LA FOLIE
péché contre lui; que vous étudierez diligemment sa sainte parole, qui témoigne , du commencement à la lin, de la vérité des doctrines que j'ai transmises au monde. » (Lettre du docteur Chastanier, du 9 mai 1790; Documents, p. 178.)
Cette scène, qui a du avoir sa beauté morale, réfute d'elle-même la fable d'ailleurs mal imaginée d'une rétractation que le célèbre Voyant aurait faite peu de temps avant de mourir. On ne sait qui eut l'idée première d'une telle invention; mais on connaît l'auteur de celle plus condamnable d'une aliénation d'esprit qui aurait précédé de peu de jours la mort de Swedenborg. C'est au ministre suédois Mat.hésius, qui mourut aliéné lui-même, qu'on rapporte la naissance d'un bruit aussi indigne, mais dont l'origine et la propagation se conçoivent d'autunl plus aisément que, dans toutes les langues de l'Europe, le mot de fou s'applique avec une extrême frivolité à tout état un peu hors ligne, à toute espèce d'enthousiasme un peu vif, même sans exaltation réelle. A plus forte raison cetle épiihètc a-t-elle pu être et a-t-clle été prodiguée à un extatique tel que Swedenborg. Quant au ministre Hathésius , Swedenborg, dont le père avait eu l'intendance des Églises suédoises en Angleterre, le connaissait depuis longtemps : il lui avait donné un exemplaire de ses Arcanes célestes. Mais jamais Mathésius n'avait voulu en prendre connaissance, co qui semble indiquer qu'il en jugeait l'auteur avec beaucoup de sévérité ou de préî.nij'fi. \j.-ut..n- q'i il .-■ I- -MI--I' ■! till- mi il. ■(■[■■Ii a lunatic, et qu'un homme de haute piété, l'illustre John Wesley, ce chef si respectable des méthodistes,
dont nous venons d'indiquer les rapports manques avec Swedenborg, fut beaucoup plus imprudent. Il eut du moins le tort d'accueillir ce bruit dans son Journal, et cela avec des développements qui, sans rien ajouter à la crédibilité du fait, aggravaient .-singulièrement la responsabilité du narrateur primitif et celle du journaliste qui s'en faisait l'écho.
L'un et l'autre se croyaient-ils, avec la commune faiblesse du siècle, autorisés à jeter le discrédit sur un chef de secte dont ils redoutaient l'influence auprès des membres les plus distingués de leur troupeau ? Ou bien les vives critiques dont l'Église de Suède et lesWcsleyens d'Angleterre avaient été l'objet de la part de Swedenborg, justifiaient-elles à leurs yeux les cruelles représailles auxquelles ils se laissèrent aller?
Ll's iViii'Àm de Uniiis le- ouinLiiuiiLùi); np pouvaient que vouloir peu de bien à l'homme qui se disait envoyé pour en fonder une nouvelle dans le sein des anciennes, toutes condamnées par des jugements derniers ; à l'homme qui se disait seul chargé d'expliquer au monde chrétien lout entier le sens véritable des Écritures. D'ailleurs Swedenborg ne les ménageait pas, et Us n'avaient pus de motifs pour le ménager : il traitait aveclamémerigueurriiglise de Suède et cède d'Angleterre ; les nouvelles communautés et les anciennes, les catholiques et les réformés, dont il maltraitait les fondateurs les plus admirés ; les Méthodistes, les Quackers c t les Moraves, qu'il critiquait en toute occurrence et raillait quelquefois avec amertume.
Les frères Moraves, dont le calme habituel a plus de moyens de réprimer la passion que de l'extirper, lui