LES DIVERS ÉTATS
Il m' a été montré jmr de vives expériences. Mais ce que je signale surtout, c'est que parfois il dit très-expressément qu'il a vu pendant le sommeil^ ou en sonrje^ ou entre ï état de veille et le sommeil ^ ou à l'état de \q\\\q. Quelquefois il a des expressions d'un rare laisser-aller, celle-ci par exemple : Je flânais en songe par une certaine cité ( celle de Londres ) ; ou, je fus conduit en une ville à l'état de veille (encore Londres). Et notez qu'il ne fait, dans ce qu'il rapporte de ces excursions, aucune différence au point de vue de la crédibilité. Telle est sa confiance dans sa situation toute privilégiée, qu'en apparence il attribue absolument la môme valeur à ce qu'il voit ou entend dans ces états si divers. Il donne même des rêves comme chacun en a, des songes bizarres et incohérents, des visions où les diverses phases d'un fait se succèdent comme dans les fantaisies dépourvues de toute précision et de toute logique, sans nous avertir de la légère valeur qu'ils ont à ses yeux.
Or tout cela éclatant sous des formes beaucoup plus éloquentes, j'allais dire plus indiscrètes dans le Journal même, où cela se répète sans cesse, me semble jeter sur les dispositions d'esprit habituelles de Swedenborg un jour, sinon très-nouveau, du moins très-nécessaire à une conception nouvelle et plus vraie que l'ancienne. Il me semble en résulter avec une sorte d'évidence, que l'organisme de cet homme extraordinaire deviendrait peut-être très-explicable, si notre psychologie anomale sortait un jour de son enfance. Jusque-là cet homme est tout à fait exceptionnel ; mais en ce sens seulement que ce qui apparaît ailleurs en partie, rarement et extraordinairement, est chez lui si constant, si ferme et si or-
l'hallucination. 233
dinaire qu'il faut y regarder de près avant de le classer. Pour ce qui est de Thallucination ou de l'aliénation, tout dans sa riche et didactique pensée est du moins à ce point éloigné de tous les états de l'âme qui impliquent l'idée d'un dérangement ou d'un bouleversement des fonctions normales, que c'est insulter à l'histoire de l'humanité que de jeter ces vilains mots sur une telle vie.