CHAPITRE XXI
Relonr en Suéde. — Le clergé de S:isdc jiorlu plainte 1 k (lie le de ■ Norkoping. — Con-es|ii>iuI.iiiLY. il< ; Sii-KlcnSnirc ai eu son ami le professeur Bejur. — Détail avec ton neveu le président île l'ordre du elergé au r.LLliiiiieiil. ~ n(-[.i..rL..c tii.':n,i iv lii! dii)Y[l de ftulliejibourg. — Le Parlement aulsl d'une plainte consîsloriale. — Les apologies de !?«ude:dioiy. — S™ appil ;-.u chancelier do jusl|ce, au sfinal el nu roi.
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Swedenborg n'était pas encore rentré en Suède quand il apprit par une lettre de Gotbenbourg que la situation était fort différente de ce qu'il l'avait crue avec une si naïve confiance.
En effet, un de ses meilleurs amis, le conseiller de commerce Robsam, nous apprend que, «pendant la diète de 17GU, quelques membres de l'ordre du clergé avaient formé le projet de le faire mettre en jugement, pour le déelareren un état permanent d'aliénation, état né de rêveries religieuses. On soutenait qu'on ne pouvait sans danger le laisser en liberté , qu'il fallait par conséquent l'enfermer. Un sénateur de ses amis ayant eu connaissance de ce projet, l'en instruisit aussitôt et lui donna le conseil de se retirer en pays étranger.
, un complot. 305 Swedenborg, vivement affecté de ces nouvelles, nous dit qu'il recourut à la prière, et obtint l'assurance «qu'il ne lui arriverait aucun mal. »
Ce que Robsam nous apprend ici, il le tenait sans nul doute de Swedenborg lui-même ; mais le sénateur, pour être sûr de produire son effet, n'avait-il pas un peu chargélescouleursîCe qui parait certain, c'est qu'après son acte de piété, si digne du ses convictions et si conforme à sa vie habituelle, le noble vieillard fit autre chose. 11 déploya toute son énergie et tout son savoir-vivre ; il se montra comme il fallait, où il fallait; et il regagna le terrain. En effet, en considération de sa famille et de ses hautes alliances , on recula devant des mesures aussi extrêmes que celles qui étaient demandées à son sujet par le corps du clergé.
Cependant Swedenborg sentit plus que jamais lebesoin de communiquer aux siens le courage qui le soutenait lui-même, et voici ce qu'il écrivit, avec un grand air de confiance, le 30 octobre, au professeur Beyer à Gothenbourg :
« Je suis arrivé à Stockholm au commencement de ce mois. J'ai été bien accueilli de toutes les classes du peuple et invité h l'instant. même par Leurs Altesses le prince héréditaire et sa sœur , avec lesquels j'ai eu un long entretien.
« J'ai diné avec plusieurs sénateurs et causé avec les principaux membres de la Diète, ainsi qu'avec tous les évâques présents ici, et qui ont été fort bons et fort affables pour moi, à l'exception de 1 evêque Filénius. »
Ce dernier était le neveu par alliance de Swedenborg, ayant épousé la fille d'une' de ses sœurs. Il occupait le
siège du l'Ostrugothie, et en cette qualité il avait plus d'intérêts et de raisons eneure que les autres parents du théosophe pour souhaiter qu'il n'y eut pas de condamnation prononcée; mais sa position était d'autant plus difficile qu'elle était plus considérable à cette époque. A la place rie l'archevêque d'I'psal, qui était malade, il présidait l'ordre du clergé à Stockholm. Pour éviter un éclat, une condamnation, il caressait l'idée d'un moyen terme, la séquestration temporaire des écrits les plus vifs de son oncleet leur révision. Déjà, au sujet d'un certain nombre d'exemplaires de l'Amour conjugal, l'évêque avait proposé au clergé assemblé à la Dicte de prononcer la roniisealion de ces volumes, et de ne les rendre à l'auteur qu'après examen, l'ilénius s'autorisait à la fois de sa charge cpiscopale, de sa présidence et de sa parenté même, pour justifier un droit qu'il revendiquait moins pour lui personnellement que pour l'Église; mais cette prétention révolta l'oncle à tous ses titres et une violente querelle éclata entre lui et son neveu Swedenborg, qui eut avec lui une de ces entrevues personnelles qui tantôt rapprochent des ennemis, tantôt éloignent des amis les uns des autres, tit valoir que son ouvrage était, non pas théologïquc, mais essentiellement moral. Cela étant, il pensait que la révision était non-seulement inutile, mais «absurde, » puisqu'il faut employer le mot qu'il nous donne, et qui explique peutêtre mieux que tout le reste l'inutilité de sa démarche.
Ses sentiments, eneffet, n'étaient pas trës-conci liants, à en juger du moins par son langage toujours un peu vit. « ['ne telle mamere rie procéder, écrit-il, préparerait les voies pour un sœcu/ion olmuyum en Suède. Or,
së(ji;es-iké.
on donnait alors lépilliéle iVofiseio- nu celle déplombé au plus triste des siècles du moyen âge, le dixième.
La -vivacité que le noble vieillard apporta à la discussion avec son neveu , n'est pas niée d'ailleurs par luimême. «J'ai eu quelque altercation avec lui, » dit-il. Mais quand il assure qu'il n'en est pas ému , cela est un peu modilié par d'autres lettres, et quand il écrit, de plus, qu'ayeun autre membre de. l'ordre ecclésùisiique n'avait appuyé la proposition de Filénius, cela est modifié aussi par une de ses lettres nu général Tuxen, En effet, il y dit que, « à force de ruse et de finesse, Filénius gagna quelques membres du clergé. »
Cela, prouve une chose qui n'a pas besoin d'être bien prouvée, c'est-à-dire que, duu= cette querelle, tout s'est passé absolument comme cela se passe dans toutes.
Au surplus, de la part de l'auteur etd' accord avec les éveques ses amis, les précamionsnecessaires avaient été prises pour qu'aucun des exemplaires saisis ne fut soustrait avant ion arrivée à Siockiiiilm . qu'il pût se passer de tous et continuer néanmoins ses distributions. Voici co qu'il dit avoir fait : « J'ai apporté- avec moi trente-huit exemplaires, sans compter les cinq envoyés d'avance; j'en ai réparti la moitié aux évèques et aux divers ordres de k^Diète, aux sénateurs, à la famille royale ; et lorsque le reste aura été distribué de la mémo manière [c'est-à- . dire par mes soins] , il y en aura plus qu'il n'en faudra à Stockholm.
« Quant à ceux qu'on a arrêtés à Norkoping, dit-il, je compte les envoyer à l'étranger, où Us sont ardemment désirés. »
Heureux auteur! il est assuré que l'étranger recevra
l'orage
avec une vive curiosité ce que le clergé de Suéde a mis sous le séquestre à la demande de son neveu !
Quelles nouvelles recevait-il donc de l'étranger? De quel paysV IK- ([Ui.'lie: itiiitus?
On n'a guère a ce sujet que les inductions autorisées par quelques mots qu'il prononce. Mais, à voir sa persévérance ri;n)s>nji svsirmc de distribution, ses euvoisaux corps lettrés", on dirait, bien qu'il eu eut quelque encouragement. En effet, il ne cessait de faire ces envois ; du moins, en expédiant à Beyer ic Traité du commerce de [âme et du corps, il lui apprend que « cet écrit a été adressé aux sociétés et aux universités de France et d'Angleterre. » Mais, malgré toutes mes recherghes, je ne trouve aucune indication sur l'accueil qu'il apu recevoir parmi nous. Seulement Swedenborg écrit à Beyer, qui traduisait ce traité en suédois, que «partout il a été bien accueilli à l'étranger ainsi que par plusieurs personucs intelligentes de Stockholm. »
Il ne donnait d'ordinaire qu'à bon escient. De son Exposé sommaire, par exemple, qui était tout dogmatique, il n'envoya en Suède qu'un seul exemplaire, «parce que, nous dit-il, il y avait bien peu de sujets en Suède dont l'entendement hit capable di: comprendre la vraie théologie. » Ce fut à l'évéque de la Westmannie et de la Dalécarlie, qu'il offrit ce volume. Ce prélat était son neveu aussi, et il parait qu'il portait à son oncle un attachement plus sérieux que l'évéque Filénius. Ily avait quelque mérite dans cette constance, car l'orage allait en grossissant. Beyer avait publié une lettre pour essayer de le calmer, et le 2SI décembre , Swedenborg lui écrit « que, loin de là, sa lettre avait excité les clameurs de