‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 191 sur 269 · LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

LA TEMPÊTE

Beyer lui avait parlé de certaines visions d'un jeune homme qu'on se racontait dans tous les cercles pieux. Il n'en fait aucun cas. « Quant aux visions dont vous me parlez, lui dit Swedenborg, ce ne sont que des visions fantastiques. »

A cette époque , c'était vers le lo mars, il comptait encore partir pour Paris au bout d'un mois. Mais ce départ fut différé de plus de onze semaines. J'ai dit tout à l'heure à quoi il était occupé en Hollande. 11 avait, d'ailleurs, à se défendre ; et il écrivait, non plus à des étrangers qui le harcelaient, à un savant d'Allemagne ou à un ami d'Amsterdam, mais au clergé de son pays.

Le moment le plus grave de sa vie d'apôtre était venu : non-seulement on le discutait enfin, mais ou l'accusait. Nous Ten félicitons. Ses amis s'en irritèrent et crièrent à la persécution. Mais en cela quelle idée se faisaient-ils de l'humanité et surtout de l'Église? La première pouvait-elle ne pas demander les raisons de l'innovation ; la seconde, ne pas arrêter le novateur ? Toutes deux devaient-elles garder le silence? Le clergé pouvait-il se croiser les bras en voyant un novice en théologie et un ancien naturahste se dire docteur illuminé et démolir pièce à pièce Tédifice tout entier de doctrines et d'institutions religieuses qu'on croyait la gloire et le salut du monde , puisque c'était la sainte vérité apportée aux hommes par le Fils éternel de Dieu et par ses immortels apôtres ?

J'ajouterai, quelle idée se fait-on de Swedenborg lui-même quand on s'émeut en son nom et en sa faveur des tempêtes qu'il souleva tout à coup ? Tant d'écrits si pleins de nouveautés , de faits étranges et

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d'enseignements blessants pour tout le monde, trèsremarquables sans doute, mais tous exposés sous des formes toujours agressives, parfois même railleuses, ne méritaient-ils pas la discussion et pouvaient-ils ne pas provoquer les plus vives hostilités? Quoi! un théosophe du Wurtemberg et un homme lettré d'Amsterdam, amis tous les deux de Swedenborg, l'un son traducteur, l'autre un de ses lecteurs les plus fidèles , se seraient révoltés contre ses étranges prétentions, et les théologiens de Suède auraient dû demeurer bouche close à la vue de ces radicales attaques qui renversaient leur ÉgUse ?

Cela se pouvait d'autant moins que Swedenborg répétait plus vivement ses coups.

Et déjà l'on s'impatientait de ce long silence du clergé quand enfin le doyen de Gothenbourg le rompit. A la vue de deux membres du consistoire, le professeur Beyer et le docteur Rosen, devenus Swedenborgiens ou membres de la nouvelle Éghse, ce doyen ne pouvait continuer à se taire. Le 22 mars 1769, il remit au consistoire un mémoire oii il résumait la nouvelle doctrine^ en ]a déclarant hérétique au j^lus haut degré et socinienne sur les points les p)lu^ délicats.

On connaît le style de la polémique rehgieuse. Il est le même dans tous les temps et tous les pays. Presque toujours compromettant pour la sainte cause qu'il défend, il pèche d'ordinaire par la violence des termes encore plus que par l'exagération des idées. Il prend surtout son cachette plus choquant quand ce sont des théologiens, c'est-à-dire des orateurs populaires, habitués à produire de fortes peintures pour obtenir de vives émo-

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