‹ Emma, ou, La promesse imprudenteChapitre 6 sur 48 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Madame PALMËR , JULIETTE , revenant du jardin.

Mme PALMER.

Quelle bizarrerie ! qu'on me dise en vertu de quoi j'ai été m'aviser d'aimer cet homme-là.

JULIETTE

Oh! vraiment, Madame , je n'y conçois rien; il est d'un caractère si différent du vôtre ! vous ne pouvez pas être heureuse avec lui.

Mme pALMER.

Non vraiment , et je donnerais la moitié de ma fortune pour le haïr comme je le lui disais tout-à-l'beure. Oui , Juliette , j'ai été cent fois au moment d'en épouun autre du soir au lendemain; tu connais la vivaçjte de ma tête ?

JULIETTE

Ah! Madame , vous ayez tant d'adorateurs charmansh. Il en est un surtout...

Mme PALMER.

Qui donc ?

JULIETTE

Le lieutenant Edmon.

J'allais le deviner... il l'intéresse fort.

JULIETTE

Je le connais depuis l'enfance. Je suis née dans une campagne auprès de celle de son père. Ah ! comme il vous aime , Madame !

Mme PALMER.

Tu crois? Il m'a rendu des soins, il est vrai , mais jamais un mot de lui ne m'a paru ressembler à de l'amour.

JULIETTE

Assurément : il est si timide ; mais il faut l'entendre quand il me parle de vous,

AIR

Qu'elle est belle ! quel sourire !

Que d'esprit ! quels doux attraits !

He'las i sans oser le dire ,

Je l'adore et pour jamais.

L'autre jour une rose

Tomba de vos cheveux ,

Depuis elle repose

Sur son cœur amoureux.

Dans un bal , une fête,

H vous suit en tremblant ;

A toute autre conquête

11 est indifférent.

Il vous jeté sans cesse

Un regard de tendresse

Langoureux et touchant ;

Et ce regard si tendre,

Emma.

IO

Si vous vouliez l'entendre Vous dirait clairement :

Qu'elle est belle ! quel sourire !

Que d'esprit ! quels doux attraits !

Hélas ! sans oser le dire , Je l'adore et pour jamais.

Mme PALMER.

Ah ! il te dit tout cela ?

JULIETTE , à part.

Pas un mot, mais c'est égal.

Mme PALMER.

Je t'avoue qu'il m'intéresse 3 et si le Baron me poussait à bout . . . D'ailleurs j'ai remarqué qu'il était le seul homme dont le Baron eût l'air d'être un peu jaloux.

JULIETTE

C'est que monsieur Edmon a du mérite. 11 est vrai que son père n'a jamais voulu quitter la culture de ses champs ; il vit honorablement , mais avec la simplicité du village.

Mme PALMER.

Et qu'importe ? je connais cette famille.*; elle est sans ambition et cultive paisiblement l'héritage de ses pères. Feu mon époux était leur voisin avant de s'établir à Vienne et de gagner beaucoup d'or à la banque. Le père d'Edmon régit les biens que je possède auprès de son vaste domain ejau quel il a laissé l'humble nom de ferme. 1 Sa loyauté m'est connue ; c'est un vrai patriarche , un père de famille adoré , un homme rare. Dans des temps malheureux il a rendu des services à l'Etat ; l'estime générale est devenue le prix de ses vertusj Oh ! une alliance avec lui ne saurait être qu'honorable ; et , dans toute la province , on l'appèle , avec raison , le noble villageois.

JULIETTE

Eh bien î Madame , épousez donc son fils , et vous aure? le plus aimable des maris.

Mme P&LMER.

Oli! tu m'impatientes. L'amour se commande-t-il ?

JULIETTE

Eh ! Madame , si vous saviez!. . Il faut donc se résoudre à déchirer votre cœur.

Mme pALMER.

Que dis-tu ?

JULIETTE

Le Baron est un monstre.

Mme PALMER.

Juliette. . .

JULIETTE

Un infâme qui vous trahit.

Je tremble !

JULIETTE , appelant.

Monsieur Friller. . . Vous saurez tout, Madame.

Mme pALMER.

Et quoi?

JULIETTE, appelant.

Monsieur Friller.

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