‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 241 sur 269 · LE CIEL · texte numérisé non relu

LE CIEL

celles qui sont de nature spirituelle. Unies de tendances et d'amour, les diverses sociétés des régions célestes communiquent entre elles par l'extension de la sphère qui procède de la \ie de chacun. Ceux qui sont dans le ciel intime et au milieu de ce ciel ont une extension dans le ciel entier , c'est-à-dire dans tout l'univers. [Je transcris, je n'explique pas.]

Le ciel est où le Seigneur est reconnu, et l'Église est le ciel du Seigneur sur les terres. Je l'ai déjà dit, le ciel, dans tout son complexe, représente un seul homme : « c'est un arcane encore inconnu dans le monde, mais très-connu dans les cieux : Les anges appellent le ciel le très-grand hom.me^ le divin homme. »

Cela rappelle le rôle que l'homme -type, Adam- Kadmon, joue dans la Kabbale, et semble prouver que Swedenborg n'a pas ignoré cette célèbre théosophie. J'admets aussi qu'il a fait de tous les anges du ciel le grand homme ou le divin homme, pour exprimer ces deux idées : que l'état de perfection auquel l'homme arrive comme ange, est l'état idéal de l'humanité; que la totalité des anges, considérée comme un être moral, doit être appelée le vrai homme ou le concept divin sous forme d'homme.

Quoi qu'il en soit, le ciel est gouverné par Dieu comme un seul homme, ce qui est tout simple, car» chaque société dans le ciel représente encore un seul homme, et chaque ange y est en parfaite forme humaine. y> — Et pour couronner ce système où tout est d'une simiplicité ingénieuse et subtile, le Seigneur lui-même est homme, si bien que les anges ne sont hommes que par lui, et que chacun n'est homme qu'autant qu'il reçoit le Soi-

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gneur, ce qui implique, comme conséquence évidente, que quiconque ne le reçoit pas ne devient pas homme, mais reste en route. En route de quoi? Je ne sais.

Comme les diverses provinces du ciel correspondent aux diverses parties du corps humain, le royaume céleste est dans cette partie du corps où règne le bien, il est au cœur. Le royaume spirituel est là où règne le \rai, c'est-à-dire , non pas au cerveau mais au poumon, ce qui tient aux systèmes d'anatomie et de physiologie particuliers de l'auteur, pour qui le souffle pulmonaire signifie « l'entendement et le vrai de la foi. »

Au surplus, ceux qui sont dans la tête sont plus que les autres dans toute espèce de bien : dans l'intelligence, dans la paix, dans l'amour et dans la joie.

On voit d'ici, sans que je le dise, quels sont ceux qui sont dans les lombes et dans les régions voisines.

Cette correspondance du ciel avec l'organisme humain permet à chacun, s'il est sincère envers lui-même, de s'orienter, et de savoir au juste le nom de sa demeure future, ainsi que les noms des habitations qui toucheront à la sienne et avec lesquelles il pourra être tenté de faire connaissance. Mais n'est-ce pas là donner à la physiologie humaine une domination exagérée sur l'uranologie angélique ?

S\vedenborg prouve toute sa théorie par les textes sacrés, qu'il interprète selon son illumination; et toujours son interprétation est confirmée par ce qu'il voit et entend. « Qu'il y a cette correspondance entre tout ce qui appartient au ciel et ce qui appartient à l'homme, dit-il, celam'a été montré par des expériences tellement nombreuses , que j'en ai acquis la confirmation comme

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d'une chose évidente et hors de doute. Il m'est impossible de rapporter ces expériences, tant elles sont nombreuses, et il serait inutile de le faire ici, puisqu'elles sont consignées ailleurs, dans les Aixanes célestes. »

Cette science des correspondances est pour lui d'une grande portée en philosophie. La nature dans ses trois règnes, et l'histoire du monde tout entière , sont expliquées par Swedenborg selon celte théorie des correspondances que, d'après lui, l'ancien monde a si bien possédée et qui s'est retrouvée « aujourd'hui, grâce à une illumination extraordinaire. » D'ordinaire, nous croyons que, pour nous faire une idée admissible du ciel, il faut prendre à peu près le contre-pied de la terre; selon lui, nous ne saurions être plus complètement dans le faux. (( Lorsqu'il m'a été donné d'être en société avec les anges, nous dit-il, j'ai vu les choses qui sont dans le ciel tout à fait comme celles que je vois dans le monde, et si clairement que je ne pouvais m'empêcher de me croire dans le monde et à la cour d'un roi. Je me suis aussi entretenu avec les anges comme un homme s'entretient avec un autre. »

Mais il faudrait des volumes, et des volumes encore, pour exposer tout ce que Swedenborg trouve dans les textes sacrés et ce qu'il a vu et entendu sur l'existence, les œuvres, la langue, les écritures, les demeures, les chambres à coucher, les jardins, les champs, les vêtements, la nourriture, les relations, le culte, les prédications, les félicités, la vie conjugale des anges et les changements d'état qui surviennent en eux. Or l'auteur pense que cette étude nouvelle est nécessaire. Car, pour lui c'est un fait certain, que tout ce que

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d'autres ont dit et pensé jusqu'ici sur des intelligences supérieures à l'homme n'est qu'erreur.

En ce point, si larges que soient d'ailleurs ses vues, il est parfaitement d'accord avec la philosophie bornée qui n'a voulu, au siècle dernier, et ne veut aujourd'hui encore peupler l'univers tout entier que d'êtres façonnés sur le type de l'homme. Or cette conception, que j'appellerai étroite en ce qu'elle prend un des plus petits des globes pour le centre de tous les autres, se trouve fort embarrassée de les pourvoir tous d'êtres ayant la respiration et la vie , ces globes étant les uns trop chauds et les autres trop froids pour nos poumons.

Pour l'enfer, c'est encore la terre qui est le type de tout, et voici d'abord comment Fenfer diffère du ciel.

Le Seigneur apparaît dans le ciel comme le soleil. En vertu du divin amour qui est en lui et qui procède de lui, tous ceux qui sont dans les cieux se tournent constamment vers lui, avec cette nuance, que ceux qui sont dans le royaume céleste le voient comme le soleil, tandis que ceux qui ne sont que dans le royaume spirituel ne le voient que comme la lune. Ceux qui sont dans l'enfer se dirigent, au contraire, vers l'obscurité et vers les ténèbres ; ils sont si diamétralement opposés à la lumière qu'ils tournent le dos au Seigneur. En efîet, tous ceux qui sont dans les enfers sont dans l'amour de soi et dans l'amour du monde. Ils se distinguent entre eux, à la vérité, et se nomment les uns génies, les autres esprits; mais leur caractère général est le même dans toutes les divisions qu'ils forment. Leur situatjon physique est, comme leur condition morale, plus ou moins heureuse. De même que la chaleur du ciel

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varie, comme la lumière, selon la diversité de ces régions, de même varie la chaleur de l'enfer. Car il y a aussi une chaleur dans les enfers; mais elle est immonde, et il en résulte « une odeur comme est dans le monde l'odeur du fumier et celle des éléments dont il se compose ! Dans les enfers les plus abominables règne même une odeur semblable à celle des cadavres. »

L'odeur de soufre est ainsi puissamment détrônée. Mais en quel sens faut-il prendre tous ces mots?

(( Par la chaleur ou le feu est entendu l'amour. Par le feu céleste, il faut entendre l'amour pour le Seigneur et l'amour envers le prochain , ainsi que toute affection qui appartient à ces amours ; par le feu infernal l'amour de soi, l'amour du monde et toute concupiscence qui appartient à ces amours. » — Comme l'amour-propre est tout ce qui sent le plus mauvais au monde , la grande théorie des correspondances exige les qualités de Tatmosphère qui domine aux enfers et les explique.

En général, tout s'enchaîne dans ce système où tout se raisonne en dépit des visions et des illuminations qui le dominent en apparence; et rien de plus propre, je ne dis pas à instruire toujours et à ne jamais choquer, mais je dis à provoquer la raison sur les problèmes es plus dignes de préoccuper la pensée humaine. Si, dans ce que je viens d'en tirer, j'ai laissé entrevoir ici un doute, là une critique, plus loin un sourire, je dois dire en fin de compte, qu'en vue d'une force d'esprit aussi rare, d'un génie qui embrasse tout et classe tout, lors même qu'il n'illumine pas tout ; en face d'une telle masse de textes, d'interprétations tour à tour hardies et profondes et d'idées originales ou sublimes, qui

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heurtent toutes avec un égal dédain celles qui y sont opposées , si universelles qu'elles soient , je ne puis m'empêcher de reconnaître Thomme supérieur ou extraordinaire. Si donc je ne condamne pas naa critique, du moins je ne cache pas mon admiration. Je la proclamerais plus haut, je crois, si je trouvais tout cela dans un poëte, et je dis en tout casque, si nul n'a sur la terre le droit de s'écrier, cet homme dit irai^ nul non plus n'a celui de nier que tout ce qiœ dit cet homme , il le croie vrai.

Qu'a-t-il donc fait pour n'être pas lu et pour être comhattu ou raillé à outrance quand il était lu?

Je l'ai dit, pour l'apprécier en connaissance de cause et d'égal à égal, il faudrait de deux choses Tune, ou avoir vu et entendu après lui, ou lui prouver qu'il n'a ni vu ni entendu. Or nul n'a été dans le cas de pouvoir faire l'un ou l'autre. La raison, il est vrai, est une autorité absolue; elle est en état déjuger indépendamment de toute expérience , mais ce n'est qu'autant qu'elle est la raison absolue. Sinon, non. Lors même qu'elle n'est que ce qu'on appelle la raison la plus haute, ou la pensée la plus éclairée dans TéUte de l'humanité, elle est déjà une bien grande autorité, et cette raison , qui n'est pas la lumière absolue , est bien en droit aussi de condamner le monde spirituel de Swedenborg ; mais en le dédaignant elle juge ce qu'elle ne connaît pas. Car, sauf ses partisans, personne ne lit plus les écrits de ce hardi créateur. Ceux-là même qui ne reculent pas à l'aspect de ses innombrables volumes , reculent dans la lecture devant ces deux opérations, la séparation de ses visions d'avec ses

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idées, et la séparation dans ses idées de la poésie d'avec la philosophie, ou de la fable d'avec la vérité.

Le grand malheur qui arrive à Swedenborg dans ses écrits, c'est que le ciel y épouse sa pensée, sa personne et sa cause avec trop de vivacité, et que, dans toutes les assemblées et toutes les discussions de l'autre monde, ses ennemis personnels sont trop rudement combattus par les anges. A défaut des anges, c'est Swedenborg luimême qui est appelé à les confondre. Dans le traité du Ciel et de Y Enfer on voit un « chef de la gauche» parler sur la foi, pour montrer qu'elle naît par un don de Dieu. Et il se fait applaudir des siens. Mais telle n'est pas la pensée de Swedenborg, et bientôt un ange de la droite réfute l'orateur pour montrer que l'homme puise la foi dans la parole sainte au moyen de la lumière naturelle. Puis, son discours ne suffisant pas encore, il passe la parole à Swedenborg, et celui-ci achève la leçon. Il réfute le chef de la gauche et le réduit au silence.

Cela ne doit pas surprendre à ce point de vue : les anges aiment à voir par nos yeux, à entendre par nos oreilles, à lire dans notre pensée. Aussi Swedenborg, qui sait s cosmologie spirituelle mieux qu^aucun astronome ne sait s^nn ciel étoile, ne les flatte pas; au contraire, il les redresse ; il en remontre aux plus forts, ceux de la région la plus haute seuls exceptés.

Toutes ses questions favorites et sa théologie tout entière se formulent en visions où les anges proclament ses opinions à lui, ou bien en visions où il confond, lui, les esprits et leur impose sa pensée.

Cela importe pour la question delà pureté ; et même, abstraction faite des erreurs déjà relevées de Sweden-

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