CRITIQUES DE CUNO
dont je ne puis admettre, qu'une seule fois il dise sciemment ce qui n'est pas la vérité ; mais pour ce qui est des anges , je n'y ai pas créance pour la valeur d'un cheveu, et toutes les fois qu'il assure une chose pour la tenir de leur bouche, c'est pour moi une raison d'y ajouter d'autant moins de foi. » [Scheler, p. 114.]
Telle était la fermeté de conviction de Cuno et la sincérité de son attachement pour Swedenborg, qu'il le conjura d'abord en particulier, puis un jour à table devant une nombreux' romp^'iiic, ii'ii jnurner la publi- ' cation de son second ouvrage, X Exposé sommaire de la nouvelle doctrine, pour ne pas provoquer son bannissement de la ville.
Mais, dès le mois de janvier 1769, l'ouvrage était imprimé , et il fut envoyé aux ministres de toutes les religions d'Amsterdam et à toutes les universités de Hollande. Cuno, qui, depuis longtemps, s'impatientait du silence gardé par les théologiens sur l'apparition de tant d'ouvrages où « leurs doctrines étaient renversées de fond en comble , » s'attendait à les voir enfin prendre la parole à cette occasion ; et n'en voyant aucun s'y disposer, il écrivit lui-même h l'auteur la lettre que Toi ci :
i Anslcrtlam , 6 murs 1769.
« J'ai examiné exactement les principes de votre système. Vous en donnez pour preuve principale votre témoignage sur ce que vous dites avoir vu. Vous racontez des merveilles que vous avez vues et entendues.... Vous avez publié, etc. [Cuno fait l'é numération des écrits.] Puis il reprend : Quant à vos Arcanes célestes, ouvrage de longue haleine en huit volumes, je n'ai pas
CRITIQUES
encore pu en faire l'acquisition, ni le lire avec attention. Il a paru de vous plusieurs écrits de ce genre. Vous en avez adressé un exemplaire à chaque évéque d'Angleterre; mais nul n'a voulu prendre la peine de les réfuter. Los Hollandais ont jugé avec beaucoup de réserve et une louable modestie un des derniers, le livre de l'Amour conjugal. Le critique d'Amsterdam réserve son jugement définitif pour lemomen t de la publication complète, promise à deux ans d'ici , maïs ajoute ces mots : « Au surplus , les théologiens peuvent , à notre avis et sans nuire à la cause de la vérité, se dispenser de réfuter les idées de cet homme extraordinaire.» — Quantàvofre dernier ouvrage [ il s'agit de l'Exposé sommaire ], vous l'avez distribué a tous les ministres de toutes les religions qui se trouvent dans celte ville , catholiques comme protestants. Vous l'avez répandu également dans d'autres villes et dans d'autres universités de Hollande... Loin de moi la prétention démettre dcsborncs à l'action de la toute-puissance divine, je fais abstraction do toute ma métaphysique et de toute ma psychologie pour ne pas diminuer le mérite d'un vénérable vieillard de quatre-vingt-six ans (!), d'un homme honorable et savant, pour admettre qu'il a plu au Seigneur de se révéler à vous et de vous donner la niisHuii d'enseigner des eheses nouvelles, ignorées jiiM'Iii'ii'i lie i l''glise cl du .^emv humain. J'accorderai même qu'il viiiis est. periins. dV-trc avec le- anges dans le monde des esprits en même temps qu'avec les hommes dans ce monde, et cela depuis vingt-cinq ans. Cependant, très-cher ami, pourquoi ne pas convaincre le monde incrédule delalégitimitéde voire vocation? »
[)E CCNO.
Ici Cuno presse le Voyant d'aborder directement ces Faits merveilleux de sa y'ie dont tout le monde parlait, et en particulier l'histoire de la reine Louise Ulrique, au sujet de laquelle il continue ainsi :
a Plusieurs de mes amis m'ont raconte cet événement, mais autant il y a eu de narrateurs, autant j'ai entendu de plaisants qui ont ajouté à vos merveilles leurs suppléments moqueurs. Que la chose s'est passée réellement ainsi , vous me l'avez raconté vous-même. Mais ce n'est pas à moi, c'est au monde incrédule qu'il faut 1g raconter. La cause de la vérité vous le demande. Vous avez eu pour témoins la reine et le grand roi : peut-être seront-ils vos garants, » {Schwedische Urkunden von dem Assessor St'mk/i/ion/,p. 110.)
On le voit, rien de plus rude que Cuno dans sa lettre, rien de plus propre à faire connaître sonattitude véritable en i'iit'e du mirrveiUcn qui si: produit m sou siècle. 11 est de ceux qui veulent croire, mais qui désirent que chacun examine. Ajoutons, que Cuno, en critique sérieux, traduisit sa lettre en hollandais et la répandit autour de lui, afin d'engager les théologiens à rompre un silence qui le choquait. Si Swedenborg désirait répondre aux graves objections que rencontrait sa doctrine ou sa mission, une pièce pareille était bien propre à le mettre en demeure des' expliquer vis-à-vis de la Hollande; et.il est à regretter assurément qu'il y ait répondu aussi peu qu'a celle de Kant, dont elle rappelle le souvenir. On dit qu'il est douteux que cette lettre lui soit parvenue ; mais Cuno, qui le voyait sans cesse, n'a certainement pas plus manqué de moyens que de volonté pour la lui faire tenir. On ajoute que Swedenborg, l'aurait-il reçue,
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n'eût pas trouvé le temps d'y répondre, occupé sons cesse de ses rédactions. Mais quelles publications pouvaient être plu? iiécci-.-uiïcs de sa part qu'une réponse donnant des solutions quelconques à des questions aussi catégoriques? Garder le silence, c'était ajourner la lumière et transmettre les doutes d'une génération à un autre beaucoup moins en mesure de les résoudre.' On dit enfin que la meilleure réfutation de la lettre de Cuno, c'est sa conversion prompte à la doctrine de Swedenborg. Mais si l'on n'a pas d'autres preuves de cette conversion que l'intimité avec laquelle le riche négociant continua à le voir et le respect avec lequel il lui écrivit encore, ces preuves n'en sont pas, celte intimité et ce respect ayant subsisté avant li lettre.
Pour faire croire a la conversion d'un esprit tel que Cuno s'est fait connaître, il faut, non pas de faibles inductions, mais rie fortes preuves. Le vrai Cuno est (oui entier dans ce que nous avons vu de lui, d'après , les manuscrits qu'il a laissés, et dans le pseudonyme significatif de Paul de la Recherche [ou de l'examen] (D. Paulus ab indagine) qu'il prend dans sa lettre.
Mais quand même les raison s qu'on donne seraient concluantes pour ce qui regarde sa conversion complète, qui paraîtrait bien étonnante faite dans un intervalle aussi court, cet argument tout personnel n'en serait pas un pour la science, et Swedenborg qui avait le travail si facile ne devait pas se dérober à une obligation aussi sacrée que celle de défendre ses enseignements. Qui envoie ses écrits ans ministres de toutes les religions d'une grande cité, à toutes les universités de Hollande et à tous les évoques de Suède et d'Angleterre, ne doit pas