TROISIÈME PARTIE
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CONTÉ ira FÉE. - . ;
: Les bornes des-' connaissances. hu-.
main es. ont,-de tout temps, été un su- ; jet suf . lequel- les . moralistes et les - mécontents se ront également- exercés.
Les premiers oiib en pour but, dans t -leurs recherches,' de découvrir à l’hom-
me des. vérités utiles et > importantes à
1 1(3 -* - M f EMILÉE.- y > .: '
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«on bonheur. Ils lui ont fait connaître ,YV la vanité du présent; ils la lui ont démontrée ^t ont étendu ses espérances v* dans l’avenir. Les autres, au contraire, ' .
n ont jamais recherché à rendre service, ni à eux-mémçs, ni à leurs sem- ' blables; ils se sont rendus malheureux • pour n’avoir pas voulu réfléchir; et- ils se sont imaginé qu’il n’y avait qu’à .
murmurer de cette faiblesse de leurs Acuités qui, loin de pouvoir atteindre .
à la connaissance de l’avenir, leur apprennent à peine ce qui se passe immédiatement sous leurs yeux. C’est pour ' .* diminuer, jusqu’à un certain point, le regret de ceux-ci -et donner plus de force aux raisonnements des premiers, que je vais entreprendre de tracer le conte d’Ëlfrida. ~ -iJ
Jeune et jolie, Elfrida joignait à
KMIlilÈV . • .
tous les avantages du corps, ceux d’un ✓ •-Esprit d’une nature supérieure; ellè avait ce désir ardent, qui n’appartient
- • qu’au génie, d’acquérir sans cesse de.
nouvelles connaissances ; * et lorsque ses maîtres ëurent reconnu leur inea- ** *. parité, comme Alexandre, elle regretta de n’avoir pas un nouveau inonde de * ' connaissances à àonquérir. Son père *. était un baroil anglais, qui jouissait fr d’un erédit particulier ù la cour, et *.!- était en grande faveur auprès du brave - . Edouard III. Il avait toujours eu une part trè&rictive dans les différentes
- ‘ guerres que ce prince avait eu à sou- -
•tenir; et Elfrida touchait à la fin de sa seizième.; année, quand Fitz-Richard reçut du souverain Tordre de rejoin- ■ ^ , dre les armées qui se dirigeaient contre les Ecossais. Quoiqu’il n’y eût que
quelques mois- qq il eût < sùs[îen<lu sou armure, il la reprit néanmoins avec plaisir, et n’ éprouva qu’un regret en partant : c’était de 'se . séparer de son aimable fille, dont l’innocence et la beauté faisaient le charme de sa vie.
Il la laissa dans les larmes et la douleur, aux soins d’une gouvernante et de sa femme de chambre: car il y avait déjà plusieurs années que sa ; mèçe était descendué dans: la tombe*.
Elfrida, qui. aimait son père avec enthousiasme, et concentrait »ën lui seul toutes les 'affections d’un cœur vraiment sensible, ne put. se consoler de son départ. La solitude au milieu de laquelle elle avait" été élevée, et dont elle trouvait tant.de charmes à partager les plaisirs avec son père, n’eut plus d’attrait poqr elle pelle lui devint
EMILIE. V : \ » ÜÔ .
'■ , .'«itisrpidë.; A> chèque instant* du jour;^
* . elle allait de 'sa gouvernante à sa femme de chambre, pour se livrer aux doux épanchemenjsKdë son cœur, ;et ..‘y les entretenir de. son chagrin; et*'
souvent, elle attendait des heures en— -
tières, à l’extrémité du parc, dans" l’espoir de recevoir bientôt quelques nouvelles.' du baron. Un jour qu’elle *- venait de quitter ses livres, dont lespages ne: lui causaient plus qu’un mortel ennui, elle descendit dans le jar- » > din, et se mit à l’abri du soleil sous une ' v grotte taillée par les mains Üe la na- • ture. Elle était pratiquée dans le roc;
. au milieu coulait un petit filet d’eau,
* .du cristal le plus pur, et l’entrée en •/était ombragée par des touffes de' jasmin et de chèvre-feuille, qui y avaient été plantés et cultivés par les soins
120 • ' ' * -ÉOTLIE. . .. • ;
dé Richard et de sa fille. Ce lieu réveilla dans son cœur le souvenir de son
père, dans toute sa force; elle aurait voülu le voir et l’entendre, et le presser
contre son sein. .
« Il est parti! s’écria-t-elle,-. voilà; » trois semaines! et je n’ai encore »l*reçu de lui qu’une lettre. Peut-être » que dans ce moment, épuisé par des » marches longues et pénibles^ il es- » suie toute la chaleur de ce soleil
». brûlant. Hélas! il regrette peut-être
» maintenant ces fruits que j’avais » toujours soin d’entremêler de quel-, » ques fleurs odorantes avant de les » lui offrir. Pendant que je jouis en » paix dé la fraîcheur de celle défi- » cieuse retraite, à quels périls mon » père n’est-il point exposé! Mais « bientôt de nouveaux dangers l’at-
a :/ ;* iwàtiE. V t m "
. -'* « tendent’ au milieu des Combats/ sa ..
•v - j>'- valeur *fë fera Voler -.aux, ptecniers* /■ ' A V. ■» rangs et qui sait;-.. ’ j> - t’idôe que luir*
‘ inspira- son iœus,;* sa langue*- refusa , >* de Texpripaer.- Un toVrent de laAnes
« Oh! que né puis-je daris/ce mqmenfc » apprendre que' tu* ne soüfïres points 1 » ô mon père! Que je serais heureuse- » *si quelque être' .bienfaisant voulait • » m’apprendre ce qui ^occiipe! Poqr- - » quoi faut-il, hélas! qué le ciel pous '.
ak . refusé' le double savoir cfe que ..
- « font/ loin -de* nçus les personnes qui ’
- »' nous sont chères? » Elfrida eut à ;peine prononcé, ces mots qu’elle sehâta de demander pardon au ciel d’a- .* voir osé murmurer contre les décrets .
de la protôcfence. Cependant elle sem
fâSL ÉMLLfe.r:' *.
tait ciicoFe* - u|i 'désrrau fond de» son. ■
cœur : e était d'êfre con^aiflmeiitàns^ truite de *lct situation* -de son père* sans-
que la volonté de Dieu s’y. opposât. " Profondément ; enfoneéu : ; dans seis • réflexions» Elfrida remarquait à peine db qui se passait autour d’elle. Cependant -elle crut entendre . un léser bruit*
* *■ • • ^ * cj
semblable à^celui d’une personne qui* . s’avance à. petits pas, et- ayant levé les yeux, elle aperçut V avec étonnement uiïe figure dont l’extérieur annonçait un être d’une nature toute particudière. Ella avait à peine un pied de hauteur, et toutes les parties de„ son corps étaient proportionnées, d’une manière admirable, à la petitesse de sa taille. Ses traits, quoiqu’on raccourci, étaient d’une. beauté régulière, et sur -sa ligure elle portait l’empreinte
. . de la douceur 'et de la bienveillance. ,
-.•.Sa -tête était ceinte .d’un turban bleu •; v
* .du plus hel azur,- et dont, le tissu. res- > * „ semblait à urlè feuille de fleur- il/était' 1
orné d’un double rang de- pierres pré- .•
- cieuses qui, quoi(pj.e(exU’emement pe^ * tites, ne laissaient pas de répandre On \
- : éclat merveilleux. Une robe d’une blan- .
' cireur éblouissante lui descendait jusqu’à
* / terre, d’une main elle tenait une ba*. *
'• -• 'guette d’ivoire, et de l’autre un miroir ' •
d’uix poli admirables
* Elfrida fqt saisie de surprise et.d’é-*.
• tonnement à celte vue: .elle aurait .
voulu fuir, mais elle se trouva comme enchaînée par une puissance irrésistible. Ses yeux se fixaient avec inquiè- .
tude sur .la brillante étrangère, qui- •. s’avança et dit : « Ne soyez point alar T . £ mée, Elfrida; 1’içnôceilce et la bonté
124 • \.ï „ -ÊtflLlE."- . >
>» des jccétors * v opmmê lô • '-vô tiiê, h’ont.
« riço à craindre de ma part. Mille -v «^ïois* tous gvëz entendu, débiteras » cOntes de fées* èt toujours vous - » aye? eu raison de les rejelercomme . »■ des chimères saris fondement, qui ; ,>> n’existerit que dans rimaginefiem > Chaque fois le bon- sens vous,. a çlit\
*» que Dieu në -souffrirait pas'qu’une'
»* secte d’agents inférieurs, tourmentât
» impunément le genre : humain'. Mais
*» apprenez , Elfriçla , que ' -s’il . jiefr .
* existe pas pour des fonctions aussi
» vaines/, néanmoins il èn existe sous .
» k .direction d’un pouvoir supérieur.:
» Leur Nature invisible . les mot à- » même de gouverner les plus, petits » intérêts -de la vie. Mraiaine. Urie fôis^
« chaque jsiJcle, Os se fendent Visi- » blés ap.v yeux de* quelques jnortels '
OMt<
UooqII'
' : •* -Jt ' * *
\ . -ÉHILIE. T ^Vi* v il®. ***•
• ^favoris,' qui fcojtamU Vous , ' àç : $e - ; ; » sorit pointlàisséséduirepar foi. al 1 ', ,
; » traits ~du\ vic& et qnt su conserver * .
» -ùûi cœur pur et exempt de tous re-^- *
* * proches: Vos regrets:, et vos' vœux -
» sont.parvenus jusqu’àtmo^œtquoi , .
» qu’il üe'-me :^t r j^^êrK^s (fer ’■* • * sipervos inquiétudes, il sera du moins y !
. ». œn. mon pouvoir; de satisfaire vos- *•
■ désirs. -Le . poster ^qu occüpé; v r otre- \ y » p&fe, ? exphse sans cesse à dé. rrdu-* x v v *> veaux dangefs^mais aussi il- le coui « Vre de gloire: FîtZrftiéhard se trouve
* » lui-même parfaitement heureux do
. »- sa situation, et rie voudrait point la ^ ‘ .. ' » changer conTre une vie tranquille et .
' » paisible, qui; de Userait marquée par
'• » aucune action d'éclàt., La seule' cou-
; * « trari'été qu’il éprouve, c’est la néces-- *
» sitéde vivre Juin de vous: .mais le *;
W '/i; "• jÈMftjfi. * .
jj. plaisir qu^i] trouve dans J’espéranC£ r: •
• : ;X Jluj Tend*; moi ns • pénible 4’atteotê-de * » f Son -retour > Travaillez; pendant, son ' » absence, à vous perfectionner dans • -V-toutés. ces connaissances. dont il
# i serait si heureux de voys /voir en - »' possession. Cessez ces regrets su per-
». .flus, et n’altérez pas cette santé, ni w» cette sensibilité." qui, doit faire'*, le . - - » -bonheur 'de ' Fitz-Ricbard dans sM
- • - % r ^ ^ ^ TT
\» vieillesse ! x Elfrida avait d’abord ; écouté avec quelque sentiment de ter-
reur; . mais- insensiblement' elle ' avait . *
fini par se rassurer; et apfès avoir re- * f connu 'hautement -la justesse des ob- • servations que venait; de lui faire la " fée, elle lui promit d’être plus soigneuse à l’avenir, et de réprimer ‘.cet excès de /
* sensibilité. — Je - vous approuve, ‘ r
"« charmante Elfrida, répondit la fée,' ' .
. • - • * •' c '/* : : Éijâufi-: \ • • * # i !& '
- • , ' g* et je lis dans votre cœur la sincérité ' . ; » -de % votre résolu tiQn. Hais pourquoi >. : ‘Vous tenir plus longtemps.;en sus-, ' p'ens? Je vois que vous ôtes impa-
• » tienfe de me connaître, -davantage.
» Je suis la reine des fées, et c’est à
. . moi particulièrement qu’est confié •
' %' >> lé soin de la jeunesse. Cette baguette
, , » est la source de mon. pouvoir;- et ,çe-.
,-;V" miroir que vous vo^ez, Elfrida, sera
• v » à vous, si vous désirez- encore ce que • . * yoùs. açcqsiez . Je ciel de. ne voûs
•. • ' « avoir point accordé. Dites-moi, vou-
• ». lez-vous être- constamment- infor- .
# t« mée de la situation dé votre oère?
-«Je vois que oui. Eli biénf prenez ce . '« ' miroir. Trois fois par joiir, à' une 1
. • » demi -heure d’intervalle, il vous" re 1 :
.... \* M -.tracera:/ fidèlement pendant cinq ; . • » minutes, l’image et les occupations
-* - ÜIUILIE.
» de votre* p$re! >» Èlfriçla ‘éten&t.IS >■ main aveo empresseitient, etpour la * -, première fois, cessant de regarder la' v . fée, elle -se hâta de jeter les yeux sue . le présent tant désiré. Elle y vit l’image de son père qui se promenait en con- % versant ëvec un ami; sa physionomie • exprimait la santé et le bonheur. A. \ cette vuè, elle ne put s’empêcher de * verser des larmes de plaisir et de joie; elle le/ 'contempla jusqu’au moment .
où il s'évanouit, et se tournant alors *
avec précipitation vers la fée, elle ne put assez lui témoigner combien elle, L
’ était reconnaissante de sa bienfaisance - •
et de sa générosité. Vous ôtes donc' ■
. « satisfaite de mon présent, Elfrida,'
» dit-elle en souriant.' Vous persistez *' » • dans la résolution de le garder? * »,Ah! trompée,.....- Mais je laisse à‘ . ‘
titoüJE.
l'expérience le soin de vous appren- • .
^ » dre le choix que vous avez fait. Si '
« quelquefois il vôus, arrivait d’être *;*
* » dégoûtée de la possession de ce- mi- ; i
'*),'roir r revenez ici, et quand voiisv./
/• v » l’aurez trempez dans l’eau de ce *
-i; > .ruisseau, je me rendrai visible à vos
• V veux pour le recevoir;.* En ache- . . .
- vânt ces mots, la fée disparut, ef El- •:
frida, après s’être insensiblement re- :
mise de son étonnement, reprit le chemin du château. Sa gouvernante, en qui elle avait pleine et entière confiancé, fut la seule à qui elle fit le ré- . citde celte vision surprenante, et elle ' la pria de jeter les yeux sur le présent w . «•;. de la fée. La gouvernante s’y prêta : . volontiers, et toutes deux aperçurent
le baron Fitz-Richard. Il était à che- *
* val; et pendant qu’elles étaient à le
>■ • **lî -y.> ;V :
"•r f!30 : >r v - .ÉMlLlfe.
VègaV4pr,* lc cheVâl broncha ct : rèrt— „ • -
• * .' versa son ëa^lfer^fjïar ïtêrre^Eifrida: -• • .
\ .. .poussa un cri etiemiroir lui échappa
• des mains. .Aussitôt: éllè le ramassa:'
• V . >mais hélas ! dans '0e. moment - la scènê * ; '*
• • y s’était /évanouie. L’excès de sa douleur
• .pfeut à peine se décrire : >elle pleurait, *
■ - . elle gémissait, tout son corps; trem-.-. •
' bîait, et s’abandonnant "par intervalle.', j ^ ' aux horreurs' de' son imagination, nsa respiration devenait difficile-, l’on au—
■ ..rait dit qu’elle allait rendre le dernier
L* soupir. Ainsi s’écoula la demi-heurer *• • .-qui devait enfin lui’ permettre .de^reA-* .*
• voir son père. Au moment où la der- \ ' qière minute éxpirait, elle saisit la
• *glace, et aperçut le baron étendu sur * ; v 'un lit, pâle et languissant, son bras .
r ” était en écharpe; Elfrida ne douta pas .
■qu’il rté së le fût cassé. Ce fut tout ce *
> r Jlw '
...Y : . sc.. , *.v •;<
•^ÉîtirLrK.
: * . rfM.
qu’elle put voir; et' le mirpir cessa alors J » .'“•de . l’instruire elle se trouva plongée dans une affreuse tristesse. Cependant sa gouvernante cherchait à lui per- : - . suader combien il était déraisonnable de chercher à. savoir ce que la ProvK •* i dence, dans sa' sagesse, av^it résolu 'def-’ * ‘.dérober à notre - connaissance; mais * Elfrida, préoccupée de sa douleur, ne . * l’écoutait pas. Les yeux fixés sur le • .•miroir, elle attendait avec impatience que la seconde ; demi-heure fût écoulée. Enfin le terme désiré arriva, et •
la même scène se produisit à sa vue. Le \
miroir alors ayant perdu son pouvoir pour ce jour-là, ce fut en vain qu’elle s’abandonna aux larmes et au. déses-V poir, et refusa de prendre du repos.- v Avant la fin de la nuit, un exprès ar- . riva, qui apporlait ; des lettres du ba-
.ogle
* : 13^-*. . ' • ÉtoiiE." r * 1-.
. ' ; , ron. Elfrida les ouvrit avec précipitation; elles étaient datées de cinq joiirs,
... . ' et quoiqu’elles continssent lès nouvel- .
U. ..es les plus satisfaisantes de sa santé - V • & cette époque,* Ellrida, qui savait ce
qui -s’était passé depuis, n’en reçut *•* .-aucun plaisir. Elle les jeta .de côté, et 0 \ ' attendit, dans la plus cruelle agitation^.'. " > "que le . soleil commençât à paraître. *
. . Cependant elle ne put résister au som- ...
' meil; ses paupières appesanties se fer-*- .
; mèrënt, et elle ne- fut réveillée, que .
. par les rayons du soleil, qui vinrent ...
* y bientôt -darder contre sa fenêtre. Elle ne se pardonna pas de' s’être endormie; • elle saisit aussitôt le miroir, et aper- • eut sdn père .à la porte dê sa tente. Il . '.élevait ses mains au ciel en action de
gràçes; et en même temps Elfrida eut ; . la s satisfaction de ; reconnaître... qu’il ,f
ÉMILiE. / * '138 V
n’avairpoint eu le bças cassé. La rapi-
• dité de sa convalescence lui fit juger- . > que cét accident n’avait eu aucune Y
. conséquence funeste. Le premier mou- s
• vement de son cœur fut d’adresser ses Y
..remercîments au ciel, et alors elle * - *
s ? éeri&> « Âh! funeste’ présent, que de > •
. » maiix tu . m’as causés! si je n’eusse ;•
« pas accepté ce' miroir, ces lettres