CONTES A NINON. LES JOURNAUX. CRITIQUE
d'art. THÉRÈSE RAQUIN.
Que pensait de l'amour et de la femme le jeune Zola ? Cette question a été suivie d'une, de plusieurs réponses, fournies par le sujet lui-même.
« A notre âge, dit-il, avec une sagesse précoce et une philosophie intuitive, ou peut-être apprise, retenue et répétée, ce n'est pas la femme que l'on aime, c'est Tamour. » Notre juvénile observateur n'est ici qu'un écho. Sa conscience se fait miroir. Il reproduit ce qu'il a vu dans les livres. Il redit ce qu'il a entendu. A-t-il expérimenté l'ardeur exaspérante de la poursuite, et constaté la lassitude, le but atteint? C'est douteux. Cette désillusion fatale est d'une trop grande exactitude pour avoir été ressentie et contrôlée. « La première femme qui nous sourit, disait-il alors, c'est elle que nous voulons posséder ; nous déclarons que nous allons mourir pour elle; si elle nous cède, nous perdons h'u vite nos belles illusions. » Trop sage, trop clairvoyan notre moraliste imberbe. II ne pouvait déjà s'être aper^ da Î4 îvaaiité de cette soif d'amour, dont les cœurs (
AU QUAHTIER LATIN
jeunes gens sont les urnes de Danaïdes. Il philosophait par ouï-dire. Nous avons tous passé par ce chemin frayé.
Il trouvait parfois, dans cette analyse, d'après les alambics et les cornues d'autrùi, de fort curieux précipités et des cristaux imités, pouvant être pris pour des originaux. Ainsi, il reconnaît que les collégiens, jouant aux fanfarons du vice, se posant en blasés, en desséchés, rougiraient de confesser une passion pure, éthérée, véritable. « De même qu'en religion un jeune homme n'avoue jamais qu'il prie, en fait d'amour un jeune homme n'avoue jamais qu'il aime. » Il proclame aussi, ce qui est très certain, que chacun aime à sa manière, que Ton peut aimer sans faire de vers, sans aller se promener au clair de lune, et que le berger peut adorer sa bergère, à sa façon. Il a des idées très hautes de la femme et de l'amour, à cette époque. « Une tâche grande et belle, une tâche que Michelet a entreprise, une tâche, dit-il encore, que j'ose parfois envisager, est de faire revenir l'homme à la femme. »
Il blâme, avec une austérité qui peut surprendre, mais qui avait des racines profondes dans sa conscience, dansson tempérament, la vie polygamique de la plupart des jeunes gens. Il affirme que, dans l'amour, le corps et l'âme sont intimement liés et que, sans ce mélange, le véritable amour ne saurait exister. Il soutient justement, peut-être avait-il lu Schopenhauer, qu'on a beau vouloir aimer avec l'esprit, il viendra un moment où il faudra aimer avec le corps. Mais il considère la vie galante co le excluant l'amour. « La jeune fille, dit-il, qui te ce , le second jour, ne peut aimer avec l'âme. » Ceci est ju 9 en principe, mais, si Zola eût vécu davantage, et ol '•vé plus d'unions, quand il formula it cet arrêt, il