Mottl a instrumenté aussi les trois Valses romantiques
■2. Distribution : Syl vaine, M"" Zambelli ; Madeleine, M"= Aida Boni; une jeune sorcière. M"» Johnsson ; Sylvain. M. A. Aveline; Henry, M. Raymond; José, Espagnol. M. Gléret, etc.
Io8 EMMANUEL CHABRIER
vaine, une petite paysanne que recherche un petit paysan nommé Sylvain ; Magdeleine, jeune châtelaine que courtise un officier de hussards à l'uniforme d'un bleu aveuglant. « Ce que l'amour n'a pu faire, la jalousie le fera. » Arrive dans le pays une troupe nomade d'Espagnols. Henry, l'officier, s'éprend de la danseuse gitane Isabella, à la grande fureur du danseur Pépito ; Sylvaine essaie avec gaucherie les pas ibériques. Cette escapade des amoureux ne va pas bien loin et tout finit, sinon par un double mariage, du moins « par l'embrasement d'amour de tout le pays». (Hé là! hé là! comme vous y allez, madame !) « Et c'est la reprise dans un emportement général, conclut l'argument, de la danse ardente et voluptueuse qui, au tendre pays de l'idylle et du flirt, a animé tous les cœurs. » Une jeune sorcière — « qui est l'âme d'amour du pays » — est l'agent de cet embrasement ; elle y procède en jetant à tous des œillets rouges semblables à celui qu'Isabella porte à l'oreille.
Voilà bien une idée de femme ! Le rouge va si bien aux brunes !
Les auteurs ont pensé sans doute qu'il était honteux pour l'Opéra d'avoir repoussé, il y a quarante ou cinquante ans, MM. Saint-Saëns et Massenet, qui auraient volontiers, avec la collaboration de Th. Gautier, transformé en bal-
lets, l'un la Nuit de Clcopdtre, l'autre le Preneur de rats de Haineln ; d'avoir monté en rechignant la Namoiina, de Lalo, chutée par les abonnés en 1882, et fait la sottise de ne pas utiliser les trésors d'invention rythmique et mélodique que l'exécution, en i883, di'Espana par Lamoureux, avait révélés chez Ciiabrier. Donc, le temps était venu de réparer une erreur aussi monumentale !...
Alors ils ont cousu, à la suite l'une de l'autre, les partitions des œuvres les plus rythmées de Chabrier, orchestrées soit par lui, soit par son ami et admirateur Mottl, sans se préoccuper une minute de leur destination non dramatique, de leurs dimensions excessives pour la scène et surtout pour la pantomime, dimensions telles que certaines de ces œuvres, ont dû être sectionnées, Espana entre autres, en plusieurs fragments.
A ces morceaux déjà instrumentés S ils n'ont pas craint d'amalgamer quelques-unes des Pièces pittoresques qui n'ont de signification qu'au piano, tels le Tourbillon et la schumannienne Mélancolie et des Pièces posthumes : Feuillet d'Album et Ballabile. L'orchestration
1. Voici la liste, et dans leur ordre respectif, de ceux qui ont été utilisés : Sous bois, Idylle, Danse, villageoise. Joyeuse marche. Bourrée fantasque, Scherzo-valse, Espaûa, Habanera, Ce dernier a été intercalé au milieu à'Espafia.
IIO EMMANUEL CHABRIER
de ces morceaux, les raccords, les soudures et, de temps à autre, quelques mesures ajoutées pour correspondre à la pantomime, sont l'œuvre d'un jeune musicien, M. Albert Wolff, qui s'est prêté à une spéculation d'éditeur.
Spéculation malencontreuse car, d'une part, la presse tout entière, avec plus ou moins de véhémence \ a protesté contre le tripatouillage pratiqué dans les œuvres de Chabrieret, d'autre part, le public, rebuté par la misère du scénario et des inventions chorégraphiques de M. Staats, a accueilli avec une froideur glaciale l'annonce du nom des auteurs. Espafia a d'ailleurs été retirée de l'affiche après quelques représentations. Condamnation rigoureuse, mais absolument méritée !
I. Cette protestation a été exprimée par MM. de Fourcaud (Gaulois) ; Brussel (Figaro) ; Souday (Eclair) ; Lalo (le Temps); Prodhomme (Paris-Journal) ; Louis Vuillemin (Comœdia). La mienne, dans la Liberté, ne fut pas la moins énergique.
De très bonne heure, Chabrier s'est signalé par le goût du burlesque, du fantasque. Ce goût, qui aurait pu lui inspirer surtout des œuvres bouffes telles que des opérettes, en pénétra d'autres qui n'avaient nulle prétention à la bouffonnerie. Cela tient évidemment à cette nervosité excessive, qui le fait se trémousser sans cesse, en proie à une inquiétude continuelle. On représente généralement les Auvergnats comme lourds et lents. «Chabrier, dit M. R. Hahn, dans une étude joliment écrite et intéressante par sa finesse d'observation, n'est jamais fatigué de sauter de-ci, de-là, de rire, de chanter et de déclamer. Joie ou tristesse, chez lui, se traduisent par de la gesticulation, » Tout ceci doit s'entendre au figuré ; mais si nous nous rappelons les caractéristiques, définies par M. Désaymard, du tempérament des ascendants de Chabrier, nous nous étonnerons moins de constater, avec M. R. Hahn, — que « la tranquillité lui est inconnue». Il lui faut du bruit, de l'agitation. 11 ne peut pas exposer nor-
tI2 EMMANUEL CHABRIER
malement une période mélodique ; il sent très bien qu'il n'est pas outillé pour le travail de déduction thématique, de développenientrationnel ; alors il procédera indéfiniment par répétition, avec transposition en divers tons et comme il craint de produire une sensation trop uniforme, il se hâte d'assaisonner ses expositions et réexpositions de toute sorte de condiments harmoniques et rythmiques, d'altérer autant qu'il lé peut sa ligne mélodique afin d'éviter la monotonie.
Comme l'artiste n'était pas doué d'un goût très pur, comme il manquait de sévérité pour ses idées, il en résulte qu'il lui est presque impossible, dans les morceaux de caractère calme, de donner l'impression qu'il cherche à produire. Ainsi, du Paysage^ la première des Dix pièces pittoresques pour piano, ne se dégage pas la sensation de repos^ de bien-être contemplatif, que ce titre semble évoquer ; les promesses de sérénité y sont démenties par les bizarreries de la basse, les rythmes de ballet, les ornements caractéristiques de la mélodie. Sous bois comporterait les mêmes observations. C'est une des pièces lentes les plus réussies ; or, malgré les modulations et tous les artifices dont le compositeur s'est servi pour varier l'idée mélodique, ce morceau m'a toujours paru long à l'audition. Le titre, à la rigueur, permet-
EiMMANUEL CHABUIER Il3
trait d'interpréter certains dessins de la main droite sur l'ondulation continue de la basse comme des fuites d'animaux dans les fourrés, des voletages d'oiseaux dans les branches. Idylle est une des compositions pour piano les plus satisfaisantes sous le rapport du développement et de la variété ; on sent cependant que, pour donner l'impression de naïveté et de paix champêtre *, le musicien s'est imposé un effort extraordinaire.
Dans un autre ordre d'idées, les strophes lyriques : A la Musique^ pour solo de soprano et chœur de femmes, dans lesquelles beaucoup de personnes voient le chef-d'œuvre de Chabrier, auraient pu l'être en effet avec plus de simplicité. Mais la tendance à l'écriture alambiquée est tellement forte chez lui que, dès la 3^ mesure de la ritournelle, avant même d'avoir fini d'esquisser son thème, noté en sol majeur, il se hâte d'introduire dans l'accord de sousdominante un si\}^ qui, avec le ré du chant,
I. Dans son compte rendu écrit après audition de la Suite pastorale à Angers, où figurait ce morceau, orchestré, M. Louis de Romain se demandait si le compositeur avait entendu dépeindre un couple d'amoureux qui « vont, sous le dôme épais des hêtres, chercher la paix du mystère et les douceurs du tête-à-tète, » ou noter « la simple musique de la brise agitant les feuilles ou celle des mille bruits indécis et confus qui peuplent l'air et les hautes herbes où grouille la vie. » Il concluait que le tableau musical peint par Chabrier était « plutôt pittoresque que sentimental. »
Sopr. Solo
Soprani
ce
s Contialti
Piano
Qui, dans ces murs s'assemble
O mu .
,. rable,musique adorable.musiqueado.
-^assaas/- ~^^
ront.
SI - que a . do . ra . bi
mu-sique a.do.raJble, musique a.do
quea.do .
(Suite, p. iif)).
donne aussitôt une sensation de nein>ième étrangère au ton, pour rien, pour le plaisir, — car lorsque ce thème est exposé par les voix, l'enchaînement des harmonies reste tonal. De même, à la fin du morceau, arrivé h la cadence dans le ton initial, il se garde bien d'écrire un ré ou un sol à la partie chorale supérieure ; il fait sauter le soprano du /é au la aigu, imposant ainsi sur l'accord parfait une sensation d'appogiature sans résolution.
EMMAMUEL CHABRIER
•g *g *g tf^-gf-j
TT H ^=l=i Ui'ê i
Extrait de ÏOdc à la musique (Enoch ot C'", éditeurs). Ecriture vocale contrapuntique.
Au point de vue harmonique, Is prédilection de Chabrier pour les enchaînements de neuvièmes (et de septièmes) est trop connue pour que j'y insiste. Comme me le disait spirituellement un de ses amis : « Chabrier, c'est le joueur trop heureux au baccara, qui abat neuf a. tout coup ! »
Son exemple a séduit les « jeunes » de son
ii8