‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 13 sur 269 · DE MYSTICITÉ · texte numérisé non relu

DE MYSTICITÉ

bienveillance ou la charité est la vie de la foi, et que cette bienveillance qui donne la vie n'est autre chose que l'amour du prochain. ))

Singulière mysticité que celle qui fait croire au docteur imberbe, que Fessentiel de la foi est l'amour du prochain, c'est-à-dire que la rehgion n'est pas autre chose que la morale la plus simple et la plus élémentaire !

Mais écoutons encore :

(( Je ne connaissais alors d'autre doctrine que celleci : Dieu est le créateur de l'univers et son conservateur; il a doté l'homme d'intelHgence, de bonnes inclinations et d'autres dons qui naissent de ceux-là. »

Ne dirait- on pas que Rousseau avait un peu passé par là par voie d'anticipation? La suite le ferait supposer.

« A cette époque je ne savais rien de cette sorte de foi (de symbole) systématique ou dogmatique qui dit que Dieu le Père impute à qui et quand il veut, même aux impénitents, la justice ou les mérites du Fils. Et si j'avais entendu parler d'une doctrine de ce genre, elle m'aurait été totalement inintelligible. »

Cela prouve bien que si le savant évêque de Skara enseignait à ses enfants une morale issue de l'Évangile, elle était au moins très-détachée du dogme. Mais cela atteste en même temps qu'en voulant éviter certains excès du piétisme suédois et germanique du siècle, il tomba précisément dans les excès contraires. Ce que son fils vient de nous dire de sa morale religieuse, sans toutefois nommer son père, le plus libre penseur du nord de l'Allemagne, Reimarus, aurait pu le lui apprendre absolument dans les mêmes termes.

Les confidences du fils nous montrent dans quel sens il faut prendre un mot de l'évêque de Skara, souvent cité et bien mal compris. Il disait, de son enfant : a Les anges parlent par sa bouche. » Lorsque dans ces paroles de tendresse, mettons d'ivresse paternelle, on a voulu voir je ne sais quelle anticipation prophétique, quelle extatique allusion au futur commerce du fils avec les anges, on a eu trop d'esprit et on s'est trompé du tout au tout. C'est là un de ces mots d'affection qui sont très-naturels dans la bouche d'un évoque, et la tendresse maternelle la plus ordinaire va souvent plus loin : au lieu de se borner à dire les paroles de ses enfants inspirées par les anges, elle fait, par un trope plus hardi, des anges de ses enfants.

Le fils dit plus tard : « Je révélais souvent dans mes entretiens des choses qui remphssaient mes parents de surprise et leur faisaient dire quelquefois que certainement les anges parlaient par ma bouche. » Mais il n'avait, à cette époque, pas plus d'ambition que le père, et à partir de sa douzième année, le jeune Emmanuel cessa ces conférences avec les docteurs de la foi où, docteur lui-même, il prenait tant de plaisir à leur démontrer qu'elle est essentiellement l'amour du prochain. Pour expliquer les faits si étranges que nous rencontrerons bientôt, on nous affirme, dans des écrits d'ailleurs très-remarquables, qu'ils furent préparés par les influences mystiques du père et amenés par l'ardeur des études théologiques ou les élucubrations téméraires du fils. Mais il en est de celles-ci comme de celles-là : inconnues dans l'histoire , ce sont des fables sans mérite et sans attrait. Le fait est, au contraire, que le jeune

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