LA MONNAIE DE SCÈDE
quinze mois de voyage. » 11 avait tout fait en quinze mois ! Parti au printemps de 1721, il rentra en Suède dans l'été de 1722. Et non content d'avoir, dans l'espace de quelques mois, visité tant de villes, de mines et de savants, et imprimé cinq traités à Amsterdam, trois volumes à Leipzig et un quatrième à Hambourg, à peine arrivé à Stockholm il y fit paraître en suédois son ouvrage Sur la dépréciation et rélévatioïi des monnaies en Suède ^ il 22. La question était délicate. En Suède comme ailleurs , dans les grandes nécessités publiques la royauté, trompée sur la nature et la portée de ses droits, s'était fait la ressource périlleuse de la valeur nominale aux dépens de la valeur intrinsèque. Il fallut autant de circonspection que de patriotisme et de science qu'en avait Swedenborg pour traiter ce grave sujet. Il sut instruire sans irriter et se faire réimprimer au bout de quarante ans.
Après trois années de visites, d'explorations et d'études approfondies en Suède et à l'étranger, Swedenborg, qui jusque-là ne s'était pas cru digne de prendre possession réelle de son siège au conseil des mines, en remplit d'une manière étonnante les nombreuses obligations. L'état où se trouvait son pays demandait tout son dévouement.^ Frédéric V" n'avait obtenu la paix avec la Russie qu'en cédant la Livonie, l'Esthonie, ringermanie , d'autres provinces , îles et places fortes (30 août 1720). Mais, bien averti par les folies de son prédécesseur, il était décidé à réparer les maux de la guerre par une sérieuse application aux travaux de la paix. Le collège des mines était appelé plus directement que d'autres à l'aider dans cette belle tâche, et le dé-
vouement le plus patriotique des talents de Swedenborg ne lui fit pas défaut.
Il s'était à peine installé dans sa charge, quand l'université d'Upsal lui offrit la chaire de mathématiques devenue vacante par la mort de Celsius. « Son acceptation devait réjouir ses futurs auditeurs et honorer ses collègues. )) Il pouvait cumuler au nom d'une instruction et d'une capacité de travail que nous venons de voir, et d'ordinaire ces qualités justifient de plus vastes cumuls aux yeux de savants moins laborieux. Swedenborg déclina toutefois les honneurs offerts (1724), ses études et ses devoirs réclamant tout son temps. Le fait est qu'il n'aimait pas les mathématiques pures, c'esl-àdire les théories sans application. Il disait qu'un seul praticien valait dix mathématiciens.
Quelques années plus tard, l'Académie royale de la savante cité se l'appropria par un choix qu'il n'eût pas provoqué et qu'il ne put pas décliner (1729); et il fut sans contredit, pendant l'espace de neuf à dix ans, le membre le plus actif du conseil des mines et le confrère le plus laborieux des académiciens d'Upsal.
Je ne parle pas de quelques écrits de circonstance des mêmes années. On voit par la simple indication de ceux que je viens de nommer le puissant intérêt qu'ils offraient aux savants de tous les pays. Grâce à ces publications si soUdes et si suivies, Swedenborg serait devenu membre de toutes les académies de l'Europe, s'il eût recherché ces honneurs ; mais dès cette époque une ambition de cette nature eût été contraire à sa pensée. 11 nous apprend lui-même qu'il ne fit jamais aucune démarche pour être d'un corps savant. C'était toutefois