‹ Emma, ou, La promesse imprudenteChapitre 5 sur 48 · SCÈNE HE · texte numérisé non relu

SCÈNE HE

LE BARON , Madame PALMER.

LE BARON

Je le répète encore , oui , Madame , si j'écoutais vos conseils, votre impatience, je ferais une folie.

\ Mme PALMER.'

Une folie? Vous, Monsieur? vous, faire une folie? oh! vous n'aurez jamais ce mérite-là.

LE BABON.

Mais je ne vois pas la nécessité d'être fou.

Mme PALMEB.

Pardonnez-moi, Monsieur , pour prouver son amour ; mais quand on n'aime pas , on garde un sang-froid admirable, une tranquillité à toute épreuve , un flegme tout-à- £aù germanique ; on remet de. jour en jour un mariage, sous prétexte de ménager un oncle , on songe à la fortune, \ l'ambition , que saisie ? Enfin quand on n'a point d'ar. car on raisonne à merveille.

LE BARON

Et moi, Madame y je fais très-bien marcher de compagnie l'amour et la raison \ mon oncle veut absolument que j'épouse mademoiselle Hermann

Mme PALME II.

Eh bien! Monsieur , épousez-la.

LE BARON

Non , Madame ; parce que je n'aime que vous.

Mme pALMER.

Que moi ? vous m'aimez !

LE BARON

Plus que la vie ; je ne me lasserai jamais de vous en assurer. Je le sais, il est des amans qui s'expriment ave€ un peu plus de chaleur que moi , qui aiment les vivacités, les querelles , les transports, qui font de grands gestes, se tourmentent, accusent le ciel et la terre , et font semblant de s'arracher les cheveux. Pour moi je n'ai jamais compris ce qui pouvait les amuser dans tout cela. Cette manière n'est pas la mienne ; je suis d'un naturel assez posé; le bruit me fatigue ; je n'aime pas beaucoup à m'agiter; mais, d'ailleurs, lisez au fond de mon cœur, Madame, et je vous assure que vous y trouverez pour vous la flamme la plus belle, la plus vive et la plus ardente.

Mme PALMER.

En ce cas, laissez là ma rivale et votre oncle. N'êtesvous pas assez riche ?

LE BARON

Je le suis un peu , mais pas tant que vous ; et je ne veux pas perdre une immense donation que je viendrai dans fort peu de temps mettre a vos pieds. L'heure m'appelle précisément chez quelqu'un qui seconde admirablement les soins que je me donne pour mettre d'accord les projets de mon oncle et ma passion pour vous. Adieu L Madame.

Mmc PALMER.

En effet , il est dix heures t et c'est le moment où, depuis quelques jours, vous me quittez très-ponctuellement,

LE BARON

Oui, Madame.

Mmc PALMER.

Et chez qui allez-vous , Monsieur ?

LE BARON

C'est un secret , Madame ?

Mme PALMER.

Allez, Monsieur, allez, ne perdez pas de temps. Vous m'êtes insupportable.

LE BARON, saluant.

Je suis, Madame , votre très-humble serviteur.

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