LES OMISSIONS
ment, elles sont sévères : sévères pour les chefs de toutes les communions chrétiennes, et pour les évéques de Suède et d'Angleterre comme pour les chefs de Rome; sévères pour tous les réformateurs de cultes sans exception ; sévères pour les petites fractions chrétiennes comme pour les grandes; pour les frères moraves, les wesleyens et les quakers, comme pour les catholiques, les réformés, les juifs et les mahométans.
Ce qui surprend, c'est que jamais, dans ces questions de doctrine, le principe de la liberté de conscience, la grande question des libres penseurs du siècle, ne se trouve abordé. Ce n'est pas que Swedenborg ne considère aussi la foi au point de vue social, nous avons vu le contraire au sujet de la prospérité de la Hollande; mais c'est que, dans sa polémique religieuse, il reste toujours dans la théorie. Dès qu'il est dogmatiste, iln'y a que la question de la vérité ou de l'erreur qu'il envisage. De tout le reste, il fait complètement abstraction. Cela est si vrai que le fils de l'ancien évéque de Skara, Toncle de deux évêques très-éminents, l'ami de tant d'autres, discute les croyances des pays qu'il habite, celles de Suède, de Hollande et d'Angleterre, comme si tout ce qu'on appelle lois et institutions. Église ou Consistoire, n'avait jamais existé. Est-ce parla raison que tout cela a été condamné par le jugement dernier en 17.j7, ou par la raison que l'erreur n'a aucun droit d'existence à ses yeux? Il ne le dit pas dans son Journal', et s'il ne s'explique pas à ce sujet, c'est qu'à l'époque où il rédigeait, il ne rencontrait aucun contradicteur pubHc.
En général, les considérations humaines sont si peu de chose pour lui que, devant les exigences de la vérité,
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il fait abstraction du rang des personnages dont il parle, comme le prouvent ses notes sur la reine Christine, les rois Gustave- Adolphe, Charles XI, Charles XII.
Il fait aussi abstraction de ses sentiments les plus chers, de son sincère patriotisme, de ses attachements les plus vifs et les plus dévoués. Ainsi il dépeint sa nation telle qu'il la voit , avec une fidélité qui a du le désoler. Après s'y être apphqué en toute conscience, il dit : (( En résumé, la nation suédoise est pire que d'autres; c'est la pire de celles d'Europe, le peuple de Russie et celui d'Italie exceptés : car ils ne disent pas ce qu'ils pensent. » (N°S048). Bien entendu, toutefois, qu'il ne s'agit pas des Suédois qui sont encore de ce monde, mais de ceux qui sont déjà de l'autre qu'il a visités.
Il rapporte aussi avec la même douleur, je pense, mais avec la même franchise, l'état où il a vu dans ces régions son ancien patron et ami Polheim, le père de la belle Émérance. Ce savant ingénieur, qui était devenu l'auteur de sa fortune en le présentant au roi ^Charles XII et qui l'aimait comme un père aime son fds, Polheim, avec qui il avait causé pendant qu'on l'enterrait et qui s'étonnait qu'on l'enterrât, se croyant vivant, Polheim n'est plus dans l'autre monde qu'un savant égaré. « Comme il a beaucoup réfléchi dans sa vie, mais uniquement aux choses mécaniques et physiques, il est resté le même après sa mort. Il a fait de là des applications d'apparences et de visions , il s'est fait habile magicien ! »
On dirait a des ombres de laquais qui, avec des ombres de brosses, frottent des ombres de carrosses. »
Ce n'est pas tout encore. — « Il s'est lié avec les-so-
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ciétés du ciel infime, et il a fini par être jeté dans un ténébreux enfer où il est délivré (ou privé?) de cette méditation. » (N°6071.)
Swedenborg, par fidélité, met des traits quil'affligent jusque dans les tableaux d'ailleurs les plus réjouissants pour son cœur, témoin sa vision du mariage céleste d'Ulrique Éléonore, la reine qu'il a tant honorée dans sa vie, et qui lui a conféré des honneurs si éminents. Dans ce monde elle avait été mariée au prince Frédéric de IJolstein, en favenr de qui il abdiqua la couronne au bout d'un règne fort court. C'était une union heureuse, mais une de ces alliances de princes que forme la seule politique. Frédéric, esprit voluptueux, ne pouvait être l'époux céleste de la reine ; une autre union était écrite dans le ciel pour cette pieuse princesse, et Swedenborg nous rapporte son mariage vrai dans cette vision :
« Jour du lo août 1761 . Au matin a paru un char élégant dans lequel se tenait un homme vêtu avec magnificence ; et bientôt aussi une jeune fille de l'aspect d'une servante, de visage commun, tenant du fil à la main. C'était la reine Ulrique Éléonore queje voyais dans cet état. »
Etait-ce là pour la reine la fin d'une expiation , la fin d'une épreuve? L'auteur ne le dit pas; il continue en ces mots :
« Je ne savais alors, au premier moment, ni d'où elle venait , ni qui elle était. Quand passa le char , l'homme qui y était l'appela et l'invita à monter auprès de lui. Elle eut quelque peine à s'y décider, mais pressée, efie le fit enfin; elle n'avait aucune antipathie pour ce prétendant, et si elle hésitait, c'était en princesse et en femme modeste. »