AVEC LES ESPRITS
borg, cela n'est guère propre à établir un préjugé favorable à la vérité des doctrines exposées dans des visions aussi personnelles.
Généralement l'auteur décrit très-simplement, dit négligemment et ne cherche aucun effet de style, mêlant le sacré et le profane sans nul souci. Que le ciel soit de droit l'asile de toutes les rehgions et de toutes les mythoiogies, ou que son interprète ait le privilège de prêter aux anges tel langage qu'il lui plaît, Swedenborg les fait parler de tout, des bords du Styx, desYestales et de rOlympe, en vrais païens : il fait à peu près comme le cardinal Bembo et d'autres humanistes du seizième siècle, qui semaient la terminologie polythéiste jusque dans leurs lettres officielles.
La véritable force de sa doctrine, si la force est dans l'abondance, serait dans ses enseignements sur les anges et les esprits, et sur les rapports des premiers, soit entre eux, soit avec Dieu d'une part soit avec nous d'une autre. Quant aux seconds, si riche que soit sa science sur leur compte , il a pour leurs rapports avec nous une très-profonde antipathie, et, bien loin de les rechercher avec quelque déférence, il rejette leur commerce avec un suprême dédain. Les esprits ne sont/ que les habitants très-inférieurs de l'autre monde ou des parties infîmes du ciel, très-imparf, lits, peu puissants, ayant plus besoin d'instruction que de pouvoir pour en donner. Ils seraient d'ailleurs aussi parfaits que les anges, qu'on tenterait en vain tels moyens ou tels autres pour se mettre en rapport avec eux. « Défions-nous de tout art qui prétendrait en enseigner. Dieu seul fait cette grâce à qui il veut, à qui elle est nécessaire pour rempUr une grande
mission : il ouvre pour cela notre sens intérieur , il Féclaire ou l'illumine par voie d'anticipation. »
En général, pour Swedenborg, voir un ange ou des anges d'une certaine catégorie, c'est peu de chose. A ses yeux avoir l'entrée des cieux et des enfers et pouvoir y assister à la discussion de tous les problèmes qui s'agitent ; être en état d'y prendre part et d'apprendre aux anges eux-mêmes autant qu'ils nous en apprennent, voilà ce qu'il faut, ce qu'il aime et ce qu'il pratique.
Mais, si nous passons du fond de ces récits de conférences célestes à la forme, elle atteste une étonnante richesse d'imagination , et prouve que si Swedenborg avait voulu s'y appliquer, il lui eut été facile de devenir un écrivain encore plus remarquable par son style que par le nombre de ses écrits. Un peintre qui aimerait ce genre de compositions, trouverait là des inspirations d'un grand caractère, et, depuis le genre le plus sublime jusqu'au plus grotesque, des détails d'une variété et de nuances infinies. Il n'est pas de poëte qui peigne mieux que Swedenborg, avec plus de délicatesse et de beauté, la transfiguration successive de l'homme au fur et à mesure de ses perfectionnements. Les rapports et les échanges des anges les uns avec les autres et les mille situations diverses où se trouvent des myriades de myriades d'esprits, sont indiqués avec la même richesse de d'idées et couleurs.
Devant un métaphysicien à ce point d'outre-monde on comprend les embarras de la frivole critique du dernier siècle. Il embarrasse bien un peu la nôtre aussi.