LE RATIONNEL
chaires évangélique s de visionnaire, si ce n'est d'insensé ; dans les chaires académiques, soit celles de l'enseignement religieux, soit celles de l'enseignement philosophique, de fou, si ce n'est d'imposteur : on le combattait avec animosité, ou bien on le persiflait avec dédain.
Ce serait toutefois une erreur de compter ses adversaires par la liste de ceux qui le critiquèrent publiquement. Ce ne furent là que les plus modérés d'entre ses ennemis-, les plus passionnés, ce furent ceux qui ne prononcèrent pas son nom , craignant de compromettre leur réputation en descendant à l'examen de ses visi<ms.
Ce dix-huitième siècle si ardent à la guerre aux préjugés avait les siens. Tout ce qui était hors ligne lui donnait des impatiences; l'anormal était pour lui le monstrueux ; le mervedleux était l'insensé. La foi au surnaturel se tolérait bien en théorie ; mais c'était à la condition de se couvrir à s'y méprendre du masque du rationnel, c'est-à-dire de n'être pas. Le mot rationnel n'existait pas : la chose le créa. C'était l'esprit du siècle qui était, non pas le raisonnable, mais le rationnel en personne. Sans doute, le culte de la raison n'était pas universel; mais il aspirait à l'universalité ; il y touchait. Quelques-unes des nations latines s'en défendaient, ou pour mieux dire, les classes dominantes dans leur sein, sans trop s'en défendre elles-mêmes, s'efforçaient d'en défendre les peuples. Toutefois elles s'en enivraient à larges traits. La France, où Voltaire publiait la Bible expliquée a par quelques aumôniers du roi de Prusse, » donnait ce triste exemple aux classes polies de l'Europe. Elle glorifiait, en les imitant, les plus libres de ces libres penseurs d'Angleterre qui n'étaient eux-