MERCURE
au delà du temps qui s'y trouve annoté. Il n'y est indiqué, par exemple, bien explicitement que six visites à Mercure, tandis que dans le traité des Terres dans notre monde solaire^ publié dix ans après , Swedenborg nous dit expressément qu'il lui a été donné de parler avec les Esprits de Mercure pendant plusieurs semaines.
Notons cette circonstance : elle nous explique un fait qui se présente plusieurs fois dans sa vie. On le trouva souvent en compagnie des Esprits, et il n'employait pas les nuits seules à ses pérégrinations célestes : nous devons donc conclure de l'indication relative à Mercure que Swedenborg, qui voyageait beaucoup dans ce monde-ci et qui écrivait et publiait sans cesse, a dû savoir tirer de son temps un bien habile parti pour trouver encore tant d'heures nécessaires à ses voyages dans les astres. Admettre qu'il les faisait avec la rapidité de la pensée, ce n'est rien résoudre, puisqu'il n'en fut rien : il parle lui-même, comme un simple mortel, de semaines qu'il a passées avec les Esprits de Mercure.
Quoi qu'il en soit, il rapporte de ses voyages des choses fort curieuses, et pour donner une idée de tout ce que ce traité renferme de neuf et de piquant, il faudrait le copier tout entier. Il est d'ailleurs si court et si amusant, qu'on le lira volontiers d'un bout à l'autre dans cette version si fidèle, calque véritable, qu'en donne M. le Boys des Guays. On y verra que ces Esprits, très-habiles à lire dans Tintelligence des hommes, commencèrent par rechercher, dans la mémoire de Swedenborg, les choses que connaissait ce dernier. Mais interrogés à leur tour, il leur fallut bien lui répondre, et il apprit d'eux que , sans faire la moindre attention
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aux objets corporels de leur terre, ils s'occupent des statuts, des lois et des gouvernements des nations qui y sont ; puis aussi des choses qui concernent le ciel et qui sont « innombrables. » On n'est pas moins matérialiste que cette spirituelle population. C'est une véritable Académie des sciences morales et politiques greffée sur une véritable Sorbonne : rien de plus parfait. Aussi ne sommes-nous pas, nous autres gens terrestres, les amis et les interlocuteurs qu'il faut à ces Esprits ; ils nous le montrent en toute occasion , et sans politesse aucune : « Ceux de Mercure ne veulent pas se trouver avec des Esprits de notre terre. Partout où ils les rencontrent, ils s'enfuient à leur aspect. »
Dans ce traité si piquant, rien de plus piquant, de plus spirituel que l'article sur les Esprits de Mercure.
« Les Esprits de Jupiter ne nous estiment pas trop non plus. Quand je voulais leur dire que sur notre terre il y a des guerres , des pillages et des assassinats, ils se détournaient et refusaient d'écouter... Par une fréquentation de longue durée avec eux, je demeurai convaincu qu'ils étaient plus probes que les Esprits de plusieurs autres terres. Leur abord est si doux et si suave qu'il est impossible de l'exprimer. Ils influaient principalement sur ma face et la rendaient gaie et riante. »
« Leurs faces sont aussi plus belles que les nôtres. »
Les Esprits de Mars ont le langage délicat a comme l'aure la plus douce. Il est non sonore ou tacite et s'insinue dans l'ouïe et dans la vue intérieure par le chemin le plus court, w