‹ Emma, ou, La promesse imprudenteChapitre 43 sur 48 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Madame PALMER, LE BARON.

Mme PALMER.

Ciel ! voici le Baron.

LE BARON, saluant profondément.

J'allais , Madame , me présenter chez vous, quand j'a^ eu le plaisir de vous apercevoir ici.

Mme PALMER.

Vous alliez chez moi , Monsieur ?

LE BARON

L'air de la campagne vous est excellent. Je vous trouvj embellie depuis hier.

C'est que depuis hier je suis sortie de la plus pénibl incertitude. Je sais à quoi m'en tenir , et la tranquillité d mon esprit paraît sans doute sur mes traits.

LE BARON

Ce que vous venez de dire est très-vrai , Madame, puis long-temps je connaissais toute la grâce de votre prit ; en ce moment j'en admire la justesse. Vous al bien raison j le calme, oh! le calme est une excellen chose.

Mme PALMER.

Eh bien ! Monsieur , pour ne pas troubler le mien, dlivrez-moi de votre odieuse présence .

LE BARON

Ah! Madame! j'espérais vous trouver plus humai pour un pi eux chevalier qui vient de soutenir en chai clos le pouvoir de vos yeux.

Mme pALMER.

Vous venez de vous battre ?

LE BARON

Oui , Madame; monsieur Edmon vient de me donner ms ce bras un petit coup d'épée.

Mme PALMER.

Esl-il possible ?

LE BARON

Oh ! ce n'est rien. J'ai déjà reçu les soins nécessaires : et uème , en y réfléchissant , je ne auis pas fâché d'avoir été lessé le premier ; car alors mon adversaire a cru pouvoir expliquer avec franchise et loyauté. 11 m'a avoué ue la petite promesse impromptu qui a été signée hier au oir faisait à présent son désespoir. 11 y a une Emma ru'il adore , un père respectable en colère; et, quoique ous soyez faite pour charmer tous les cœurs , ce jeune îomme a pour vous un amour infiniment moins violent me le mien .

Mme PALMER , impatientée.

Oh ciel ! quoi ? vous allez encore me parler de votre amour ? Vous voulez que j'y croie ?

LE BARON

Oh î par exemple, voilà une question bien extraordinaire.

Mme PALMER.

Quoi , Monsieur , lorsque j'ai vu moi- même votre infidélité!

LE BARON

Ah !..„ à propos , je n'y songeais plus. J'aurais dû com-* mencer par là. Votre intendant m'a écrit votre colère ; oui , Madame , je sais ; hier au soir , n'est-ce pas ? la fille du conseiller Hermann ?

Mme PALMER.

Oui , Monsieur , oui , c'est bien cela.

LE BARON

Eh bien ! Madame, voici tout le mystère. Elle me hait comme la peste, cette aimable femme , et moi je ne peux pas la souffrir. Nous nous sommes fait ces doux aveux, et j'ai su d'elle en confidence qu'elle était mariée secrètement.

Mme PALMER.

Serait-il vrai?

LE BARON

Et depuis huit jours nos entretiens mystérieux avaient pour but d'arranger cette affaire. J'ai quelqu'ascendant sur l'esprit de son père, et hier au soir enfin ma diplomatie a été couronnée du plus beau succès. On a pleuré, grondé, puis on s'est embrassé, c'est l'usage.

Mme PALMER.

Et votre oncle ?

LE BARON

Mon oncle? j'ai couru lui tout apprendre; il m'a envoyé promener, m'a dit d'épouser qui je voudrais, j'ai prononcé votre nom du ton le plus enflammé , et me voilà à vos pieds , Madame.

Mme PALMER.

Ah ! combien je me reproche ma vivacité !

LE BARON

Pourquoi? les apparences étaient contre moi. D'ailleurs cette aventure m'a fait faire ce matin une promenade charmante ; et , sauf le petit coup d'épée , je suis for t content de ma journée.

Mme palmer , tirant de son sein un papier cacheté.

La voilà, cette promesse imprudente.

LE BARON

Oh! Madame , je vous prie, avisez promptement aux moyens de calmer monsieur Edmond. 11 est dans un accès

folie; il se désole , parle de vendre sa lieutenance , de ser les mers, de s'expatrier à jamais, que sais-je ! ah! n Dieu , quelle tète ! vous auriez fait un joli ménage. Mme PALMER , apercevant Emma.

Silence.

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