‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 192 sur 269 · LA DÉFENSE · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE

lions, qui engagent le débat. Il n'est donc pas étonnant que le doyen ait pris ce ton un peu emphatique dont nous venons de donner un échantillon , et qu'il ait prodigué à la nouvelle doctrine des mots durs, tels que perverse^ impie et damnahle^ tout en disant qu'il ne connaissait pas par lui-même le système religieux de Swedenborg.

Mais ne doit- on pas être bien assuré d'avance que le gentilhomme appelé à se défendre ne répondra pas sur le nîême ton? Hélas! dans sa réponse du lo avril suivant, il fut homme; il parla comme un théologien. (( Le mémoire de M. le doyen, dit-il, ne contient que des injures, et même, çà et là, des mensonges. Il est écrit par un homme qui ne sait pas retenir sa langue et qui n'a pas d'yeux pour voir devant lui. »

Et ce ne sont pas encore ses plus gros mots, car voici la suite : « Il y a de Xcffronterie et de Vimpudeur à qualifier d'hérétique une doctrine qui enseigne et confirme la divine trinité. »

A la fin vient même le vocabulaire le plus exceptionnel, j'allais dire le plus énergique d'entre les impossibles : c( L'épithète de socinienne renferme une calomnie ^ un exécrable mensonge et un blasphème., une insulte diabolique. »

L'évêque de Gothenbourg, le docteur Lamberg, qui présidait le consistoire, était absent; il assistait à la diète de Norkoping. Swedenborg lui fit remettre cette réponse à Ekebom par le docteur Beyer, qui, ami plus hardi, en eût fait disparaître ces vivacités de langage, mais qui manqua de ce courage de résistance à l'amitié qui est le plus rare de tous.

Swedenborg lui-même, se reposant peu sur cette pièce, malgré sa teneur assez triomphante, adressa, le 22 mai suivant, une seconde apologie au même prélat, toute théologique, plus douce de style, pleine de citations des textes les plus autorisés en Suède, et offrant d'en fournir « encore une fois autant » ne reprochant plus au doyen autre chose que le mensonge.

Les deux réponses lancées, Swedenborg avait bien envie de se mettre en route pour Paris avec un projet dont il gardait le secret envers ses meilleurs amis. Écrivant au docteur Beyer, il avait mis ces seuls mots : (( Ce projet ne doit pas être publié d'avance. » Quel était ce projet?

Ce ne pouvait être qu'une publication de plus, et l'on a cru qu'il s'agissait de son plus important et dernier ouvrage, La vraie religion chrétienne ; mais c'était une erreur, cet ouvrage n'a été écrit que deux ans plus tard, ainsi qu'on le verra au chapitre suivant.

Swedenborg, qui s'adressait aux universités deFrance et d'Espagne, pouvait fort bien avoir l'idée de faire paraître un ouvrage important à Paris. Il avait eu en cette ville quelques relations scientifiques dans la seconde phase de sa carrière. Celles-là étaient rompues , sans doute, mais des relations philosophiques ou même religieuses s'y nouaient tout aussi facilement. Celles du genre qu'il aimait plus exclusivement y étaient plus difficiles; cependant, il ne devait pas tardera y trouver un traducteur pour le plus important de ses écrits. Il pouvait donc se flatter d'y trouver un éditeur. D'ailleurs aucun autre intérêt qu'un projet de propagande ne devait l'attirer alors en France. L'âge de ses pre-

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