DE L APOCALYPSE. 2Ï
Ce n'était pas là ce que voulait Swedenborg, qui mettait au contraire des dogmes eu place d'autres dogmes. Mais c'est pour cela même que son siècle, ou du moins Tesprit du dix-huitième siècle, ne pouvait aller à lui.
Ceux qui repoussaient le rationalisme du jour et tenaient pour la doctrine biblique, ne pouvaient légitimement accepter ce qu'il offrait au nom du sens spirituel.
Qu'on en juge par un frappant exemple, facile à saisir pour toute espèce de lecteur.
Chacun connaît le chapitre YI de TApocalypse, et s"il est quelqu'un qui ne le connaisse pas, qu'il se laisse entraîner à le lire pour nous suivre. Il expose la vision des sept sceaux, qui cachent les plus grands mystères de la destinée chrétienne. Rompus successivement, ils dévoilent chacun une partie de ces mystères. Saint Jean, dans ce langage qui fait de la Bible un monument de littérature que les indifférents admirent souvent comme les croyants eux-mêmes, dit, lorsque le Christ (l'agneau) eut ouvert le sixième sceau :
«Et je vis qu'il se fit un grand tremblement de terre; le soleil devint noir comme un sac de crin; la lune parut tout en sang et les étoiles tombèrent sur la terre comme les firjues vertes tombent d'un fifjider que vient agiter une tempête. Le ciel se retira comme un volume qu'on roule ; les montagnes et les îles furent transportées de leur place, et les rois de la terre, les grands du monde, se cachèrent dans les rochers des montagnes. »
Yoici maintenant la paraphrase que Swedenborg, interprète spirituel, meta la place de cette grande scène:
« Et j'eus une perception, lorsque le Seigneur eut manifesté l'état suivant de son Église , et voici : Il se fit un
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changement total dans l'Église, et tout le bien qui naît de l'amour fut \icié, littéralement adultéré, et tout le vrai qui donne la foi fut falsifié. Toutes les connaissances du Bien et du Yrai furent détruites par les raisonnements de l'homme purement naturel. Et il y eut séparation d'avec le ciel et union avec l'enfer; et tout le bien de l'amour et tout le vrai de la foi furent enlevés. Ceux qui, avant la séparation, possédaient l'intelligence du Bien et du Yrai, les connaissances qui en dérivent et la science qui vient de la mémoire et du jugement, sans y conformer leur vie, se précipitèrent dans le mal et dans le faux qui en résulte. »
Celaest ingénieux, savant et pieux; respectons-le. Mais est-ce de saint Jean? Saint Jean peint un événement physique : le monde brisé et ses morceaux lancés aux vents comme les feuilles d'un figuier; les cieux roulés comme la toile d'un pavillon. Et certes, cette scène si magnifique, ce jugement de Dieu si terrible, a sa moralité. Elle n'est dépeinte avec tant d'énergie que pour sa moralité; mais cette morahté est-elle, dans la pensée de saint Jean , ce qu'elle paraît sous la plume de Swedenborg? L'œuvre d'un apôtre ne devient-elle pas ici l'œuvre d'un savant, et d'un savant du Nord?