‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 178 sur 269 · NOUVEAUX · texte numérisé non relu

NOUVEAUX

rant pour ce qui pouvait lui déplaire dans une lettre, il ne paraît pas avoir répondu à celles des deux philosophes allemands. Il ne se laissa pas même attirer, pendant les premières années de ses rapports avec Oetinger dans ce pays de AVurtemberg, jadis et plus tard encore une des terres classiques du merveilleux, une de celles que les habitants de l'autre monde visitaient le plus, et d'où l'on s'élançait le plus aisément, naguère encore, dans les régions les plus mystérieuses.

Quant à la Suède et au Danemarck, il ne fallait pas y songer pour les publications projetées.

La France, que le Voyant avait déjà deux fois visitée et où les hommes les plus extraordinaires devaient obtenir les plus étonnants succès sur la fin du siècle , la France le tenta davantage. Sans avoir rien de commun ni dans son but ni dans ses moyens avec les Mesmer , les Saint-Germain ou les Cagliostro, qu'un accueil plein d'entrauiement y attendait, il résolut de s'y rendre. Je ne pense pas qu'il y eut des correspondances ni qu'il fut bien renseigné sur ce qui s'y passait au moment où il y alla. Il ignorait qu'en ce moment même Martinez de Pasquahs et son élève Claude Saint-Martin y faisaient leur première apparition. Il l'aurait su , que la perspective de les rencontrer ne l'aurait pas ému. Il ne les eut ni recherchés ni bien accueilhs , s'ils le recherchaient. Rien ne les rapprochait de ses desseins, et les leurs, leurs moyens du moins, n'avaient pas son approbation. Il voyait si facilement les esprits et les anges qu'il n'avait nul besoin de les évoquer par toutes ces cérémonies qui ennuyaient Saint-Martin lui-même; et ses doctrines étaient si différentes des leurs, dans tous les points

270 l'amour

essentiels, qu'entre eux aucune entente n'était possible. L'opinion vulgaire les confond volontiers et les met dans la même classe : il n'y a rien de plus erroné.

Swedenborg connaissait mieux le goût et les mœurs de la France que ses doctrines philosophiques ou ses tendances spirituelles, peu prononcées à cette époque et très-étroites en apparence. Mais il connaissait par suite de ses voyages antérieurs les susceptibilités de la langue française et, vu les titres de ses traités, il destina à la Hollande les deux premiers et à la France le troisième. C'était parfaitement entendre les choses. Les Délices de ramour conjugal^ décrites par un auteur à l'âge de quatre-vingts ans, n'avaient rien qui pût choquer le lecteur le plus scrupuleux; loin de là; toutefois , il n'eût pas été sage d'en risquer l'impression en France, ni prudent d'en demander l'autorisation à notre administration. En Hollande même, ce traité ne fut pas très-bien apprécié, et sans nul doute son titre seul en empêcha un peu le bon accueil.

Il en eût été de même en France pour la Nouvelle Doctrine. On eût peut-être trouvé à Paris un imprimeur, sur la vue de ce titre, mais on n'y eût pas obtenu une permission, tandis qu'un ouvrage intitulé L«rrâr?e religion chrétienne ne pouvait y déplaire, au moins de prime abord et par sa seule étiquette.

Le plan de Swedenborg était donc fort bien entendu. Il se rendit à Amsterdam en 1768, pour y faire imprimer ce qui pouvait paraître là plus convenablement qu'à Londres et à Paris, \ Amour conjugal et la Nouvelle Doctrine. Le premier de ces deux ouvrages y parut dès le mois d'août ou de septembre, en deux volumes, l'un con-

Page 1