LA MAROTTE DU TEMPS
On est là à une distance incommensurable de mademoiselle de Porte et de Poiret , de madame de la Mothe et de Fénelon, du capitaine de Marsay et de mademoiselle de Callenberg, sa femme, qui fut toujours sa sœur; de John AVesley et de sa communauté méthodiste; du comte de Fleischbein et de la communauté de Hayn; du comte de Zinsendorf et de la communauté morave. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à Hre le Traité de la nouvelle Jérusalem et de sa céleste doctrine.
Toute la morale de Swedenborg est religieuse, mais elle est, avant tout, comme sa religion, très-naturelle. Elle va toujours au rationnel. Le rationalisme est la vraie marotte de cette époque, celle des mystiques et des théosophes comme celle des philosophes. Comme Wolf pubhe sa métaphysique, de même Poiret publie son mysticisme sous le titre de Pensées raisonnables sur Dieu, l'âme et le mal. Swedenborg, qui a été rationaliste à onze ans, le reste toute sa vie. Seulement, son rationnel est essentiellement le spirituel.
« L'homme a été créé de telle façon , dit-il, qu'il peut être en même temps dans le monde spirituel et dans le monde naturel.
« Le monde spirituel est celui où sont les anges; le monde naturel est celui où se trouvent les hommes. Et comme l'homme a été créé pour les deux mondes, il lui a été donné un intérieur et un extérieur.
c( L'homme intérieur et spirituel, considéré en luimême, est un ange du ciel. Or il est dans la société des anges, même tant qu'il vit dans le corps, quoiqu'il ne le sache point, et il passe parmi les anges après la dissolution du corps.