‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 139 sur 269 · L UNITÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

L UNITÉ DE DIEU

sa coutume, quitter Stockholm et se rendre à Fétranger pour les faire imprimer. Cette fois il alla avec son portefeuille chargé de manuscrits, non pas à Londres, mais à Amsterdam. L'Angleterre avait reçu de riches distributions en 1758. La Hollande devait en avoir de tout aussi riches en 1762 : il y fit paraître six ouvrages la même année. Et cela nous prouve que, même pendant la halte apparente que nous venons d'indiquer, sa plume ne chôma pas plus que sa pensée.

Quel fut l'objet de ces-nouveaux traités?

Swedenborg tenait à établir, sinon toute sa dogmatique, du moins son idée favorite, runitéde Dieu^ c'està-dire la non-trinité ; idée qu'il aborde, expose et développe sans cesse, dans toutes ses grandes pages, et qu'il ne croit jamais avoir rendue assez claire.

Pour bien caractériser le dogme de la « nouvelle Église, » et y amener les savants comme les simples ; pour prouver aux premiers qu'il ne prétendait parler à la raison qu'au nom de la science, et aux seconds, qu'il n'enseignait la foi qu'au nom des textes évangéliques, il commenta de nouvcciu des passages de l'Apocalypse , ce livre si cher aux pays du Nord, objet de tant de théories ou de rêveries sur l'avenir de l'ÉgUse, livre sur lequel le mystique Sperber avait déjà si largement assis ses prophéties descriptives de la nouvelle Jérusalem. Swedenborg, très-méthodique dans ses instructions, exposa d'abord plus complètement ce qu'il avait ébauché dans le traité du Cheval blanc, sa doctrine sur le Logos ^ ce Roi des rois, ce Seigneur des seigneurs, qui, monté sur un cheval blanc, apparut éclairant le monde, et était suivi d'une armée céleste éclairée par lui , armée

de cavaliers montés sur des chevaux blancs aussi.

Tel fut l'objet du traité de la Doctrine sur le Seigneur. Mais ce n'en fut pas l'objet unique. En effet, Swedenborg y présenta surtout le point de vue qui l'intéressait le plus directement et qui constituait son œuvre ou sa mission individuelle, la fondation de cette nouvelle Jérusalem que les mystiques et les théosophes des pays du Nord prédisaient tous depuis plusieurs générations, et dont le jugement de 1757 rendait, suivant lui, l'avènement aussi certain que nécessaire.

J'ai rappelé ce que Jane Leade , Pordage et d'autres enseignaient à ce sujet au nom de l'Apocalypse et sur les traces ou indépendamment de Jules Sperber, de Jacques Boehme et de Gichtel. Grâce à la science et au système d'interprétation de Swedenborg, le texte de l'Apocalypse se prêtait au dessein du Voyant d'une manière plus merveilleuse encore. On va le voir.

En effet, le Seigneur est ainsi décrit par saint Jean :

(( Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, et puis la ville, la sainte Jérusalem, descendant d'auprès de Dieu, par le ciel, parée comme une fiancée, ornée pour son époux; et j'entendis celui qui était sur le trône disant : Yoici, je fais toutes choses nouvelles! »

De ce grand et beau texte, écrit par saint Jean avec sa plus poétique ampleur, Swedenborg déduit à la fois la doctrine du Seigneur et la théorie qui le concerne luimême personnellement, la légitimité de la nouvelle Eglise venant succéder aux anciennes.

Il enseigne, quant au Seigneur et sur la trinité, cette nouvelle doctrine qui est sa grande affaire comme dogmatiste, et qui, suivant lui, doit mettre fin à toutes les

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objections desdéistes anglais, à cellesdesantitriuitairesdc toutes les nations — il enseigne, dis-je — qu'il y a, non pas une trinitéde personnes, mais une trinité en une personne, qui est le Seigneur Jésus-Christ, en qui demeure la plénitude de la divinité. D'où lui vient ce dogme?

S\vedenborg s'était trouvé en Angleterre et en Franco au milieu des plus vives émotions causées par les publications des libres penseurs des deux pays. Il résidait fréquemment en Hollande, où paraissaient les traductions françaises^des écrits du déisme et du naturalisme anglais dont la rigueur de nos lois ou le caprice de nos ministres ne permettait pas l'impression, mais souffrait fort bien la circulation eu France. Dans toutes ces productions, c'était le dogme de la trinité qui excitait le plus la verve du sarcasme incrédule ou du raisonnement sérieux des sceptiques. Par sa nouvelle théorie , le savant suédois voulait répondre aux plaisanteries comme à l'argumentation ; et Ton dirait bien qu'il avait plus particulièrement en vue celles que la frivolité du jeune Montesquieu n'avait pas dédaigné de semer dans les Lettres Persanes, à l'époque môme où le hbertinage de la Régence avait pris la place de « la dévotion du grand règne. » Nous n'apprécierons pas ici la doctrine que Swedenborg vint offrir en place du symbole athanasien, qui est devenu celui de l'Église; mais quant à la Doctrine sur le Seigneur^ il faut rendre justice à la pureté de ses motifs. Quelque jugement qu'on porte d'ailleurs sur la convenance qu'il pouvait y avoir à fonder, sur un texte de TApocalypse, la théorie de l'avènement d'une nouvelle Éghse, on doit rendre justice aussi aux moyens tout pacifiques qu'il employa

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