UN ARCHEVÊQUE
Beyer, qu'il lui adresse « huit exemplaires de son livre, dont deux reliés et six en feuilles , à répartir entre lu' , l'évêque, le doyen, le maire, le docteur Rosen, M. Patterson, la Bibliothèque, et les amis par voie de circulation, y) Illui recommande, en même temps, de lire avant tout les Mémorables ou les récits de ses visions , où se trouve dépeint « l'état misérable dans lequel sont tombées les Éghses réformées. »
Huit jours après, seconde lettre, où il insiste de nouveau sur ce dernier point et prévoit qu'il sera nécessaire, au sein de l'orage qui va éclater, que son nouveau disciple soit armé de toutes pièces pour le combat.
Il écrit en même temps au grand dignitaire ecclésiastique de Suède, à l'archevêque d'Upsal, une lettre qu'on a prise pour un document sur la pensée religieuse de ce dernier. On a dit, en effet, que Menander avait adopté tacitement les opinions de Swedenborg. Mais la fidélité à la foi de l'Eglise qu'on sert étant le plus saint de tous les devoirs, et le ministre des autels qui trahit les siens pour conserver ses bénéfices, devenant le plus lâche des hypocrites, l'intérêt de l'Église suédoise et celui de la nouvelle Jérusalem doivent se prêter la main pour ôter cette tache de la mémoire de l'honnête Menander. La seconde serait plus honteuse encore, de s'adjuger, non pas un simple transfuge, mais un traître mitre, que la première d'en compter un parmi ses chefs. Car l'archevêque d'Upsal était le chef de toute l'Église de Suède. Or, entre elle et Swedenborg, il ne s'agissait pas de nuances , il s'agissait d'une opposition radicale sur tous les dogmes essentiels.
Dans sa lettre à l'archevêque , Swedenborg énumère
SWEDENBOBGIEN. 2oi
sept faussetés fondamentales de la foi du jour, c'est-àdire de celle de l'Église de Suède. Il les qualifie luimême d'erreurs capitales, et ajoute qu'il en est encore une infinité d'autres qu'il passe sous silence pour le moment. Or en cela il a raison, car si ce qu'il dit est fondé, il y en a assez pour justifier sa conclusion, c'est-à-dire, que la foi qui reste à l'Église n'est plus qu'une toile d'araignée.
Mais conçoit-on un archevêque de Suède, un chef d'une ÉgUse à fortes convictions, à convictions très-exclusives, les déposant toutes en continuant à les simuler toutes, elles maintenant toutes avec vigilance parmi les évêques ou les ministres qu'il dirige, lui seul excepté, et conservant néanmoins la confiance générale des consistoires, du roi et du pays? — Non, assurément. L'induction susdite sur Menander n'est donc pas admissible.
Mais alors, pourquoi a-t-il accepté une lettre aussi libre de la part de Swedenborg? Pourquoi en a-t-il protégé par le silence de l'amitié les téméraires confidences? Pourquoi les a-t-il encouragées? Car des encouragements quelconques ont du les précéder, dit-on.
Mais, à ce titre, l'Académie de Stockholm aurait encouragé aussi la lettre non moins confiante sur les hiéroglyphes? Et son silence attesterait aussi qu'elle était secrètement d'accord avec l'auteur.
J'ai blâmé le silence de l'Académie; je blâme celui de l'archevêque; mais, de même que j'ai signalé dans la lettre de Swedenborg à l'Académie trois mots qui nous expliquent le silence de celle-ci, j'en signalerai dans la lettre à Menander trois autres qui me semblent exphquer fort bien le silence de l'archevêque, s'il y a eu silence,