‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 117 sur 269 · LE BARON GRIMM. I · texte numérisé non relu

LE BARON GRIMM. I

Peut-être juge-t-on le mieux de l'état du général en le mettant sur la même ligne que le correspondant de mademoiselle de Knobloch, le métaphysicien Kant, qui s'écrie : Que j)eut-on objecter contre la crédibilité de ce fait? et qui pourtant n'a pas l'air d'y croire de bien l)on cœur, et sur la même ligne que le correspondant de l'impératrice Catherine II, le baron Grimm, que nous entendrons s'écrier à son tour : Ce fait ,.... il est Imïjossible de le nier^ mais le moyen d'y croire!

Ce qui nous fait un peu défaut à cet égard^ce n'est pas l'opinion des contemporains de Swedenborg, c'est celle de ses compatriotes, ses vrais juges. En effet, on ne voit pas suffisamment celle de la Suède philosophique représentée par l'Université d'Upsal et l'Académie de Stockholm. Tout le monde nous parle de Swedenborg, le roi, la reine, le premier ministre, les états, le clergé, des généraux , des conseillers de l'empire ; seuls les philosophes et les académiciens chargés d'éclairer tous les autres gardent le silence. Leur silence est-il notre leçon ? Se font-ils peuple et nous traitent-ils de rois?

Dans le monde élégant et dans le monde politique, on fut charmé, sinon de ce qu'il y avait de sens droit et de simplicité raisonnable dans les écrits de Swedenborg , du moins de tout ce que sa vie , ses perceptions et ses visions offraient de neuf et de piquant. Les voix qui se prononcèrent dans ces deux sphères furent généralement pour lui. Ce ne fut pas la même chose dans le monde ecclésiastique. Le bruit que fît à Gothenbourg et à Stockholm Thistoire de l'incendie de 1759, attira l'attention de l'épiscopat de Suède. La discipline de

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l'Église suédoise était réglée avec vigilance et pratiquée avec scrupule. Or, on remarquait depuis quelque temps que l'illustre Voyant fréquentait peu les temples et négligeait les sacrements. Dès 1760, deux évêques de ses amis lui en parlèrent avec bienveillance. Il leur répondit : Que les pratiques religieuses étaient moins nécessaires pour lui que pour d'autres ; qu'il était en communion avec les anges. Mais ils lui représentèrent, que si tout le monde en était persuadé comme lui, il n'y aurait rien à redire, et il sentit la valeur de cet argument. Au bout de quelques jours, voulant prendre la sainte cène, il demanda à ses vieux domestiques, à qui il devait s'adresser, c( ne connaissant pas beaucoup les prédicateurs. » On lui nomma le premier chapelain de la paroisse. Il objecta a que c'était un fanatique et qu'il l'avait entendu tonner en chaire avec peu de satisfaction. » — On nomma le second chapelain, qui était moins couru. — « Je le préfère à l'autre, dit le Voyant, car il prêche ce qu'il pense. C'est pour cela qu'il s'est ahéné la bienveillance du pubhc, comme cela arrive dans ce monde. »

Nous donnons ces détails et ces propos parce qu'ils peignent l'homme, son peu de goût pour l'Église établie et pour sa discipline, aussi bien que sa docilité personnelle, sa bonhomie relevée d'un peu de mahce, et sa déférence pour ses vieux serviteurs.

En effet, il suivit leurs conseils.

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