‹ Emile Zola, sa vie-son œuvreChapitre 6 sur 23 · EMILE 20LA · texte numérisé non relu

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l'eût modifié, car, chez la femme surtout, et les exemples en sont fréquemment fournis par les tribunaux, par les aveux écrits, par les confidences reçues, Tamour vrai, Tamour où Tâme entre en ménage avec le corps, naît, grandit et persiste, après la possession initiale, où souvent le corps seul fut en cause. Dans beaucoup d'unions légitimes, où la jeune fille se donne par suite d'un eng-agement des parents, et avec la solennité d'un contrai officiel, le corps est d'abord livré, selon les conventions. La livraison de Tâme, postérieure, complémentaire, le second mariage, n'est ni obligatoire, ni sans exception. Quand, par suite de circonstances spéciales, de heurts intimes ei de contingences conjugales variant avec les individus et les situations, la jeune femme retient son âme, quand cette âme n'est pas donnée ensuite, par une effusion volontaire et reconnaissante, au possesseur légal du corps, l'amant bientôt survient qui prend le tout, et le mariage n'est plus qu'un terme d'état-civil.

Le précoce moraliste admettait, et sa conception des relations entre les deux sexes n'est pas si fantaisiste, qu'il serait bon de se connaître avant de s aimer, de débuter par l'estime, et aussi par l'amitié, pour arriver à l'amour. C'est rococo, sans doute, cette façon de s'em^ parer d'une femme, et cela évoque les voyages symboliques des précieuses au pays du Tendre. Nécessité de passer par le hameau de Petits-Soins avant de s'arrêter à l'ermitage de Billets-Doux. Mais Zola, avec une vivacité logicienne, développe sa théorie, et de certains esprits, à la fois timides et épris d'idéal, sa moderne carte du Tendre ne saurait être dédaignée.

II est tout à fait hostile à l'amour coup-de-foudrc II n'admet pas que deux êtres, se regardant pour la j ©mière fois, contractent un pacte muet, et estiment, sur- e-

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champ, qu'ils doivent s'aimer toute la vie, étaat prédestinés Fun pour Tautre. L'amour enlevé, comme un repas sur le pouce, ne lui parait pas stable . Il ne s'étonne pas que des liens ainsi noués soient souvent très lâches. Les nœuds, symboliques ou matériels, trop rapidement faits, vite se desserrent. Le coup dœil qui décide de Tamour est un prolog'ue bien sommaire, et le drame se précipita trop. Les amants promis n'ont pu examiner, apprécier et désirer respectivement que la conjonction de leurs corps, dans cet échange des regards. Schopenhauer explique, à sa façon, cette impulsion charnelle. Deux êtres se cherchent, dit-il, s'observent avec attention et gravité, et, après s'être examinés, reconnaissant qu'ils sont aptes à procréer des rejetons, se jettent dans les jambes l'un de Fautre. Le souhait de la reproduction le l'espèce est un instinct secret de la nature, dit le philosophe de Francfort, et l'amour n'est que l'expression de la volonté de perpétuer la race. Cet instinct est bien secret,en effet, et le désir d'avoir des enfants, excepté pour des souverains et les gens à héritage menacé, est rarement la règle des amants. Les fosses d'aisances, et les procédés malthusiens interviennent même, pour prévenir ou engloutir les conséquences d'un rapprochement corporel, où le souci de laisser une postérité ne fut pour rien. Il est peu croyable que deux amoureux, se vautrant dans les blés ou s'étreignant entre deux portes, se préoccupent surtout, la fiile d'être aussitôt enceinte, et le garçon de se trouver, neuf mois après, papa. Quand aux époux régularisés, si l'enfant est fabriqué, c'est fort uvent par négligence, surprise, faiblesse ou scrupule iigienx, rarement par désir irrésistible de donner des tôliers à l'école, des soldats au régiment et des contrilables au percepteur, Schopenhauer a attribué une

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