‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 186 sur 269 · DE CUNO · texte numérisé non relu

DE CUNO

comme on en souffre. Mais ces contradictions, qui ne naissent que de l'exagération que chérissent les uns, et de la généralisation de certains faits à laquelle se liyrent les autres, se rencontrent partout. Toutefois il est rare qu'on constate, comme le fait Cuno au sujet' de Swedenborg, l'apparition de nouvelles dents qui auraient poussé à un \ieillard de quatre-vingt et un ans.

Et pourtant Cuno n'est ni léger, ni enthousiaste. Il a lu les écrits de son ami ; il en a fait des extraits ; il les analyse les uns après les autres, ici avec une piquante moquerie, ailleurs avec une véritable colère, surtout quand il s'agit des épîtres de saint Paul, de saint Pierre et de saint Jacques, « que Swedenborg rejette du canon, parce que ce qu'ils ont écrit contre lui est trop puissant. » Swedenborg en a souvent entretenu Cuno, qui le critique vivement, mêlant le sel des railleries à l'autorité des textes , mais toujours heureux de relever et de faire briller l'or qu'il y rencontre, tout en se trompant parfois faute de bien s'être pénétré de la terminologie propre à l'auteur.

L'impartialité, ou du moins l'amour de la vérité, est en effet si pur chez Cuno , que tout en réfutant Swedenborg avec vivacité, il rapporte ce qui l'honore. Quelqu'un ayant raconté, d'après les journaux, le dernier supplice que le roi de Portugal aurait fait subir à l'évêque de Coïmbra, le Visionnaire répondit vivement. Que c'était une erreur et qu'il venait de parler de l'évêque avec le pape récemment décédé. Puis, il fit comprendre à ceux qui avaient répandu la nouvelle de Coïmbra, que la saine raison seule eût suffi pour en sentir l'absurdité. c( On ne procède pas de cette façon-là, dit-il, avec un

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évêque. » Et quelques jours après, dit Cuno, les journaux rétractèrent leur fausse nouvelle.

On voit par les piquants détails de Cuno , que Swedenborg , tout en écrivant et en imprimant beaucoup , ne se dérobait pas à la société. Il n'oubliait pas même le grand monde. Il entretenait correspondance avec les ambassadeurs de Suède et de France à la Haye. La princesse d'Orange devant accoucher , il se rendit à la cour pour y présenter ses félicitations, et porter à la reine, à son retour en Suède, des nouvelles directes de la princesse et de son enfant. Cuno a d'autant plus de plaisir à conter ce fait, que la calomnie avait répandu une mauvaise anecdote sur son ami. Sur la fausse nouvelle de la mort de Yoltaire, Swedenborg aurait, disait-on, donné à la cour de la Haye, sur l'état digne de pitié Où l'illustre philosophe se serait trouvé dans l'autre monde, des détails qui auraient d'abord vivement touché, puis excité l'indignation quand la fausse nouvelle fut tombée. — Swedenborg lui-même rit beaucoup de l'anecdote, ajoute le narrateur, ce De six mois, dit-il, je n'ai pas même songé à Yoltaire tout entier [tout grand qu'il est]. »

Cuno admet donc, mais ne s'explique pas, le don des perceptions extraordinaires que possède Swedenborg. Et cependant il n'admet pas qu'il ait joui de facultés surnaturelles ; il ne croit pas à ses entrevues avec les anges, et ne trouve aucune explication satisfaisante pour les connaissances exceptionnelles qu'il lui attribue ; car il revendique une grande science à son ami. Yoici en dernière analyse comment il formule son opinion sur lui :

« Pour mon compte, je ne puis m'empêcher de considérer notre Yoyant comme un homme honnête et pieux

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