LE JUGEMENT
c( Brahe fut décapité à dix heures du matin et il parla avec moi à dix heures du soir, douze heures après sa mort. Il fut avec moi à peu près sans interruption pendant plusieurs jours. Au bout de deux jours il retourna un peu à son ancien genre de vie, à son amour pour les choses mondaines, et au bout de trois jours il redevint ce qu'il avait été auparavant dans le monde et se jeta dans les passions qui avaient fait son malheur avant sa mort. »
Swedenborg garde d'ailleurs à son ami le secret sur ses confidences.
Le Yoyant passa le reste de l'année à Stockholm, ainsi qu'une partie de celle de 1757; et ce fut à cette époque qu'il obtint une double consécration de son ministère : l'une, du public, l'autre, du ciel.
Son ouvrage se vendit si rapidement, malgré son prix élevé, que bientôt il ne s'en trouva plus d'exemplaires dans le commerce : voilà son premier succès. Voici le second : à titre de confirmation de son privilège d'aller saisir dans l'autre monde des faits à l'appui des idées qu'il puisait dans son interprétation des saintes Écritures en général et de l'Apocalypse en particuUer, il fut rendu témoin, nous dit-il, du plus grand événement dont se soit jamais préoccupée la pensée humaine, c'est-à-dire àw. jugement dernier qui eut lieu en 1757. Voici du moins ce qu'il écrit :
(( fai vu la même chose arriver en beaucoup d'endroits, au jour du jugement dernier^ dont je fus témoin en 1757. »
A la première lecture de ces lignes, on se défie un instant, soit de ses yeux, soit de l'esprit de l'auteur et
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de l'état normal de sa raison. Mais il n'y a lieu à rien de tout cela. Ce que Swedenborg nous dit est fort bien vu et parfaitement raisonné dans son système. Aussi, quelque étrange, quelque impossible que paraisse le fait au point de vue de nos doctrines chrétiennes, qui renvoient le jugement suprême à l'époque des solutions suprêmes, à la fin des fins, il est dans les théories de Swedenborg la chose du monde la plus simple. Aussi il le rapporte avec si peu d'émotion et une telle précision que bientôt on se rassure à le voir si bien en possession de soi. Ce qu'il expose est, sans doute, assez étrange, mais si nécessaire pour la réalisation de son œuvre, qu'on en comprend aisément la conception dans sa pensée.
Déjà, dans les Arcanes (t. III, p. 377), il avait préludé à de prochaines révélations sur le jugement dernier et annoncé qu'il fallait se faire de la chose d'autres idées que celles qui ont cours. « Peu d'hommics, avait-il dit, savent aujourd'hui ce que c'est que le jugement dernier. On pense qu'il viendra avec la destruction du monde. De là les conjectures, que le globe terrestre périra par le feu et que toutes les choses qui sont dans le monde visible périront en même temps ; que ce sera seulement alors que les morts ressusciteront et se présenteront pour être jugés.
«On tire ces conjectures des livres prophétiques... où il est fait mention d'un nouveau ciel et d'une nouvelle terre, et aussi d'une nouvelle Jérusalem. Cela se fait dans l'ignorance où l'on est, que les livres prophétiques... signifient dans le sens interne absolument autre chose que ce qu'ils présentent dans le sens de