‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 155 sur 269 · KT LES QUESTIONS · texte numérisé non relu

KT LES QUESTIONS

lumière intérieure plutôt que la lettre qu'il a sous les yeux. Les secondes, les questions de philosophie, il les prend volontiers au point de vue de la psychologie. Celle de ces questions qu'il traite le mieux, c'est celle qui embrasse toutes les autres, c'est le vaste sujet des idées. Jl le reprend sans cesse en sous-œuvre, et il ne le quitte jamais sans y répandre quelque nouveau jour, mais il prend toujours ce mot dans les acceptions qui lui conviennent sans les définir jamais. En général, en matière de philosophie religieuse, on regrette chez lui l'ignorance apparente des textes de Malebranche , de Bossuet et de Fénelon , et je crois réellement que Swedenborg a peu consulté ces textes. Pour ce qui est de ceux de Descartes, de Locke et de Leibnitz, on les voit partout apparaître, en ce sens que partout il les imite, les redresse et les complète, mais plus encore sur les hautes questions du gouvernement de F univers et de la théodicée que sur celle des idées, des sentiments et des passions. Aristote et Cicéron, Leibnitz et 'N\"olf, qu'il voit dans l'autre monde, ou qui viennent le voir dans celuici, prêtent eux-mêmes l'autorité de leurs nouvelles convictions à la réfutation de leurs anciennes erreurs en théodicée, comme les saints et les saintes qui viennent le visiter prêtent la leur à la réfutation de leurs anciens torts en ascétisme.

S'il est une lacune qui se fasse trop sentir dans le Journal de l'illustre Suédois , c'est peut-être celle des luttes, des émotions et des nouveautés du jour. Le contemporain de Voltaire, de Montesquieu et de Rousseau, de Hume et de Kant, ne répond pas plus au scepticisme philosophique des uns qu'au scepticisme religieux des

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autres. Rien de plus triste que la polémique ; on peut s'en détourner avec dégoût; mais ne le faisons jamais avec dédain. Dans tous les siècles, la polémique , c'est la vie du jour. C'en est le feu et le tourment. Allez donc à ce soleil, le chapeau sur la tête; mais, pour l'éviter, ne fuyez pas dans une caverne. L'art de la vie le meilleur est celui de vivre avec ses ennemis. On peut trouver la paix et le loisir de publier beaucoup de bonnes choses en faisant abstraction de ce que pensent etdisent tous les autres ; Swedenborg en est la preuve ; mais en s'en privant, on s'affaiblit. On est plus malheureux encore : on s'engoue de soi-même; on abonde en son sens. Jamais on ne se passe impunément du plus grand de tous les leviers de la pensée, de l'excitation née de la contradiction. Ajoutons que, si ce sont nos ennemis qui nous aident le plus dans notre perfectionnement moral , ce sont aussi nos adversaires qui nous avancent le plus dans notre éducation spéculative. En vertu de son illumination intérieure, Swedenborg se dispensait de lire et s'interdisait systématiquement l'étude des plus grands écrivains que lui recommandaient ses amis ; aussi est-il évident que là est la raison de la plus regrettable lacune que nous offre le plus curieux des documents sur sa personne. Mais, plutôt que de regretter ce qui peut y faire défaut, achevons-en l'étude en y remarquant ce qui, à nos yeux, en caractérise le mieux l'importance, c'està-dire les indications qu'il fournit sur la véritable situation de son esprit, cette intelligence si extraordinaire, et par conséquent sur le prix réel qu'il attache luimême à ses visions. Rien ne montre mieux celui qu'il faut y attacher.

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D'abord, n'y cherchons pas ce qui ne peut pas s'y trouver : des révélations.

De toutes les erreurs sur son compte celle qu'il repousse avec le plus d'énergie, c'est Tambition qu'on lui prétait de vouloir offrir des révélations proprement dites. Deux révélations existent, l'ancienne et la nouvelle. Swedenborg n'est pas chargé d'en offrir une troisième. « Toute sa mission se borne à expliquer les deux premières, dont le sens intime, spirituel ou céleste, est demeuré caché jusqu'à lui. Ce qu'il voit ou entend en vertu de la grâce qui lui a ouvert les yeux de son esprit comme les cieux et les enfers, le met en état de rempHr sa mission, mais n'a jamais le caractère de la révélation : ce sont des paroles ou des perceptions qui éclairent et confirment ce qui est dans les textes sacrés, mais ne révèlent rien qui n'y soit pas. Aucune de ses visions ni de ses extases , il ne les assimile à celles des prophètes ou des apôtres ; et ce qu'on appelle son inspiration est chose tout autre, à ce point limitée, qu'il n'a pas le droit d'écrire de son fonds une seule page de doctrine; qu'il doit tout déduire des textes donnés. » Le Journal^ d'ordinaire , ne dit pas si ce qu'il contient est le résultat d'une illumination intérieure ou d'une réflexion propre à Fauteur, d'une vision, d'un entretien avec les esprits, ou d'une conférence avec les anges, ce qui est très-différent. Quelquefois il dit tout simplement, ilm'a été montré^ ou bien il a paru(yisum est)^ ou il a été aperçu ^ sans préciser si c'est par une dispensation, un moyen extraordinaire ou par les seuls moyens de son intelligence. Ce vague s'attache même à des paroles qu'il veut rendre un peu plus précises, comme celles-ci :

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