LES SOLUTIONS
scurité même ; sur tous les problèmes, des solutions et des solutions suprêmes. Tout y est révélation venue de Dieu, illumination de son homme intérieur par une grâce spéciale : tout ce qu'il enseigne a été vu et entendu par lui; chaque chose en son lieu et à sa place. Sa science est faite et écrite de visu et auditu. Elle ne discute pas, elle expose des faits : ce que la révélation a fourni, et ce que la vision a confirmé ; si bien qu'il n'y a plus pour elle des questions, qu'il n'y a que des faits. Et encore que ce soient des perceptions et non pas des visions, Swedenborg ne les accepte qu'à titre de confirmation ou de développement de ce qui lui est fourni par sa source véritable et réellement unique, le sens intérieur ou spirituel des saintes Écritures, pour la révélation duquel il a reçu une mission spéciale et pour la découverte duquel Dieu a ouvert son inteUigence, comme il le fallait bien. Il ajoute formellement qu'il n'a jamais reçu aucune révélation propre, nouvelle, indépendante de la parole divine ; que tout son don se borne à cette illumination de son esprit pour l'intehigence du sens interne des saintes Écritures. Et pourtant il présente tout l'enseignement qu'elles offrent sous un jour si nouveau que sa religion chrétienne ne ressemble à aucune autre. Mais, chose curieuse, son illumination d'en haut a pour but de plaire à la raison. On dirait que tout son système d'interprétation lui est inspiré, d'une part, par la lecture de la lettre de Fénelon à l'évêque d'Arras, sur la lecture des saintes Écritures en langue vulgaire [et nous recommandons ce document à tous ceux qui veulent se rendre raison des origines de la conception fondamentale de Sweden-
LA SCIENCE liETROLYÉE. 31)7
borg] ; d'autre part, par les objections des libres penseurs sur les obscurités et les impossibilités des textes sacrés. On dirait que de là vient essentiellement ce système où tout prend un autre sens, où tout s'explique naturellement, rationnellement, par la grande science, perdue et oblitérée pour les autres, de la correspondance des choses naturelles et des choses surnaturelles. Cette correspondance est à ce point intime qu'il n'y a pas deux ordres de choses; qu'il n'y en a qu'un sous deux formes; pas deux mondes, mais un seul sous deux formes; que la terre reproduit le ciel, ou vice versa; que l'homme représente Dieu, ou que Dieu, les anges et les esprits ne sont que l'homme sous des expressions plus parfaites; que le ciel lui-même n'est que le grand homme; si bien que les différentes parties du ciel ne sont que la répétition en grand des différentes parties du corps humain, et que dans la caractéristique de celles-ci on a la caractéristique de celles-là.
On peut demander avec quelque doute, quelque surprise du moins, si l'idée de Dieu ou la théorie de la divinité que professe Swedenborg a pu différer sérieusenaent, en plein dix-huitième siècle, de celle de tout le monde , de ce qui était reçu dans le pur enseignement de la rehgion et de la philosophie.
Mais d'abord le pur enseignement sur cette théorie est rare dans tous les siècles, et s'il ne le fut pas dans le dernier , il ne se rencontre toutefois dans l'histoire aucune époque où il fût moins généralement accepté. Ensuite, si l'humanité éclairée tout entière fut un peu d'accord pour ce qui est des générahtés, la sagesse et la bonté, l'éternité et Timmutabilité de Dieu, elle ne le