UN COMPLOT
Swedenborg, \ivement affecté de ces nouvelles, nous dit qu'il recourut à la prière, et obtint l'assurance «qu'il ne lui arriverait aucun mal. »
Ce que Robsam nous apprend ici, il le tenait sans nul doute de Swedenborg lui-même; mais le sénateur, pour être sûr de produire son effet, n'avait-il pas un peu chargé les couleurs? Ce qui parait certain, c'est qu'après son acte de piété, si digne de ses convictions et si couforme à sa viehabituelle,le noble vieillard fit autre chose. 11 déploya toute son énergie et tout son savoir-vivre ; il se montra comme il fallait, où il fallait; et il regagna le terrain. En effet, en considération de sa famille et de ses hautes alliances, on recula devant des mesures aussi extrêmes que celles qui étaient demandées à son sujet par le corps du clergé.
Cependant Swedenborg sentit plus que jamais le besoin de communiquer aux siens le courage qui le soutenait lui-même, et voici ce qu'il écrivit, avec un grand air de confiance, le 30 octobre, au professeur Beyerà Gothenbourg :
« Je suis arrivé à Stockholm au commencement de ce mois. J'ai été bien accueilli de toutes les classes du peuple et invité à l'instant même par Leurs Altesses le prince héréditaire et sa sœur , avec lesquels j'ai eu un long entretien.
(( J'ai dîné avec plusieurs sénateurs et causé avec les principaux membres de la Diète, ainsi qu'avec tous les évêques présents ici , et qui ont été fort bons et fort affables pour moi, à l'exception de Tévêque Filénius. »
Ce dernier était le neveu par alliance de Swedenborg, ayant épousé la fille d'une de ses sœurs. Il occupait le
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siège de l'Ostrogothie , et en cette qualité il avait plus d'intérêts et de raisons encore que les autres parents du théosophe pour souhaiter qu'il n'y eût pas de condamnation prononcée; mais sa position était d'autant plus difficile qu'elle était plus considérable à cette époque. A la place de l'archevêque d'Upsal, qui était malade, il présidait l'ordre du clergé à Stockholm. Pour éviter un éclat, une condamnation, il caressait l'idée d'un moyen terme, la séquestration temporaire des écrits les plus vifs de son oncle et leur révision. Déjà, au sujet d'un certain nombre d'exemplaires de ï Amour conjugal^ l'évéque avait proposé au clergé assemblé à la Diète de prononcer la confiscation de ces volumes, et de ne les rendre à l'auteur qu'après examen. Filénius s'autorisait à la fois de sa charge épiscopale, de sa présidence et de sa parenté même, pour justifier un droit qu'il revendiquait moins pour lui personnellement que pour FÉglise ; mais cette prétention révolta fonde à tous ses titres et une violente querelle éclata entre lui et son neveu Swedenborg, qui eut avec lui une de ces entrevues personnelles qui tantôt rapprochent des ennemis, tantôt éloignent des amis les uns des autres, fit valoir que son ouvrage était, non pas théologique, mais essentiellement moral. Cela étant, il pensait que la révision était non-seulement inutile, mais «absurde, y> puisqu'il faut employer le mot qu'il nous donne, etqui explique peutêtre mieux que tout le reste finutilité de sa démarche. Ses sentiments, en effet, n'étaient pas très-conciliants, à en juger du moins par son langaore toujours un peu vif. (( Une telle manière de procéder, écrit-il, préparerait les voies pour un sœculum obscurum en Suède. Or,