les titres. Il est impossible de considérer comme étranger à Paris celui qui a peut-être le mieux compris et le plus puissamment exprimé la poésie, la trivialité, la grandeur morale, la bassesse matérialiste, la fièvre spéculatrice, la folie révolutionnaire, l'abrutissement alcoolique et la radieuse suprématie artistique, qui sont 1 éléments de la complexe, monstrueuse et superbe c Quel Parisien parisiennant eût mieux que lui com- { 1 l'énorme Ville, et, pour la postérité, fixé le mouve- T it océanique de ses foules, rendu la majesté de ses

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édifices utilitaires, peint la splendeur de ses paysag-es aériens si variés, le soir, quand Torage balaie les nuées livides, le matin, quand la chiourme du travail descend à la fatig'ue sous le tremblotement des becs de gaz encore allumés ? Il a pu être qualifié comme l'auteur de Germinaly de la Terre ou de Lourdes, il est, avant tout, digne du nom de poète de Paris. Jamais la grande ville n'a eu plus grand artiste pour la peindre, plus minutieux historien pour la raconter, plus profond et plus sagace philosophe pour Tanalyser.

Zola n'a, cependant, jamais possédé ce qu'on appelle le parisianisme. Il n'avait ni l'esprit gouailleur et sceptique du Parisien d'en bas, ni les goûts d'élégance et les vaines préoccupations des classes hautes. Il ne fut jamais un a homme du monde », ni ne chercha à l'être. Il ne prétendit pas avoir de l'esprit, dans le sens de la blague et des mots drôles ou rosses. Il avait l'horreur du persiflage. Il se montra, à diverses reprises, polémiste violent, redoutable^ et, à la fin de sa carrière, agitateur de foules et plus que tribun, sans qu'on puisse citer de lui ce qu'on appelle un « mot » ou une de ces plaisanteries qui blessent mortellement l'adversaire et font rire la galerie. Il fut tout à fait l'opposé d'un autre polémiste, également remueur défoules, Henri Rochefort, avec qui il n'eut de commun que l'horreur des cohues et l'impossibilité de prononcer deux phrases en public. Fuyant les réceptions, déclinant les invitations, s'abstenant des cérémonies, il se confina dans son intérieur, en compagnie de quelques intimes. Chargé de la critique dramatique, pendant deux années, au Bien Public^ il se glissait, inaperçu, dans la chambrée familière des premières. Encore, bien souvent, négligeait-il d'assister à la représentation. Il me priait de parler, à sa place, de

la pièce et des artistes, sous une des rubriques de la partie littéraire du Bien Public^ dont j'étais alors chargé. Il consacrait son feuilleton à Texamen de quelques thèses dramatiques, ou à Texposé de ses théories sur l'art théâtral. A Batignolles, comme à Médan, son existence fut celle d'un savant provincial.

On put le croire indifférent à tout ce qui n'était pas la littérature, ou plutôt sa littérature. Il se concentrait dans la g-estation permanente de Tépopée moderne qu'il avait conçue. £n dehors des livres, des journaux, des documents, qu'iljugeait utiles à Télaboration de son « histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire », il ne lisait g'uère, et ne s'informait qu'en passant des événements et des ouvrages du jour. Il éliminait de sa fréquentation cérébrale tout ce qui lui paraissait étranger à ses personnages. Il recevait quelques amis, presque toujours les mêmes, mais avec eux Tentretien se concentrait, revenait à Tunique objectif de sa pensée. Il fut comme un alchimiste du treizième siècle, penché sur son alambic, absorbé dans la préparation du Grand- Œuvre. Etranger à toutes manigances politiques, il était vaguement étiqueté républicain. On lui supposait des tendances réactionnaires, d'après VAssommoiry qui avait paru calomnieux à Tégard des travailleurs. Il témoignait ouvertement d'une indifférence apathique et dédaigneuse pour tout ce qui se passait dans le monde gouvernemental, électoral, et même littéraire. D'allurespaisibles, grave, méditatif, myope, braquant son pincenez, avec attention, sur les hommes et sur les choses, ' ' "lement absorbé par sa besogne en train, nefréquen- 1 aucun politicien, ayant l'effroi des réunions publi- ( , fuyant les bavardages se rapportant aux èvéne- ] 'ts quotidiens, il semblait ne jamais devoir participer

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ni même s'intéresser à une agitation populaire. Il manifestait bien, dans plusieurs de ses livres, des instincts combatifs, des tendances humanitaires, et des critiques vives des fatalités et des conditions sociales dans lesquelles il se mouvait avec ses personnages, mais, jusqu'en ses dernières années, il ne fût venu à l'idée de personne d'imaginer un Emile Zola, imprévu, se dressant, comme un Pierre l'Ermite, et prêchant, avec une hardiesse inattendue et une énergie insoupçonnée, une croisade laïque et révolutionnaire, au nom de ce qu'il proclamait, et de ce qu'il croyait être la Vérité en marche et la Justice debout. Ce fut comme l'explosion d'un volcan, jusque-là inaperçu. Le cratère se fendit, au milieu d'un grondement orageux, avec des gerbes éblouissantes et fuligineuses, tour à tour jaillissant. Puis des scories noires retombèrent avec d^ la cendre pleuvant sur tout un pays. Ainsi, la lave de J'Accuse ! coula sur la place publique.

Au milieu de l'effarement des uns, de l'acclamation des autres, des huées et des ovations, le littérateur si doux, si effacé, si timide, sortait de son cabinet laborieux et calme, bondissait au centre d'une mêlée et lançait à la multitude soulevée, à des adversaires exaspérés, un de ces appels irrésistibles, tocsins de révolutions qui ébranlent les sociétés sur leurs bases, et laissent, pour de longues années, dans les airs une vibration déchirante, dans les poitrines une palpitation comparable à la houle des mers.

Ce n'était pas l'enfant né à Paris, par hasard, qui se produisait ainsi, avec cette passion d'apôtre, avec cette fièvre de tribun, avec cette témérité d'insurgé : c'était le Méridional, le Ligurien, préparé à la lutte et façonné au danger, le compatriote de Mirabeau, de Barbarouxet

des preneurs d'assaut des Tuileries, qui surg'issait, se faisait place, entraînait la foule et ouvrait une ère de révolution. Le Midi se révélait tout entier dans Tun de ses fils les mieux doués . Le Midi silencieux.

Physiquement, Zola avait lout du Méridional. Paul Alexis Vjbl exactement dépeint comme un de ces soldats romaÎDs qui purent conquérir le monde. Laurent Tailkade a dit de lui, dans une conférence, à Tours : « C'est an Latin à tête courte du littoral méditerranéen, le Ligure de Strabon, équilibré, solide et fier. » Il n'avait rien du Méridional bavard et turbulent, personnage de vaudeville. Nous nous représentons le plus souvent les Méridionaux, dans le passé, comme de galants troubadours et de gais tambourinaires. Ils nous semblent occupés^ dans Thistoîre, â tenir des cours d'amour, dans la vie contemporaine, à trépigner, quand se déroule le ruban des farandoles, à gesticuler dans les cafés, à hurler dans les meetings, et, entre temps^ préoccupés de placer de l'huile ou du vin. Ce type existe, mais il en est un autre. Le Midi de FEscorial et de Philippe II, des Camisards et des Verdets, deTrestaillons et de Jourdan Coupe-Têtes, n'est pas précisément joyeux. Jules César, Napoléon, Garibaldi, Gambetta, qui sont bien des Méridionaux, ne sauraient passer pour des hilares et des comiques. Si Tartarin est un Méridional, il ne résume i pas toute la race latine. Dans le choc formidable qui I se produisit, lors de la campagne des Gaules, c'étaient les hommes venus de l'Armorique, de la Belgique, des » forêts du pays des Eduens, et des massifs montagneux du t toire des Arvernes, qui riaient, criaient, chantaient e 'liaient, aux brutalités guerrières, les bavardages ^8 fin, dans les festins tumultueux qui suivaient les c bats. Ces géants blonds des pays septentrionaux,

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étaient d'une exubérance démonstrative et d'une intarissable loquacité. Ils formaient contraste avec le calme opiniâtre des léj^i'ionnaires d'Italie, qui, lentement, posément, envahirent et gardèrent le sol gaulois. % Emile Zola est un Méridional né à Paris, emporté,

i^< tout enfant, tout inconscient, dans son milieu originel,

y redevenant homme du Midi, sobre, tenace et taciturne, revenant ensuite dans la grande ville cosmopolite, et en partie méridionale par afflux universel, mais cité du Nord maritime, par le climat et les mœurs. Il a traversé sans p se mélanger, comme le Rhône le Léman, l'énorme capi-

J taie, sans perdre rien de sa saveur natale, de ses qualî-

l tés de terroir, sans y diluer ce qu'il tenait de l'hérédité .

C'est à Aix-en-Provence, et dans sa banlieue, qu'il acquit *" les premières initiations intellectuelles; c'est dans cette

ville qu'il subit cet ensemencement du cerveau, plus l pénétrant chez les jeunes gens de seize à vingt ans, des-

' tinés à grandir et à se développer hors du sillon d'ori-

C gine. Il n'est pas Méridional pur sang. Les croisements

sont favorables aux perfectionnements des produits, ' déclarent les embryogénistes. Zola, comme plusieurs

;v^ hommes supérieurs, eut une gépéalogie complexe, et sa

; filiation est mixte.

; L'hérédité joue un rôle considérable dans la formation

^v' des intelligences et des caractères. Il est douteux pour-

I tant que son rôle ait l'importance qu'on lui attribue

ij souvent, et que Zola a propagée, d'après les doctrines

du docteur Lucas. Les Rougon-Macquart sont issus de la volonté de l'auteur d'étudier les dispositions héréditaires d'un certain nombre d'individus, et les déformations psychologiques que les tares et les dégénérescences peuvent produire chez ces êtres, placés dans des milieux différents et dans des conditions sociales anta-

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gonistes. J^estime qu'il y aurait de l'exagération, et, par conséquent, erreur scientifique, à vouloir appliquer le fatalisme de rhérédité, d'une façon absolue, à ce qui est du domaine sentimental, intellectuel et moral.

Dans la formation du cerveau et du moral de Zola, on ne saurait trouver trace forte de l'hérédité. Dans sa constitution physique, on observerait plutôt une transmission sérieuse. Le père de Zola était vigoureux et bien constitué. C'était un homme de petite taille, trapu et brun, comme l'auteur des Roug-on-Macquart. Il avait une bonne sanlé. Il est mort jeune, il est vrai, à cinquante et un ans, mais d'une affection accidentelle, à marche rapide : une pleurésie contractée en voyage. Sans le refroidissement dont il fut atteint, en visitant des travaux, risque professionnel, pour ainsi dire, il eût probable- ! ment vécu de longues années. Un accident a, de môme, I interrompu l'existence d'Emile Zola. L'hérédité n'a rien I avoir dans cette triste coïncidence.

I Comme son père, Emile Zola n'avait aucune maladie * organique. Voici, d'après l'examen qu'a fait de lui le I docteur Edouard Toulouse, médecin de l'asile Sainte- I Anne, la description physique d'Emile Zola^ à l'âge de \ cinquante-six ans, en 1896, par conséquent :

C*cst un homme d'une taille au-dessus de la moyenoe, d'apparence robuste et bien constitué. Le thorax est large, les épaules hautes et carrées ; les muscles sont assez volumi-

i neux, bien que non exercés. Il existe un certain embonpoint. La peau est blanche, rusée, ridée en certains endroits ; le

, tissu cellulaire est abondant. Les cheveux et la barbe étaient h j ; ils grisonnent aujourd'hui. Les poils sont très fourni ur tout le corps, et notamment sur la partie antérieure di jorax. La tête est grosse, la face large, les traits assez

> su itués. Le regard est scrutateur, doux et même rendu un p< "*gue' par la myopie. L'ensemble de la physionomie

exprime la réflexion habituelle et une certaÎDe émotivité. M. Zola a un air sérieux, inquiet, chagrin, qui lui est particulier. La voix est assez bien timbrée ; mais les finales soot quelquefois émises en fausset, et il existe un reste, à peine appréciable, du trouble de prononciation de l'enfance.

La taille est de im.yoS, c'est-à-dire au-dessus de lamoyenne qui est, à Paris et en France, de im.655 environ. D'après les relevés de M. A. Bertillon, la taille moyenne des sujets de 45 à 5g ans ne serait même que de im.622. On sait qu'elle s'abaisse au fur et à mesure qu'on se rapproche de la vieillesse.

La taille assise (buste et tête) serait de 0 m. 890, c'est-à-dire un peu inférieure à la moyenne (om.900) des individus de sa taille.

L'envergure est ordinairement un peu plus grande que la taille. Celle de M. Zola est de i m. 77, supérieure à celle (im.736) des individus de sa grandeur. Ses membres supérieurs sont donc plus longs que la moyenne.

Quant au crâne, il est un peu supérieur à la moyenne, dans tous ses diamètres. Le diamètre antéro-postérieur est de 0,191. Le diamètre bi-zygomatique, qui mesure la largeur de la face, est de o,i46. Il ne semble pas que les os du crâne de M. Zola soient plus volumineux que chez d'autres. Il y a donc des probabilités pour qu'il ait un volume cérébral supérieur à la moyenne. L'oreille droite à 0,069, plus haute que large. Les cheveux sont droits, pleins d épis, vaguemen ondulés. Les avant-bras sont assez volumineux à leur extrémité supérieure, et minces à leurs attaches avec le poignet. C'est dire que leur forme est distinguée, dans le sens courant du mot. Les mains ont 0,112 de largeur sur 0,110 de longueur ; elles sont donc larges. M. Zola gante du 7,3/4 très large. Les ongles sont petits et ronds. Les pieds sont très cambrés. M. Zola chausse du 89, grande largeur.

Le docteur Edouard Toulouse, qui a publié cet examen physique de Zola, dans son enquête médico-psychologique, ajoute, en résumé, que Tétude anthropologique de Zola révèle une constitution anatomique robuste et exempte de défectuosités notables. Les particularités

I qu'il a relevées ne dépassent pas les limites de la varia- \ I don normale, et l'on n'est pas autorisé à y voir des stig*- 1 mates de dégénérescence. Les organes circulatoires ne paraissent pas lésés, la percussion n'indique pas un cœur hypertrophié. Dans ses dernières années, Zola est devenu plus sujet aux inflammations légères des voies respiratoires. Les dents sont mauvaises, plusieurs ont été arrachées ; les fonctions digestives ont été longtemps troublées; la digestion se fait bien et l'appétit est bon, depuis que l'embonpoint a diminué.

On sait que Zola avait une foi^te tendance à l'engrais- / sèment. Avec l'énergie dont il fut doué, il lutta contre l'obésité, par le régime. Les repas pris sans boire, l'alimentation légère, le thé et l'exercice physique, à la campagne, comme les longues courses à bicyclette, ont amené un amaigrissement qui étonnait ceux qui l'avaient perdu de vue pendant quelque temps. Il était arrivé à avoir seulement i m. 06 de tour de taille, et il pesait 160 livres. Le système musculaire était développé ; il I était bon pédal eu r. Sa sensibilité cutanée était vive. Il dormait peu, à peine huit heures. Sa vue, comme nous l'avons dit, était faible : il avait été réformé, comme I myope. Son odorat était fin, « c'est réellement un olfac- ' i tif », a dit le docteur Toulouse; les odeurs tiennent une 1 I grande place dans ses livres, et aussi dans sa vie. [ Il était sujet à des coliques nerveuses et à des crises d'angoisse confinant à l'angine de poitrine. « Le serre- ^ ment dans une foule de Mi-Carême, dit le docteur^Tou- . louse, a, une fois, provoqué chez M. Zola, une crise d'à ~oisse, avec phénomènes pseudo-angineux graves. » J cet examen médico-physique, il résulte que Zola i avi me émotivité exagérée, et qu'il était un névropathe, ma sans altération organique. Il a pris la névrose

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comme point de départ de son œuvre, et il n'était pai un névrosé, dans le sens morbide da mot. Il n*avaîl aucune caractéristique de Tépilepsie ou de Thystérie, Les déséquilibres nerveux constatés chez lui provenaieni d'une source subjective, d'un surmenage intellectuel.

Ces troubles nerveux, dit encore le docteur Toulouse. n*0Dt fait que s'accentuer, depuis la vingtième année, avec la persistance d'un travail psychique excessif, quoique rég'lé. On peut voir, dans le cas de M. Zola, la confirmation de cette idée, que la névropathie est la compagne fréquente de la supériorité intellectuelle, et que, même lorsqu'elle est d'origine congénitale, elle se développe avec l'exercice cérébral, qui tend à déséquilibrer peu à peu le système

Zola apparaît donc, au point de vue médical, comme un sujet robuste et sain. Il était exempt d'infirmités. A noter, toutefois, un certain inconvénient : il était atteint de pollakiurie (abondance d'urine). Il urinait quinze à vingt fois par jour. Il n'avait ni sucre ni albumine.

La mère de Zola, Emilie Aubert, était Française. Elle était née à Dourdan, département de Seine-et-Oise, le pays de Francisque Sarcey : une contrée peu lyrique, où le bon sens est prisé, où l'esprit terre à terre se montre légèrement narquois; les préoccupations acquisitives sont dominantes, chez les habitants, et, pour les femmes, les soins ménagers accaparent toute l'existence. Les grands-parents maternels de Zola étaient des petits bourgeois, entrepreneurs et artisans, et non pas des paysans. M.^^ Zola mère était arthritique et était devenue cardiaque ; elle a succombé à une irrégularité dans la contraction du cœur, avec syncope et œdème, à Tâg-e de 6 1 ans. Le docteur Toulouse constate que c'est cet état

'neuro-arthritique qui peut expliquer la disposition nerveuse originelle de Zola. Mais on ne saurait trouver ià une indication de complète et funeste transmission morbide.

Par sa mère et ses grands-parents maternels, Zola tenait puissamment à la terre française : Dourdan, situé entre Ëtampes et Rambouillet, fait partie de Tlle de France, de la grande banlieue parisienne. Par son père^ il se rattache presque à TOrient ; son grand-père paternel était né à Venise, mais il était fils d'un Dalmate.

Le père d'Emile Zola, François Zola, était né à Venise, en 1796. Ce Vénitien, qui, par ses origines, était Hellène cl Illyrien, apparaît comme un aventureux, un migrateur, un homme d'action. Son tempérament était celui de l'explorateur et du chercheur d'or. Aucune tendance artistique, aucun goût littéraire. Il fut incorporé, très ■jeune, dans les armées cosmopolites qui marchaient sous I l'aigle impériale : Napoléon étant protecteur et maître de rilalie. François Zola devint officier d'artillerie dans l'arjmèe du prince Eugène. A la chute de l'Empire, il démisisionna et se mit en mesure d'exercer la profession d'inîgénieur. Mathématicien distingué, l'ancien officier d'ar- ^tillerie devait posséder une compétence spéciale assez complète, puisqu'on a de lui plusieurs ouvrages de trigonométrie et un Traité sur le Nivellement, qui fut par- ^ticulièrement apprécié. Ce travail le fit recevoir membre ! de l'Académie de Padoue. Mais les titres académiques sont insuffisants comme émoluments. Le désir de voir du pays, et surtout de trouver fortune en des contrées plu Justrielles, plus disposées aux entreprises que l'indoli .e et artistique Vénétie, firent voyager le jeune ingé- \n\Q m Allemagne, en Hollande, en Angleterre et en Fva D'après son fils, François Zola ce se trouva mêlé

à des événements politiques et fut victime d'un décret de proscription ». li est possible^ car les temps étaieni fort troublés et les conspirations, comme les insarrections, se produisaient partout en Italie, que François Zola ait dû fuir, pour éviter les sbires. Changer d'air ne lui déplaisait pas. Il n'a pas transmis ses goûts vag^abonds au sédentaire écrivain. Emile Zola a très peu vojag'é, et ce ne fut que par la force des événements qu'il connut l'Angleterre. Il ne se déplaça guère que pour voir Rome, ainsi que les localités décrites en ses romans, et pour des villégiatures, en France. Gomme la pierre, en roulant, ne saurait amasser mousse, l'ingénieur errant demeura nu et pauvre. Il ne récolta en route, ni commandes ni promesses de travaux. Vainement il traversa le quart de l'Europe, malchanceux chemineau des X et des Y, car la science a son prolétariat, demandant de l'ouvrage, et n'en trouvant pas. Léger d'argent et lourd de soucis, de frontière en frontière, il se retrouva aa bord de la Méditerranée ; il la franchit et débarqua en Algérie. Rien à faire, pour un manieur de compas, en ce pays à peine conquis, où le sabre travaillait seul. Le territoire environnant Alger n'était qu'un camp. On réclamait des zouaves, des chasseurs, des gaillards déterminés, bons à incorporer dans les colonnes expéditionnaires. Il n'y avait que de rares colons, et vraisemblablement, l'on n'aurait pas besoin d'ingénieurs avant longtemps. Il fallait laisser parler la poudre avant de présenter des rapports à des conseils d'administration. Las de cheminer, ne sachant même comment retourner en Europe, l'ancien artilleur des armées d'Italie prit le parti des désespérés : il s'enrôla dans la légion étrangère. Un rude corps et de fameux lascars I On n'y avait ■ pas froid aux yeux, mais on ne s'y montrait pas non i

plus timide en face de certains actes, qui ailleurs arrêtent g'énéralement les hommes. Les casse-cous de la Légion étrangère possédaient des vertus spéciales. Ils avaient aussi une morale à eux. A faire la guerre d'Afriqae d'alors, avec les razzias permanentes, les exécutions sommaires, les chapardages presque ouvertement autorisés, pour suppléer aux négligences de l'intendance et aux insuffisances des rations, les scrupules diminuent, la conscience perd certaines notions, et les plus honnêtes admettent facilement des écarts et des accrocs à ce qu'on appelles la probité courante ». Les exemples des chefs n'étaient pas très moralisateurs, et puis, nous le voyons encore, de nos jours, par ce qui se passe aux colonies, au Soudan, dans les cercles administratifs, combien de fonctionnaires sont promptement entraînés à commettre des abus, sans penser que ce sont des délits. Bien des choses blâmables et inadmissibles, en Europe, se comprennent et se pratiquent, sous le gourbi et dans le voisinage du désert. François Zola, devenu lieutenant, fut compromis dans une fâcheuse affaire, qui, à l'endroit, à l'époque et dans les circonstances où elle se produisit, n'avait nullement l'importance que la passion politique voulut lui attribuer par la suite.

Aux polémiques violentes que suscita l'affaire Dreyfus, le nom du père de l'auteur de J'accuse fut mêlé. La fureur des partis exhuma son cadavre. On fouilla cette tombe, depuis un demi-siècle fermée. On en arracha une dépouille, jusque-là vénérée des proches, respectée des indifférents, pour la piétiner, devant une galerie fér "^ ou gouailleuse, sous les yeux exaspérés du fils. De toi . les situations angoisseuses, qui ont pu être décrites ir Emile Zola dans ses ouvrages, celle-ci n'est-elle pas a plus atroce et la plus cruelle? Avoir non seule-

ment aimé, mais estimé son père, Tavoir placé très haut sur un piédestal, et s*être ressenti très fier d'être issu de lui, de porter, de glorifier son nom, et, à défaut d'autre héritage, recueillir la succession de renom et d'honorabilité, par lui laissée, puis voir tout à coup la statue idéale abattue sur le socle saccagé, le nom flétri, la renommée barbouillée d'infamie, n'est-ce pas là un supplice digne des tribus du Far- West, où, sous les yeux de la mère, on martyrise le corps exsangue de l'enfant attaché au poteau de douleurs? Zola endura cette torture avec sa robuste et patiente énergie. Il lutta contre les violateurs de sépulture, il défendit, comme l'héroïne biblique, le cadavre de l'être chéri contre les attaques furieuses des journalistes de proie. Il écarta les becs de plumes qui déchiraient cette chair morte.

On a peine à comprendre, à distance, la flamme des polémiques s'étant éteinte, l'acharnement que mirent certains vautours de la presse à se ruer sur ce mort et, à el dépecer en poussant des cris sauvages.

Voici les faits qui fournirent la pâture à ces rapaces nécrophages. Je les résume, d'après les documents du temps, et les pièces originales qui furent alors reproduites :

Au mois d'avril 1898, un journal de Bruxelles, le Patriote^ publiait, dans une correspondance de Paris, les lignes comminatoires suivantes :

... On se demande ce qu'attend le général de BoisdefFre pour écraser d'un seul coup ses adversaires, qui sont en même temps les ennemis de Tarmée et de la France. Il lui suffirait pour cela, de sortir, dès aujourd'hui, une des nombreuses preuves que l'Etal-major possède de la culpabilité de Dreyfus, oa même de publier quelques-uns des nombreux dossiers qui existent, soit au service des renseignements, soit aux archives de la guerre, sur plusieurs des plus notoires apologir' îs du traître, oa sur leur parenté,».

I Les journaux et les hommes politiques, convaiacus de I la culpabilité du capitaine Dreyfus, ou fortement prévenus contre lui, étaient parfaitement fondés à réclamer [ que TEtat-major mît sous les yeux de la Chambre et du I public les preuves de la trahison, qui pouvaient exister I dans les dossiers. Il était admis, dans le tumulte des : faribondes polémiques, que^ comme dans d'autres affaires scandaleuses, on eût recours de part et d'autre au I perBde et méprisable procédé des « petits papiers ».Dans l'ivresse de la mêlée, on a, chez tous les partis, et de . tous les temps, usé de ces armes empoisonnées. Pour : toucher un adversaire et le mettre hors de combat, on cherche à le déshonorer. Mais ce combat sans merci a lieu, d'ordinaire, entre vivants. On laisse les morts dans leur suaire, et l'on répugne à les démaillotter. L'acharnement inouï de la lutte, entre accusateurs et défenseurs de Dreyfus, fit un champ-clos d'une tombe éventrée, et, pour atteindre le fils, on tapa sur le squelette du père.

La menace du Patriote de Bruxelles, reproduite par divers journaux parisiens, mit-elle sur la piste d'un scandale nouveau? Suggéra-t-el le, à quelque personnage rude et impitoyable de l'Etat-major, l'idée de confier à la presse un document compromettant pour « la parenté » d'un des plus notoires dreyfusards? On ne sait, mais, quelques semaines plus tard, le Petit Journal publiait une lettre d'un colonel Combe, ayant eu sous ses ordres, en Algérie, le lieutenant François Zola, et où celui-ci était accusé d'avoir détourné l'argent de sa caisse d'habillement et d'avoir déserté, en laissant des dettes.

avait des faits exacts dans cette accusation, mais ils ent grossis. La gravité du détournement dont se trc ait inculpé François Zola était atténuée par ce fait qu "'^l y avait eu déficit dans les comptes du magasin

d'habillement, dont il avait la charge, aucune poursuite judiciaire n'avait suivi cette constatation. François Zola avait remboursé le déficit relevé, et il était inexact qu'il eût déserté.

On pourrait s'étonner de la mansuétude du conseil de guerre, ou plutôt de son inaction, car François Zola fut l'objet, non pas d'un renvoi devant la juridiction mili- ^ taire, mais d'une simple enquête, au cours de laquelle

^ les i.5oo francs manquants furent restitués à la caisse

fay d'habillement. Il n'est pourtant pas clément coutumier,

K le conseil de guerre, et devant lui, sans ménagement,

k sans indulgence, on traduit les moindres délinquants

pour de simples peccadilles. Les infractions considérées comme légères dans le civil sont, au régiment, jugées et punies comme des crimes dignes de la fusillade ou du 1^ boulet. C'est qu'en réalité il n'y avait, dans cette affaire,

f^ ni détournement véritable, ni responsabilité personnelle, •

/ pour le lieutenant François Zola. Il y eut simplement une aventure d'amour, une imprudence aussi de jeune homme épris, une folie passionnelle, si l'on veut, mais nullement le vol et l'intention de voler, que la passion politique a voulu, par la suite, établir.

François Zola, et en cela, assurément, il avait tort, — mais qui donc, militaire ou civil, oserait lui jeter la première pierre? — avait une intrigue avec la femme d'un ancien sous-officier réformé, nommé Fischer. Un beau jour, ce Fischer résolut de quitter l'Algérie, emmenant sa femme. Un drame intime dut alors dérouler ses péripéties, sur lesquelles nous n'avons pas de renseignements certains. Il est probable que François, très amoureux, supplia sa maîtresse de laisser partir son mari, et de rester. La dame refusa. Elle essaya, au contraire, de décider son amant à la suivre en France. Ce n'était pas la

désertion, si le lieutenant donnait, préalablement, sa démission. Mais comme il ne se décidait pas à abandonner Tépaulette, le couple Fischer, sans lui, s*embarqua.

Désespéré, François Zola voulut se jeter à la mer. On aperçut ses vêtements épars sur le rivage, on courut après lai et on l'empêcha de réaliser son trag'iqud projet. Quelques mots, dans son trouble, lui échappèrent, sur la disparition du ménage Fischer. Des soupçons s'éveillèrent. On rejoignit le couple suspect, à bord du bateau, où déjà se trouvaient embarqués les bagages. On fouilla les malles, et, dans Tune d'elles^ on découvrit une somme de quatre mille francs dont les Fischer durent expliquer la provenance. Ce quMls firent, non sans hésitation.

Une lettre du duc dé Rovigo; adressée au ministre de la Guerre, pour tenir lieu de rapport sur cette affaire, explique très nettement la situation alors révélée :

... On visita le bâtiment sur lequel étaient Fischer et sa femme. On découvrît une somme de quatre mille francs dans une de leurs malles. Ils prétendirent d'abord qu'elle leur appartenait, puis ils avouèrent que i.5oo francs y avaient été déposés par François Zola. Ils furent débarqués et conduits en prison...

Les accusations portées par le colonel Combe contre son subordonné, et publiées par le Petit Journal, perdaient donc ainsi beaucoup de leur gravité. Emile Zola, après avoir compulsé le dossier de son père, au ministère de la Guerre, constata que plusieurs pièces, indiquées comme cotées, et sans doute importantes pour la défense, pouvant atténuer ou même anéantir la culpabil ' présumée, manquaient, tandis que toutes celles po .^nt servir à l'accusation avaient été laissées. Une mi *ion, sur le bordereau, indiquait que « huit pièces, joi " à la lettre du colonel Çombe, devaient être res-

3o EMILE ZOLA

tées au bureau de la justice militaire ». Cette mention, sur la chemise du bordereau, était de la main de M. Hennet, archiviste. Une autre mention, d'une autre main et au crayon, était ainsi libellée : « Il n'existe pas de dossier au bureau de la justice militaire. On s'en est assuré. » On avait donc compulsé,. vérifié, et, qui sait? expurg-é le dossier.

Emile Zola, qui fît, dans VAurore^ une vigoureuse défense de la mémoire de son père, concluait de cette annotation que le dossier avait été fouillé et travaillé.

Il protesta contre la publication de ce dossier incomplet. Il reprocha, en même temps, au Petit Journal d'avoir donné la lettre accusatrice du colonel Combe, tronquée, sans le passage suivant, à dessein sauté :

Le sieur Fischer (le mari), portait le document original^ s'est offert à acquitter, pour François Zola, le montant des dettes au paiement desquelles les 4«ooo francs saisis dans la malle ne suffiraient pas. Cette offre acceptée, tous les créanciers ont pu être payés et le conseil d'administration a été couvert du déficit existant en magasin.

Pourquoi, en mettant sous les yeux du public la lettre du colonel Combe parlant du déficit constaté dans la caisse du magasin, a-t-on supprimé cette phrase si importante ? Elle explique nettement la situation : Fischer, assurément d'accord avec sa femme, avait emporté, en s'embarquant, l'argent de François Zola, l'argent de la caisse du magasin d'habillement. L'officier, sans volonté, tout désemparé, étant amoureux et voyant s'éloigner pour toujours sa maîtresse, avait eu, un instant, l'intention coupable d'abandonner son régiment, de déserter, pour suivre celle qui l'aimait. Ces entraf-^ements sont fréquents et ces coups de folie, s'ils sont c n-

damnables, ont, du moins, Texcuse, presque toujours, de l'aberration causée par la passion. Mais il se reprit. 11 envisagea la réalité et la gravité de sonacle. Non seulement il désertait, mais il laissait cette femme faire de lai un voleur ! Il réag'it, et ne suivit pas à bord le couple abusant de son amour et de sa confiance. Il ne pouvait espérer rejoindre la fugitive et reprendre l'argent que cette drôlesse et son peu intéressant époux lui avaient subtilisé, profitant de sa faiblesse et de l'afiPolement qui lai avait fait dire qu'il les accompag-nerait, qu'il déserterait. Ce fut alors qu'il cbercba la mort dans les flots.

Le passage omis de la lettre du colonel établit que Fiscber a restitué l'argent du magasin, et qu'il a même fourni lecomplément nécessaire au paiement intégral du déficit. N'est-ce pas là une preuve complète de la culpabilité des époux Fischer? Eussent-ils payé les dettes et couvert le déficit de l'officier, s'ils ne lui avaient pas escroqué l'argent dont il était comptable, l'argent retrouvé dans leurs malles? Il est plus que probable qu'usant de son influence sur lui la femme Fischer avait forcé le faible amoureux à lui remettre son argent, puisqu'il devait l'accompagner eu France. Autrement, quel étrange bienfaiteur eût été ce mari, remboursant un détournement commis par l'amant de sa femme? Fischer mettait ainsi sa compagne et lui-même à l'abri de toute recherche pour complicité de détournement : il n'a pas fait un cadeau, mais une restitution.

Il s'agit donc ici d'une affaire d'entôlage et d'un égarement momentané dû à la passion, plutôt que d'une d( -tion accompagnée de détournement. Le lieutenant S( ,^onné, comme on l'a vu, ne passa même pas en jt ment. Il fut seulement l'objet d une enquête, à la SI ^ de laquelle il offrit sa démission d'officier, qui

fut acceptée. Il expiait ainsi la défaillance morale qu'il avait subie, il payait la rançon de son amour indigène, et il supportait la peine d*un entraînement passag-er. Il n'était, d'ailleurs, coupable que d'intention, et il n'avait accompli ni le vol, ni la désertion, qui, dans la fièvre amoureuse et sous le coup du désespoir d'être abandonné par une femme adorée, avaient pu hanter un instant sa cervelle affolée.

Bien qu'absous, et ayant réparé l'irrégularité de ses comptes, il lui était difficile de rester au régiment. Il démissionna donc. Mais, en quittant l'armée, il ne laissait derrière lui aucune trace déshonorante. Il pouvait rentrer, la tête haute, dans la vie civile.

Son fils, pour bien démontrer que la justification de François Zola avait été complète, et qu'il ne restait rien de défavorable pour lui de cette fâcheuse aventure d'amour et d'argent, a publié diverses pièces, puisées dans le dossier, à lui communiqué par le général de Galliffet, ministre de la Guerre. Parmi les documents relatifs à un nouveau système de fortifications, contenus dans ce dossier, on pouvait lire une lettre^ flatteuse pour le destinataire, remontant à i84o, c'est-à-dire postérieure à l'aventure d'Afrique et à la démission. Elle était adressée à l'ingénieur civil François Zola, par le maréchal Soult. Cette lettre, conservée aux archives du génie du ministère, est ainsi libellée :

Monsieur François Zola, vous aviez adressé à Sa Majesté, qui en a ordonné le renvoi à mon ministère, un mémoire sur le projet de fortifier Paris, dans lequel, critiquant les dispositions qu'on veut suivre, vous proposiez de substituer à ces dispositions un système de tours qui, sous le rapport de la défense, de Téconomie, du temps nécessaire à l'exécution, etc., etc., présenterait, disiez-vous, un avantage incontes- ■ table.

f'ai chargé M. le président du comité des fortifications lamincp attentivement voire mémoire, et j'ai reconnu, d*a- Ic rapport détaillé qu'il m*a soumis à cet égard, que vos » sur la manière de fortifier Paris n'étaient pas susceptid'être accueillies.

0e me plaîs^ néanmoins, à rendre justice aux louables inten- |ns qui ont dicté votre démarche, et je ne puis que vous mercier de la communication que vous avez bien voulu ire au gouvernement, de vos études sur cet objet. Recevez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite considéra-

I Le ministre de la Guerre,

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