‹ Emilie Plater: sa vie et sa mortChapitre 3 sur 25 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

Elle a été mise dans ua tombeau , et le tombeau a été scellé pour rester sous la garde impassible d'une force sans entrailles et sans sommeil.

Mais si elle n'est plus T appui de la chrétienté^ son tombeau nous protège encore.

Et le fruit de Texpiation sanglante n'est point perdu. La gloire et le salut survivent à la mort.

Le courage me manque pour rappeler les dissensions qui agitèrent la Pologne, et qui , sans doute , ont précipité la funeste catastrophe. Ces discordes intérieures, qui se prolongent, sous nos yeux, au sein même d'une magnanime émigration, n*ôtent rien à la sainteté de la cause. L'homme est ainsi fait, que ses passions interviennent jusque dans ses actes du plus pur dévouement. Voyez les croisades.

Qu'importent aujourd'hui les égare-

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mens de ceux qui allèrent conquérir, au prix de leur sang, la liberté chrétienne ?

Certes entre tous les héros qu'a produits la noble insurrection polonaise, entre toutes les victimes généreuses d'un dévouement désespéré, toujours prêt à renaître de ses cendres immortelles, Emilie Plater méritait à de trop justes titres une biographie à part

Mais qui suis-je, pour qu'on ait pu désirer de mettre sous mes auspices la publication d'une telle histoire ? Ne devaiton pas être certain de réveiller sans moi les plus puissantes sympathies? Mes vœux sans doute étaient ardens pour le triomphe d'une cause si merveilleusement belle; ils n'étaient pas au-dessus de ceux qui se sont manifestés avec tant d'éclat, et manifestés en vain de toutes parts.

Quoi qu'il en soit, j'accepte comme une

Xij PREFACE.

véritable gloire l'honneur d'avoir à présenter au public français la J^ie d'Emilie Plater.

Il fut donné à notre Jeanne d'Arc d'accomplir sa haute mission, de constituer, en quelque sorte, la nationalité française, représentée par Charles VII : Emilie Plater se crut une mission semblable pour sa malheureuse patrie.

Comme Jeanne d'Arc, elle n'eut d'autre sentiment que celui d'une mission auguste et sainte : ce fut le souffle même de sa vie héroïque.

Elle mourut en même temps que cette Pologne tant aimée*

Toutefois, encore à présent, malgré les calamités sans nom qui pèsent sur le pays de tous les héroismes inutiles en apparence , il ne faut pas croire que tout soit fini pour lui. De tant de vertus humaines,

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je le sais, il ne reste qu'un vaste tombeau; mais ce tombeau sera le boulevard de l'Europe chrétienne, jusqu'au jour où l'heure de l'émancipation sonnera pour tous les peuples de la chrétienté.

Qu'il me soit donc permis , au lieu de vaines paroles sur la vierge polonaise , sur cette autre Jeanne d'Arc qui ne put que mourir, de présenter ici quelques observations générales ; elles seront courtes , car je suis bien sûr d'être immédiatement compris.

Les deux principes dont la lutte continue devient, plus terrible aux époques de transformation humanitaire; ces deux principes tendent toujours à une trêve après un long combat, et la trêve ne peut s'établir qu'en fixant à l'un et à l'autre le champ dans lequel ils doivent circonscrire leur action. Maintenant que le moment

Xiv PRÉFACE.

serait venu d'arriver à cette suspension d'armes, à cette trêve de Dieu^ si nécessaire aux deux antagonistes pour prendre de nouvelles forces, il se rencontre un obstacle qui n'avait pas été prévu. L'obstacle consiste en ce que la Russie, qui à elle seule se charge de représenter le principe absolu, n'a pas de limites territoriales dans lesquelles on puisse parquer ses forces indisciplinables.

De plus, la situation actuelle des af-faires de l'Orient mûrit un ordre de choses dont il est impossible de prévoir l'issue, et dont il ne faut pas abandonner la di« rection à la Russie.

L'homme qui porta quelques années le poids de l'Europe, s'il l'eût voulu, aurait reconstruit la digue contre laquelle s'était brisée la barbarie représentée par les Turcs, et contre laquelle, à présent, de»

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