ET LA RETRAITE
Au surplus, cette faute est trop commuae et la fille trop légitime d'une erreur générale, pour être reprochée à un seul. L'hommu est à la fois un grand enfant et un sophiste à ce point habile qu'il se fait, de ses penchants des vertus , et de ses erreurs des maximes de moralité raffinée. Où sa lâcheté naturelle et son amour du repos rencontrent trop de travail, de difficultés et de combats, il se fait de la retraite un mérite et de l'abstention un titre de sagesse. A l'entendre, le sage doit s'éloigner du danger, fuir les intrigues, éviter la contagion du vice, les séductions de la cour et celles de la ville, enfin se retirer du monde. Mais si on se retire du monde, on ne se retire pas de soi; l'ennemi, le séducteur, le vice en un mot, on le retire du monde avec soi ; on le porte avec soi ; et qui ne sait pas le vaincre là où l'appelle son devoir, à la cour, à la ville, au parlement ou aux affaires, le retrouve partout plus fort que soi, aux champs comme au couvent de Saint-Juste. 11 n'y a que cette seule différence, c'est qu'aux champs et à Saint-Juste le vice a des formes plus raffinées, et que l'ennemi, le séducteur, y exerce un pouvoir plus déguisé, par la raison qu'il y est plus surveillé. La retraite et l'abstention ne sont jamais des vertus; ce sont des fuites mal déguisées, des refus de combat : or mieux vaut combattre, même au risque d'être vaincu, que de se sauver.
On excuse le philosophe, on applaudit l'homme religieux qui se retire des affah^es de ce monde. « Elles ne sont pas faites pour lui, il n'est pas fait pour elles. » — Est-il fait pour des chimères? — Non. — Pour les affaires de l'autre? — Oui; mais aussi pour les plus belles de celui-ci.