‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 221 sur 269 · VENGEANCE · texte numérisé non relu

VENGEANCE

dont nous venons d'indiquer les rapports manques avec Swedenborg, fut beaucoup plus imprudent. Il eut du moins le tort d'accueillir ce bruit dans son Journal^ et cela avec des développements qui, sans rien ajouter à la crédibilité du fait, aggravaient singulièrem'cnt la responsabilité du narrateur primitif et celle du journaliste qui s'en faisait l'écho.

L'un et l'autre se croyaient-ils, avec la commune faiblesse du siècle, autorisés à jeter le discrédit sur un chef de secte dont ils redoutaient l'influence auprès des membres les plus distingués de leur troupeau? Ou bien les vives critiques dontl'Kglise de Suède et lesWesleyens d'Angleterre avaient été l'objet de la part de Swedenborg, justifiaient-elles à leurs yeux les cruelles représailles auxquelles ils se laissèrent aller?

Les gens d'église de toutes les communions ne pouvaient que vouloir peu de bien à l'homme qui se disait envoyé pour en fonder une nouvelle dans le sein des anciennes, toutes condamnées par des jugements derniers ; à l'homme qui se disait seul chargé d'exphquer au monde chrétien tout entier le sens véritable des Écritures. D'ailleurs Swedenborg ne les ménageait pas, et ils n'avaient pas de motifs pour le ménager : il traitait avec la même rigueur l'Eglise de Suède et celle d'Angleterre ; les nouvelles communautés et les anciennes, les catholiques et les réformés, dont il maltraitait les fondateurs les plus admirés ; les Méthodistes, les Quackers et les Moraves, qu'il critiquait en toute occurrence et raillait quelquefois avec amertume.

Les frères Moraves, dont le calme habituel a plus de moyens de réprimer la passion que de l'extirper, lui

CALOMNIES. 34ti

gardaient rancune en raison des attaques qu'il avait dirigées contre eux dans un de ses écrits les plus répandus (Sur le jugement dernier) « pour démasquer, disait-il, leurs erreurs. )) Or de telles vivacités étaient moins nécessaires à leur égard qu'à Tégard de tous les autres. Aussi lui attirèrent-elles à Londres même les grossières calomnies d'un de ces enfants perdus qui se trouvent dans tous les partis. Ces calomnies, il n'appartient pas à l'histoire de les ramasser dans la fange où il faudrait descendre pour les prendre, et les apologistes de Swedenborg auraient pu se dispenser de leur donner de l'écho en les réfutant avec autant de sérieux qu'ils l'ont fait. Mais Swedenborg eut tort de provoquer ses adversaires par ses vivacités ; si le théosophe' d'Amboise nous choque en prodiguant au clergé de son temps des termes empruntés au Vocabulaire de la Révolution et de la Terreur même, h. plus forte raison sommes-nous blessés par l'incandescence du théosophe de Stockholm, qui n'a pas pour excuse une terreur et une révolution, et qui occupe d'ailleurs dans l'échelle des saints et des anges un degré beaucoup plus élevé. Or plus un homme est élevé, plus il est obligé; plus aussi il est aisé à calomnier et plus l'humaine mahce prend plaisir à jeter des ombres sur son auréole. Swedenborg, par sa vie retirée, par ses écrits, par les récits de pérégrinations célestes qu'il y semait, par ses ravissements et ses extases dont il y eut tant de témoins , par la disposition même de son pavillon de Stockholm, par ses nombreux déplacements et son séjour en pays étrangers, — Swedenborg, disons-nous, prêtait aux bruits les plus malveillants. Il y prêtait même par sa bonté arrivée à la vraie bon-

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