‹ Émile ZolaChapitre 23 sur 32 · LEON CLADEL · texte numérisé non relu

LEON CLADEL

Un aspect Je la maison habitée à Sèvres par Léon Cladel.

(Photographie inédite.)

Or, si nous n'avons pas eu l'œuvre elle-même le devoir nous reste de nous employer à ce que le souvenir du Paris en tra-z'ail, si cher au cœur de Léon Cladel, ne soit pas enterré avec sa dépouille. Au-dessous du massif de ses tomes aussi solides que les rocs du Quercy et sous sa signature fulgurante comme la foudre, nous tenterons d'imaginer, en plein ciel, l'admirable beffroi qu'il voulait construire, — le beffroi géant d'oti les cloches de son verbe auraient pu lancer à travers l'avenir leurs tocsins de justice et de vérité. ^I. d'Echérac (G. Dargenty). l'un des rares intimes à qui le fils de ^lontauban-Tu-Ne-Le-Sauras-Pas confiait ses projets, nous renseigne dans un beau style: « Jamais il ne prit son parti des choses avec cette bonne philosophie qui d'ordinaire accompagne les cheveux blancs et jamais, surtout, quoiqu'il eiit été des leurs, à ceux du 4 septembre il ne pardonna leur scepticisme de gouvernement. Comme il avait la candeur et l'intégrité d'un croyant ils lui inspirèrent d'abord de l'étonnement, puis de la rage, puis du dégoût.

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Et quand, à force de voir se lever les aurores claires, toujours finalement suivies de crépuscules fangeux, il eut compris qu'aucun espoir ne restait ; quand il fut bien convaincu que l'heure du peuple ne sonnerait jamais, un féroce besoin le prit de démasquer les imposteurs et de les clouer au pilori. Sa Némésis devait porter le titre de Paris en trorvail. »

On sait que Pierre Patient fut écrit à la gloire de Gambetta, comme Crête-Rouge, jailli, d'un trait, du cerveau volcanique de Cladel pendant la guerre. Cladel, déçu par l'opportunisme inattendu de Celui qu'il adorait lorsqu'il était encore I'outrancier, ne publia Crête-Rouge en volume qu'en 1880, sur les vives instances de son ami Camille Delthil.

M. d'Echérac poursuit : ... « On y aurait vu la France mourant des turpitudes de l'Empire, tandis qu'une nausée grandissante hâtait l'heure de la liberté. Puis c'était l'Année Terrible, la réaction, la lutte, le triomphe, l'avènement de ses amis, puis le recommencement éternel des mêmes choses, la faillite aux promesses, la duperie du prolétaire et son aveuglement, son désespoir, sa vaine révolte. Ah ! quel livre eîit surgi de cette indignation ! Ecrit dans cette langue de feu qui lui était familière, en quelles pages incomparables n'aurions-nous pas vu défiler, sous le fouet, les hâbleurs, les tripoteurs, les concussionnaires, vermine acharnée sur la carcasse de la République et c'eût été une délectable série de soufflets sur toutes ces joues d'Iscariotes. Les masques violemment arrachés eussent laissé les faces à nu, cibles honteuses et blêmes, criblées de pommes cuites, par ce peuple toujours confiant, toujours pipé, auquel, lui, Cladel, n'avait jamais rien demandé, dont il n'avait jamais rien reçu, parce qu'il fut un des seuls à l'aimer pour luimême. Voilà ce qu'aurait été ce vaste pamphlet. » Je crois que dans ce vibrant exposé, M. d'Echérac omet ce que je considère comme le principal. Léon Cladel n'aurait pas consenti, dans cette fresque immense qui devait être le résumé de toute son existence de travail, d'observation, d'actes personnels et de combats civiques, à ne faire œuvre que d'artiste et de pamphlétaire. Lui, l'ancien croyant devenu païen, le panthéiste éperdu, l'ennemi des tyrans de toutes sortes, le défenseur (et non le flatteur) des ouvriers et des paysans, lui, le quasichauvin de 70 était devenu, dès avant 1880, un philosophe humanitaire qui (dans la préface dont il orna comme d'un superbe fronton l'Homme qui tue d'Hector France exilé) rêvait de fraternité internationale et de République universelle. Après des pages crépitantes, avec la savante gradation d'effets qui fut un de ses procédés favoris, il eîit, certes, ouvert une brèche dans l'avenir pour nous désigner d'un geste les horizons souhaités. La Gueuse-à-la-Faulx ne l'a pas permis.

Mais tel que nous le possédons, inégal et inachevé, l'Œuvre de Cladel suffit pour assurer la gloire de son auteur. Son meilleur bio-

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graphe a pu dire que ses franchises et ses révoltes furent exprimées, pour son temps — hier !... mais nous progressons si vite ! (et si lentement à la fois) — dans une forme tellement raffinée que « passant par delà le sentiment de la foule, sa pensée ne pouvait guère être appréciée que des gens d'intelligence aiguisée mais, souvent, de trop molle conscience à, qui elle était suprêmement désagréable. Plus tard, on s'étonna tout de même, quand, après sa mort, éclatèrent le scandale du Panama, celui du trafic des décorations et tant d'autres maladies nationales, de cette prescience ». Eh oui ! certes, dans le domaine des idées comme dans le domaine de l'Art, le talent de Cladel est de ceux, rares, qui peuvent attendre. Le temps est le grand justicier. Quelques-uns des livres du célèbre Quercynol, fixateur du passé et prophète du futur, se classent déjà par leur valeur intrinsèque et aussi par leur tendance. Pendant que tant de ses contemporains qui le raillaient ou le dédaignaient, eux riches et sans scrupules, favoris des puissants du jour et des belles de nuit, « chiens couchants qui se prenaient pour des lions couchés » parce que, pauvre et fier, il peinait, à Sèvres, encouragé par le sourire de sa femme, la bonne humeur de ses enfants et réjoui par les prouesses de sa k}-rielle de bêtes — pendant que tant de ses contemporains voient leurs œuvres s'abîmer dans l'oubli, les livres de Cladel résistent aux épreuves que la postérité leur fait subir. !Montant de plus en plus dans l'estime des lettrés, elles prennent place entre les chef-d'œuvre de Flaubert et ceux de d'Aurevilly.

Il a écrit pour les artistes et pour le peuple, il s'est débattu dans l'étreinte double des réalités sociales et du souci de la forme, il n'a jamais perdu de vue, selon l'expression ailée de Clovis Hugues, « que chaque hgne tracée sur le papier s'achèvera peut-être en sillon lumineux tracé dans le cerveau d'un homme », qu'il y avait quelque part, loin de lui, « dans l'atelier, dans la rue, partout, des enfants dont il faudrait faire des citoyens, des jeunes filles dont il faudrait faire des épouses et qu'il n'avait pas le droit de fêler ces innocentes et charmantes têtes-là », il s'est rendu solidaire par son œuvre, forme du grand combat humain, des malheureux et de tous les gens sincères. Il a fait tout son Devoir. Il a vécu comme il est beau de vivre. Il s'est donné âme et corps, tout, à l'Art et à l'Humanité.

Dans l'histoire de notre Httérature, après les âges plus ou moins classiques pendant lesquels les auteurs n'écrivaient qu'avec leur pensée, avec la partie supérieure et toute intellectuelle de leur être, une génération surgit qui ne fut ni si délicate, ni si platonique. Alors, comme je le disais au début de ce travail, la personne de l'écrivain, son organisation tout entière s'engagea et s'accusa dans ses œuvres. De cette génération glorieuse que Sainte-Beuve connut et de laquelle il a dit qu'elle n'écrivit pas seulement avec sa pensée mais « avec son sang et

ses muscles », Léon Cladel reste le représentant le plus complet. Ce n'est pas un mince titre de gloire.

Georges Normandy (i).

Vaucottes-sur-Mer et Voudenay-Viscolon, août, septembre 1909.

(i) Reproduction autorisée pour les publications ayant un traité avec la Société des Gens de Lettres.

Œuvres de Georges Normandy

Lui Poésie sociale contemporaine (épuisé).

L'Heure gui passe, préface de Clovis Hugues, 3 fr. 50.

Jean Lorrain. Son Enfance, sa Vie, son Œuvre, 3 fr. 50.

La Question catalane, i franc.

Articles de Paris. Horizons de Province. 3 fr. 50.

Mademoiselle Myriane, gommeuse, 0 fr. 60.

Le Nu à l'église, au théâtre et dans la ruc,préf: de Gustave Kahn, 3 fr. f^o.

L'Honnête Homme, un acte en prose.

Le Poison de la Riviera, roman (en préparation).

Madame de Pompadour (sous presse), o fr. 60.

La Foi nouvelle, poèmes, 3 fr. 50.

Le Panier à salade (Masques et visages de Paris et d'ailleurs, 1908-1909).

Potins et Pantins de la Riviera, 1 franc.

Les Poètes libertins, i franc.

En collaboration avec M. C. Poinsot:

La Mortelle Impuissance, 3 fr. 50.

La Faillite du Rêve, 3 fr. 50.

Les Titans vaincus (sous presse).

L'Echelle, roman contemporain, 3 fr. 50.

Tchérikof, roman historique, o fr. 40.

Les Vautours, roman historique, 3 fr. 50.

Mâles, 3 fr. 50.

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Amours, 3 fr. 50.

Anarchistes, trois actes en prose, i franc.

Le Congrès des Poètes (épuisé).

Sur les Tendances de la Poésie nouvcUc (épuisé).

Le Roman de la Vie (épuisé).

Antide Boyer, essai de biographie sociale (épuisé).

Les Poètes sociaux, i franc.

Les Poètes patriotiques, i franc.

Les Vaincus, trois actes en prose, 0 fr. 50.

En collaboration avec E. Lesueur :

Ferrer, avant-propos (I'Alfred N.\ouet, 3 fr. 50.

C10itBATivt^«»«/!fc.oovBiÉRE -^^ Gérant: Ernest Reynaud.

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= 15 Décembre 1909 =

Portraits d'Hier

Edouard M A NET

Par CAMILLE DE SAINTE-CROIX

Edouard Maiwt, par lui-mkme.

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