ENVOIS D*OUVRAGES
« J'ai tout à l'heure terminé l'explication des révélations de saint Jean, y dit l'auteur.
« Je l'ai adressée à toutes les universités de Hollande, d'Allemagne, de France et d'Angleterre. »
Signalons le fait, l'envoi à toutes les universités de ces quatre pays; et exprimons le regret d'avoir à ignorer- l'accueil qu'un tel envoi a pu recevoir auprès de tous ces corps.
a Je vais envoyer soixante-dix exemplaires à Stockholm, dont Votre Honneur voudra bien prendre dix, afin d'en donner cinq aux sénateurs Hopken et Scheffer, au conseiller de commerce Nordencrantz, et aux évêques Menander et Sevening. Yous voudrez bien distribuer les cinq autres à vos amis.
c( Je désire que les soixante qui restent soient gardés pour mon retour à Stockholm, comptant les distribuer entre les académies, les bibUothèques et les membres du clergé de Suède appelés à des postes au-dessus de l'ordinaire.
ce J'en destine quatre à la cour, le reste aux universités et aux séminaires de l'étranger. »
Remarquons le mot séminaires^ qui nous apprend que Swedenborg n'apportait dans ces sortes de distributions aucune distinction de culte ni de nationalité; en effet ce mot n'était pas reçu dans les pays protestants.
Cette lettre est bien de la mérne date que la précédente; témoin ce post-scriptum : «Je compte partir pour Londres la semaine prochaine. »
Il n'y manqua pas. Rien n'était mieux fixé ni mieux observé que l'emploi de son temps. Il devait passer dix semaines en Angleterre, où il s'attendait, dit-il, à trou-
l'épiscopat anglais. 255
ver quelque trouble. 11 avait, pour le penser, les meilleures raisons du monde. Ayant fortement désh/né (c'est son mot) les éveques anglais dans ses susdits Mémorables, il prévoyait bien qu'il était impossible qu'un corps qui veillait au maintien de la doctrine avec tant de soin, gardât le silence; mais alors pourquoi Fattaquer? — C'est qu'il avait reconnu de son côté, ce qu'il lui était impossible de garder le silence à l'égard de l'épiscopat anglais. »
Il parait néanmoins que, pour le moment, ses craintes étaient encore exagérées. En effet, il ne trouva pas immédiatement de grandes difficultés à Londres. Mais elles ne lui manquèrent pas toujours; il en emporta le pressentiment en partant au bout des dix semaines.
Son ami, M. Springer, consul de Suède à Londres , voulant le voir s'embarquer pour Stockholm, le conduisit au port la veille du jour fixé pour le départ, passa la nuit près de lui, et fut a témoin auriculaire d'une scène d'extase et d'entretien qu'il eut avec les esprits. » Il assista à son approvisionnement en café, son aliment favori, et l'entendit dire au capitaine, que le trajet ne serait pas long; que dès le 8 à deux heures ils entreraient dans le port de Stockholm.
Springer nous donne à cette occasion le régime ordinaire de son illustre ami : du café au lait, du pain avec du beurre; de temps à autre un peu de poisson, trèsrarement de la viande, et toujours peu de vin. Dans l'après-midi il prenait du thé, mais il ne soupait point. A d'autres époques il se nourrissait d'amandes et de raisins secs. — Est-ce là le secret de cette prodigieuse capacité de travail qui étonne dans la vie du Voyant?