TRACES
religieuse^ s'explique-t-il par ces influences premières qu'on qualifie de mystiques? Nullement.
D'abord, Swedenborg n'est appelé prince des mystiques que par des gens mal instruits ou des écrivains distraits. C'est le plus grand des tbéosophes de son siècle et de tous les temps, mais il n'est pas mystique du tout. En second lieu, son père, très-simplement pieux, le fut encore moins. C'était un homme fort éclairé, ayant visité la France et l'Angleterre comme l'Allemagne et4a Hollande. Fondateur d'une imprimerie à Skara, écrivain remarquable par les conquêtes qu'il assura à sa langue nationale et par les améliorations qu'il apporta à la version suédoise des textes sacrés, il fit des cantiques purs de toute tendance d'une mysticité autre que celle qui inspire tous les chants sacrés. Orateur admiré , parlant fort contre le luxe et pour les œu- \'res de patriotisme que demandait à la nation le misérable état où les folles entreprises de Charles XII l'avaient précipité du faîte d'extraordinaires grandeurs, sa pensée essentiellement morale et suffisamment politique, ne s'inspirait de théologie que dans une juste mesure. Aussi ne se rencontre-t-il pas, dans les jeunes années du fils, de traces de mysticité imputables à l'éducation paternelle, Swedenborg dit, dans une lettre au docteur Beyer, des choses très-remarquables sur son enfance. c( De ma quatrième à ma dixième année ma pensée était sans cesse préoccupée de Dieu, du bonheur éternel et des souffrances morales (ou spirituelles) de l'homme. De ma sixième à ma douzième année mon plus grand plaisir était de m'entretenir de la foi avec des ecclésiastiques. Et je leur fis souvent cette remarque, que la