‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 98 sur 269 · LE CHEVAL BLANC · texte numérisé non relu

LE CHEVAL BLANC

chaque homme (voy. ci-dessus, p. 2o). Je ne m'y am'terai donc plus. Mais je dirai un mot du second.

Cette brochure roule tout entière sur un court passage de l'Apocalypse, chapitre xix, que voici :

ce Je vis le ciel ouvert et un cheval blanc. Et celui qui était monté dessus est appelé rda-c:; et àA-^jOsic; [fidèle et véritable]. Ses yeux étaient comme une flamme de feu et il portait sur sa tête beaucoup de diadèmes. Il était revêtu d'un vêtement teint de sang. Son nom est Logos de Dieu. Et les armées des cieux le suivaient sur des chevaux blancs. »

Pour Swedenborg, tout ce style est symbolique.

Le cheval est le symbole de l'inteUigence qui donne le sens interne. Le cavalier, qui est le Logos, est la Parole de Dieu. Le sang de ses vêtements indique la violence qu'on a faite à cette parole en la prenant dans le sens littéral , matériel , terrestre ; en méconnaissant le sens moral, spirituel, céleste. Les armées qui suivent le saint cavalier sur des chevaux blancs, ce sont les élus qui reçoivent de l'Intelligence le sens intérieur et qui s'attachent à sa bannière. Swedenborg ajoute à cette interprétation si propre à mettre en lumière sa théorie et sa mission, cette induction non moins favorable à son œuvre : « D'après ces choses, il est évidemment prédit ici que, vers le dernier temps de rÉgKse, le sens spirituel de la parole sainte sera ouvert »

Le Traité du Cheval blanc est court, et il n'est au fond qu'un extrait des Arcaîies. Mais le soin que prit Swedenborg de faire imprimer à Londres cinq ouvrages la même année et coup sur coup , montre un grand zèle de propagande pour un grand intérêt. L'ac-

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tivité était sa vie, le travail son plaisir le plus cher. Il tenait d'ailleurs à convaincre ses lecteurs d'Angleterre, de Suède et de Hollande, qui penchaient vers cette conclusion, que le jugement dernier était prononcé contre Y Église actuelle; car l'Église actuelle était, dans sa bouche, ce que, depuis le quinzième siècle, tous les réformateurs du sanctuaire appelaient en style apocalyptique la grande, l'orgueilleuse, la voluptueuse Babylone, c'est-à-dire Rome. Tout ennemi de Rome était d'avis qu'elle devait tomber. Swedenborg ne venait qu'appuyer l'opinion de plusieurs siècles et celle de plusieurs nations, en formulant sa sentence de condamnation, en enseignant que la place de l'ancienne Éghse était à prendre par une autre, par la nouvelle Jérusalem au sein de laquelle son chef céleste, le Roi des rois, demeurerait en personne.

Mais n'était-ce pas là un de ces préjugés protestants indignes d'un philosophe aussi éclairé, aussi indépendant que l'illustre Suédois ?

En le voyant dans mv^ Journal aux prises avec l'Église romaine, les moines, les prêtres , les cardinaux ou les papes qu'il rencontre dans l'autre monde , répandus sur toutes les terres de notre système solaire et même sur d'autres, on dirait, malgré sa courtoisie pour les plus éminents d'entre eux, que c'est bien un protestant qui en veut à l'Église catholique. Eh bien, il n'en est rien. Ce n'est pas au catholicisme, c'est à l'Église chrétienne que la sienne \eut succéder. On revient promptement de l'erreur en le voyant de même aux prises avec les ministres, les docteurs, les évêques et les prélats protestants, dont le dogme tout entier est l'objet de ses

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critiques, de ses flétrissantes épigrammes. Les mystiques et les théosophes, toujours en possession de lumières supérieures à la théologie reçue, aiment rarement les docteurs ou les ministres d'une Église. J'ai signalé dans la vie de Saint-Martin, si bienveillant d'ailleurs, malgré le tour épigrammatique de sa pensée, de singulières froideurs et de vives antipathies pour le sacerdoce. Swedenborg est dans les mêmes dispositions. h' Église actuelle qui doit tomber, étant jugée, est pour lui toute l'ÉgUse chrétienne. N'est-elle pas tout entière enchaînée au sens littéral ?

Dès lors on s'explique la fréquence et la vivacité de ces brochures qui doivent amener sous de nouvelles bannières les pasteurs et les fidèles.

« Mais des brochures latines, des in-quarto, sont-ce bien des brochures ? »

On écrit pour le peuple, la multitude, ou pour ses conducteurs.

S^vedenborg, qui voulait le triomphe d'une nouvelle exégèse, ne pouvait pas s'adresser au peuple. Des écrits en langue anglaise, en langue hollandaise ou suédoise, n'allaient qu'aux savants ou au clergé de l'un ou de l'autre de ces pays. Des pages écrites en latin arrivaient aux évêques et aux docteurs de toutes les nations. La brochui'e latine, le grave in-quarto, étaient le mode de propagande le mieux entendu, et, sous ce rapport, la simple mais sagace combinaison des moyens de pubUcité de SAvedenborg n'a pas été surpassée. Nul n'a jamais fait les choses plus sagement que lui, au dire de ses amis et de ses ennemis. Nul n'a distribué ses écrits avec plus de soin. Ses libraires les vendaient cher au

public ; il les donnait. Il les adressait directement aux ministres et aux évêques, aux fidèles et aux docteurs de Suède, de Hollande, d'Angleterre. Nul n'a jamais apporté à l'avancement de ses desseins plus de science, plus d'argent, une position plus haute, une plus inépuisable fécondité de plume, un talent plus réel, une persévérance plus méthodique , plus d'habileté à tirer parti de tant d'avantages.

Swedenborg ne bornait pas sa propagande aux ministres de la rehgion , il abordait aussi les académies. On a fait l'éloge de son esprit d'abnégation, de son quiétisme de chef, de la modestie qui le porta longtemps à ne pas mettre son nom à ses écrits. On a eu raison. Mais l'anonyme est parfois une des plus grandes autorités, celle d'une mystérieuse impersonnalité. La retraite où il se dérobait au vulgaire ajoutait ellemême au prestige de son nom. Et pour parfaire la vérité du tableau que nous venons d'esquisser d'après des faits, il faut le compléter par d'autres.

Toutes les fois qu'il était utile d'agir, Swedenborg, loin de se dérober au pubUc, se produisait et se prodiguait. Accessible à tout le monde, dans l'auberge et au salon de ses amis comme dans sa belle habitation de Stockholm, il recevait même les simples curieux, il subissait leurs insipides questions. Et les moqueurs eux-mêmes étaient consternés sinon saisis de respect à la vue de cet homme si grave, si doux, et, disons-le, de ce gentilhomme au grand air, aux manières distinguées.

Il frappait lui-même assez volontiers aux portes qu'il tenait à s'ouvrir. Qu'on lise, pour s'en persuader, la lettre qu'il écrivit à l'Académie de Stockholm après la

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