TROIS INTERPRÈTES
sif à Jacques Bœhme, dont la Philosophie de la nature est aussi profonde qu'elle est obscure, professent une indifférence absolue pour .'es vues apocalyptiques du célèbre Voyant. Lavater, Young-StiUing et Oberhn euxmêmes, si respectueux pour Swedenborg, mais plus respectueux encore pour le sens direct des saintes Écritures, se sont séparés et tenus éloignés de lui dans leurs doctrines sur celles-ci. Le premier le quitte dans ses (( Yues sur l'avenir. » — Les Scènes du monde spirituel du second, loin d'avoir la prétention de donner des faits, présentent tout simplement, mais avec un art infini et une exquise piété, de sublimes fictions, entremêlées de sublimes entretiens. — Oberlin, plus sage encore que l'un et l'autre, gardait pour lui et quelques intimes ses vues apocalyptiques et les feuillets imprimés et enluminés où il s'en rendait compte.
Le dix-huitième siècle, si agressif pour la Bible et si choqué d'un grand nombre de ses textes, aurait vu sans doute avec plaisir la substitution d'un sens spirituel au sens httéral ; mais ce qu'il voulait surtout, écrasé par une pensée dont la grandeur et la force lui échappaient ou blessé dans ses délicatesses fardées de vice par les naïvetés et les hardiesses du langage, c'était une substitution qui mît tout simplement le naturel en place du surnaturel. Ce qui distinguait les penseurs du siècle de la foule des critiques vulgaires, c'est qu'ils demandaient une interprétation nouvelle qui vînt mettre la morale en place du dogme et le raisonnement en place de l'autorité. C'était du moins ce que désirait Kant, en proposant aux facultés de théologie , lui le professeur de philosophie, son fameux système d'interprétation morale.