CHAPITRE
La phase littéraire. — L'université d'Upsal. — Le grade de docteur en philosophie. — Le séjour aux universités d'Oxford, d'Utrecht, de Paris et de Greifswald. — Les premiers écrits.
De famille épiscopale, le jeune étudiant se trouva encore comme en famille à Upsal, ville très-ecclésiastique, consacrée à la religion par le polythéisme luimême. Cet antique sanctuaire d'Odin avait le privilège de couronner la royauté , et éclipsant alors la capitale du pays par la force de ses études, par l'éclat de son université fondée dès 1476 par Stenon Sture l'aîné et plus tard enrichie d'une belle bibhothèque, Upsal était un séjour très-ambitionné par le pieux et ardent Emmanuel. Selon les fausses idées qu'on se fait d'ordinaire des prédilections de sa jeunesse, rien n'eût été plus naturel de sa part que de s'y destiner à l'ÉgUse. La position de son père et la bienveillance du roi assuraient à sa piété, si elle était un peu ambitieuse, de rapides satisfactions. Il n'y songea pas un seul instant, pas plus que son père, et ce n'est pas dans le léger bégayement du brillant élève, c'est bien dans ses antipathies pour les
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dogmes prédominants de l'Église et dans ses goûts pom* les lettres et pour les sciences qu'il faut chercher la raison des études exclusives qu'il consacra aux unes et aux autres. Et telle fut son ardeur, son application encore indistincte aux sciences exactes et aux lettres profanes, qu'on ne saurait dire si ses véritables préférences étaient du côté des premières ou du côté des secondes. Ce fait, pour mon compte, me surprend peu. Collègue et ami de l'illustre Ampère, je l'ai \u cultiver avec enthousiasme la poésie latine et la philosophie au miheu de ses plus brillantes découvertes en chimie. Je ne suivrai pas le jeune étudiant dans ces années, ingrates pour le biographe, où le futur savant, uniquement occupé à recevoir, se flatte encore de tout embrasser, et s'affaibUt en se partageant au lieu de se fortifier en se concentrant. Je passe sur ces années, en remarquant que vers la fin de son séjour à Upsal Emmanuel penchait vers les lettres. Son père avait professé dans cette ville la théologie. Il y avait occupé la chaire évangéUque en qualité de prévôt du Dôme (de la cathédrale). Il y avait laissé la réputation d'un bon orateur et d'un habile écrivain. Le fils, qui n'aimait pas la théologie ni les théologiens, n'avait aucune envie de marcher sur ces traces. Mais il aimait ce qui l'en rapprochait le plus, les études morales, surtout la philosophie rehgieuse; et, possédant fort bien les langues classiques, il prit pour sujet de sa thèse de docteur en philosophie ou es -lettres les Sentences de Sénèque (L. A.) et de Publius Syrus le Mime, qu'il recueiUit en vrai érudit, avec les notes d'Érasme et la traduction grecque de Scaliger. Cette thèse a été publiée par