LES VISITES
part , sur ses facultés, ses études et son instruction ; sur ses préventions de nationalité , de religion et d'éducation; sur ses sentiments, ses mœurs et ses passions; — j'ai pris là, dis-je, sur tout cela, des idées que ne m'avaient pas données ses autres ouvrages. Qui veut lire ceux-ci, s'en facilitera donc l'étude approfondie d'une façon merveilleuse en lisant d'abord le Journal. Car ce journal est naïf, malgré les hardiesses et les témérités de l'imagination; riche, malgré le retour perpétuel des mêmes questions; varié, malgré les étonnantes répétitions des mêmes enseignements.
En effet, quoique certains sujets reviennent sans cesse, le monde de Swedenborg est si vaste qu'il n'est rien que son esprit n'aborde, et cet homme qui met sa pensée à la place de tout ce qui est reçu dans la chrétienté depuis dix-huit siècles, sait tout traiter avec intérêt. Cette universelle érudition qu'il possède seul de son temps , et cette inépuisable fécondité d'idées qu'on admirerait beaucoup plus s'il se répétait moins, ne lui font jamais défaut; ses répétitions elles-mêmes attestent plutôt l'importance qu'il attache à ses idées et à son sens, que la pénurie de sa pensée. Du moins Swedenborg aurait toujours du neuf à noter, s'il le voulait ; s'il ne s'obstinait pas à revenir sans cesse sur ce qui a pu n'être pas assez net ni assez complet jusque-là.
J'ai dit qu'il a tous les habitants des cieux et des enfers à visiter et toutes les nations de la terre à étudier et à décrire. En effet, il visite sans cesse des multitudes d'esprits et d'anges ; ceux de tous les rangs et de tous les ordres viennent pour le visiter : il lui en arrive de mauvais comme de bons, de frivoles et de moqueurs.